Exercice Contraction de texte Tle C
TEXTE : Le livre dans la société actuelle.
L’Histoire du livre imprimé s’est développée dans l’économie de consommation, et, pour pouvoir financer la production de ces projets, il a fallu les considérer comme s’adressant à une consommation du même genre que celle des denrées alimentaires, c’est-à-dire comme si leur utilisation les détruisait.
Lorsque le livre était un exemplaire unique, dont la fabrication exigeait un nombre d’heures de travail considérable, il apparaissait comme un « monument », quelque chose de plus durable encore qu’une architecture de bronze. Qu’importait qu’une première lecture en fût longue et difficile, il était bien entendu qu’on avait un livre pour la vie.
Mais à partir du moment où des quantités d’exemplaires semblables ont été lancées sur le marché, on a eu à acheter, on a eu tendance à faire comme si la lecture d’un livre le « consumait », obligeant par conséquent à en acheter un autre pour le « repas » ou le loisir suivant, le prochain voyage en chemin de fer.
Je ne puis évidemment pas revenir à cette cuisse de poulet que j’ai déjà mangée. On aurait voulu qu’il en fût de même pour le livre, qu’on ne revienne pas sur un chapitre, que son parcours fut effectué une fois pour toutes ; d’où cette interdiction de retour en arrière. Finie la dernière page, le livre ne serait bon qu’à jeter ; ce papier, cette encre que restent des épluchures. Tout cela pour provoquer l’achat d’un autre livre qu’on espère aussi vite expédier.
Telle est la pente sur laquelle risque de glisser aujourd’hui le commerçant du livre, danger si pressant qu’on a pu voir dans ces dernières années un éditeur fort connu édicter fort pour sa maison la règle suivante : tout ouvrage qui n’était point épuisé dans l’année serait inéluctablement pilonné, tel un marchand de colifichets ne voulant pas s’encombrer d’articles périmés. Les plus intelligents et les plus courageux de ses aides avaient beau lui remontrer qu’il y avait là, quant au livre, quelque sottise, qu’une telle sévérité à l’égard de sa propre production était sans doute justifiée pour la plupart des petits romans qu’il avait proposés au prix de fin d’année, mais que les essais par exemple, en particulier lorsqu’ils étaient d’une langue étrangère, avaient besoin d’un certain temps pour atteindre lentement mais sûrement leur public, il ne voulait rien entendre, proclamant que telles étaient les règles actuelles de l’industrie. Qu’on est loin, on le voit, du scripta manent.
Il faut reconnaitre qu’une immense partie du commerce actuel de la librairie roule sur des objets de consommation ultra rapide : les quotidiens périmés dès la première parution du numéro suivant. L’habitude d’écrire pour ces feuilles amène presque fatalement à encourager les livres qu’on n’a pas besoin de lire, qu’on observe d’un seul coup, qui se lisent vite, se jugent vite, s’oublient vite. Mais il est évident qu’alors le livre comme tel est appelé à disparaitre au profit des magazines illustrés, et surtout des magazines radiodiffusés ou télévisés. L’éditeur incapable de considérer son métier comme autre chose qu’une branche du journalisme coupe la branche sur laquelle il est assis. Si cette histoire n’a pas vraiment besoin d’être relue, s’il est absolument inutile de revenir en arrière, pourquoi ne pas l’écouter par l’intermédiaire d’un transistor, d’un magnétophone […], joliment dite par un acteur au gout du jour qui restituera à tous les mots leur intonation ?
Michel BUTOR, Essai sur le roman.
RESUME : 8 pts
Ce texte comporte 555 mots. Vous l’analyserez au tiers de son volume. Une marge de 10% en plus ou en moins vous est accordée. Vous indiquerez à la fin de votre analyse le nombre de mots utilisés.
DISCUSSION : 10 pts
Michel BUTOR affirme que le contexte actuel condamne le livre « à disparaitre au profit des magazines illustrés, et surtout des magazines radiodiffusés ou télévisés. »
Partagez-vous son pessimisme ? Vous répondrez à cette interrogation dans un développement argumenté illustré d’exemples tirés de votre expérience et de vos connaissances.
PRESENTATION : 2 pts

