Le Zimbabwe refuse un accord sanitaire “déséquilibré” : vers une souveraineté africaine de la santé

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Le refus par le Zimbabwe d’un accord sanitaire de 367 millions de dollars avec les États-Unis n’est pas un simple incident diplomatique. C’est un signal politique fort. Harare a jugé l’accord “asymétrique”, estimant qu’il exigeait le partage de données biologiques sensibles sans garanties claires quant à l’accès futur aux vaccins, traitements ou innovations issues de ces recherches. Dans un monde où la santé publique est devenue un enjeu stratégique, cette décision pose une question fondamentale : les États africains doivent-ils accepter toute aide, quelles qu’en soient les conditions, au nom de l’urgence sanitaire ? Ou ont-ils le droit d’exiger des partenariats d’égal à égal ?

Refuser les accords inéquitables : une question de dignité et de souveraineté

Le débat ne porte pas uniquement sur des financements liés au VIH/Sida, à la tuberculose ou au paludisme. Il porte sur le contrôle des données, des ressources biologiques et, à terme, de la valeur scientifique et économique qui en découle. Le Zimbabwe a estimé qu’il aurait fourni la “matière première” scientifique sans garantie que les produits finis (vaccins, traitements, diagnostics) seraient accessibles à son propre peuple en cas de crise future. Une telle configuration reproduit un schéma bien connu : extraction des ressources au Sud, valorisation au Nord. Dans un contexte où les États-Unis ont annoncé leur retrait de l’Organisation mondiale de la santé et privilégient des accords bilatéraux, la question de la gouvernance mondiale de la santé est plus brûlante que jamais. Refuser un accord déséquilibré n’est pas un geste d’hostilité. C’est un acte de souveraineté. C’est affirmer que la coopération internationale ne doit pas être une nouvelle forme de dépendance.

Mais refuser ne suffit pas : l’urgence de l’organisation africaine

Cependant, la posture la plus révolutionnaire ne consiste pas seulement à dire non. Le véritable défi est ailleurs : sommes-nous capables de prendre en charge nous-mêmes la lutte contre ces maladies ? Aujourd’hui, une grande partie des programmes VIH en Afrique subsaharienne repose sur des financements extérieurs. Cela signifie que la survie de millions de patients dépend de décisions prises à Washington, Bruxelles ou ailleurs. Cette situation est intenable à long terme. Les États africains doivent mutualiser leurs ressources à l’échelle continentale, renforcer les laboratoires publics, investir massivement dans la recherche biomédicale, produire localement médicaments, vaccins et tests de diagnostic, former une nouvelle génération de chercheurs et d’épidémiologistes. L’Union africaine ne peut pas rester un simple forum diplomatique. Elle doit devenir un outil stratégique de planification sanitaire continentale. Et si elle ne peut pas jouer ce rôle, il faut forger une organisation panafricaine puissante capable de le faire. La Ligue Associative Africaine se bat pour jouer ce rôle.

De l’aide à l’autonomie : un chemin difficile mais nécessaire

Sortir de la dépendance ne sera ni rapide ni confortable. Les budgets nationaux sont restreints, les infrastructures sont parfois fragiles, les besoins sont immenses. Mais l’histoire montre qu’aucun peuple ne se développe durablement sous perfusion permanente. Accepter une aide ponctuelle peut être pragmatique, mais construire un système dépendant de cette aide est suicidaire. La souveraineté sanitaire ne signifie pas l’isolement. Elle signifie la capacité de négocier en position de force, parce que l’on possède ses propres capacités de production, ses propres centres de recherche, ses propres chaînes d’approvisionnement.

Une nouvelle éthique des relations africaines

Au-delà du cas du Zimbabwe, la leçon est continentale. Les États africains doivent collaborer entre eux d’égal à égal : partage régional des données sous contrôle africain, fonds sanitaire panafricain, banque africaine de technologies médicales, production pharmaceutique coordonnée... Ce n’est qu’ainsi que les négociations avec les grandes puissances deviendront réellement équilibrées.

La dignité avant la dépendance

Refuser un accord désavantageux est un premier pas. Mais la véritable révolution commence lorsque nous décidons de ne plus attendre que d’autres viennent nous sauver. La lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme ne doit pas dépendre de l’agenda politique d’une puissance étrangère. Elle doit être inscrite dans un projet africain souverain, solidaire et stratégique. L’indépendance politique acquise au XXe siècle doit désormais être prolongée par une indépendance sanitaire au XXIe. Le combat n’est pas contre un pays. Il est contre la dépendance structurelle.

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