Présidentielle 2026 au Bénin : Talon, partir pour mieux rester ?

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À l’approche de la présidentielle du 12 avril 2026, Patrice Talon s’apprête à quitter officiellement le pouvoir après deux mandats. Pourtant, au terme d’une séquence politique marquée par une révision constitutionnelle en novembre, un putsch annoncé comme déjoué en décembre et des législatives en janvier, une question traverse l’opinion : le chef de l’État part-il vraiment ou prépare-t-il les conditions d’un pouvoir indirect ?

Depuis 2016, les réformes du système partisan ont profondément restructuré le champ politique. Le durcissement des conditions d’enregistrement des partis, l’exigence de parrainages pour la présidentielle et la reconfiguration du calendrier électoral ont eu pour effet d’écarter durablement plusieurs formations d’opposition du jeu institutionnel. Si le pouvoir défend une volonté de rationalisation et de stabilité, ses critiques y voient un verrouillage progressif de la compétition politique. La dernière révision constitutionnelle, intervenue quelques mois avant la présidentielle, est perçue par certains observateurs comme l’ultime maillon d’un dispositif destiné à sécuriser l’héritage politique du régime et à garantir la continuité des orientations stratégiques.

L’annonce d’un coup d’État déjoué en décembre a renforcé les tensions. Pour les autorités, il s’agissait de préserver l’ordre républicain. Pour une partie de l’opinion, cet épisode révèle surtout un climat politique crispé, où la concentration des leviers institutionnels suscite frustrations et soupçons. Dans ce contexte, l’idée s’installe que les dispositions prises viseraient à assurer une transition contrôlée, avec un successeur issu du sérail et un appareil d’État solidement arrimé à l’architecture politique bâtie depuis dix ans.

Patrice Talon affirme respecter la limitation constitutionnelle des mandats. Mais ses détracteurs avancent que l’essentiel n’est pas tant la présence physique au sommet de l’État que la capacité à conserver l’influence sur les institutions, l’économie et la majorité parlementaire. Le contrôle du calendrier électoral, la recomposition du paysage partisan et la consolidation d’alliances stratégiques donnent à penser que le président sortant pourrait continuer à peser lourdement sur les orientations nationales, même après son départ formel.

Tout porte à croire, selon cette lecture critique, que la fin du second mandat ne signifie pas nécessairement la fin du pouvoir. Dans les régimes où les institutions sont fortement personnalisées, le retrait peut devenir une stratégie : transmettre sans perdre la main. La présidentielle du 12 avril sera donc moins un simple scrutin qu’un test de maturité démocratique. Le successeur de Patrice Talon héritera d’un pays stabilisé sur le plan macroéconomique mais traversé par un débat profond sur l’inclusivité politique et l’équilibre des pouvoirs.

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