AES : Héritage, stratégie et devoir révolutionnaire

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L’histoire ne retient pas les cris. Elle retient les actes structurants. Les trois chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani) ont ouvert une brèche, une brèche historique, une rupture dans la longue continuité de la dépendance néocoloniale organisée autour du franc CFA, de la tutelle militaire étrangère et de la soumission diplomatique.

Notre soutien à l’AES est total, clair, inconditionnel.

Mais le soutien révolutionnaire n’est pas la flatterie. Il est la lucidité. Il est l’exigence. Il est la critique pour renforcer, non pour affaiblir. Car l’ennemi que nous affrontons n’est pas un adversaire sentimental. C’est un système impérialiste mondial intégré, rationnel, stratégique, patient.

Le mythe du verbe contre la réalité de la puissance

L’histoire révolutionnaire enseigne une chose : haranguer les foules n’est pas frapper l’ennemi. Aux Nations Unies, le monde se souvient de Hugo Chávez qualifiant le président des États-Unis d'Amérique de diable. Le geste était spectaculaire. Le peuple vénézuélien résistait. Le discours était flamboyant. Pourtant, des décennies plus tard, le pétrole vénézuélien est retombé dans l’orbite américaine sans guerre frontale décisive. Pourquoi ? Parce que l’impérialisme moderne n’est pas seulement militaire. Il est financie, technologique, logistique, juridique, médiatique. Il agit à travers les banques, les normes, les circuits d’exportation, les sanctions, les dépendances techniques. On ne vainc pas un tel système par des slogans. On le désarticule en frappant ses points névralgiques.

La leçon du silence stratégique

La Chine ne crie pas. Elle planifie, elle investit, elle accumule, elle prépare. Elle a compris que certaines batailles ne se mènent pas pour gagner immédiatement, mais pour préparer une victoire future. Une révolution véritable n’est pas un moment d’exaltation populaire. C’est un processus méthodique de construction d’indépendance structurelle. 

Si l’AES tombait aujourd’hui : quel héritage ?

Posons la question avec rigueur, non avec passion. Si l’AES disparaissait aujourd’hui, que resterait-il ? Une rupture diplomatique spectaculaire, un repositionnement géopolitique, une posture souverainiste assumée. Mais au plan économique ? Existe-t-il un plan quinquennal ou septennal clairement défini, chiffré, évalué ? Combattre le terrorisme n’est pas un programme politique. C’est une condition de survie sécuritaire. Au plan civilisationnel ? Y a-t-il réforme profonde des programmes éducatifs ? Y a-t-il une introduction structurée d’une langue africaine continentale comme le Swahili aux côtés du français ? Y a-t-il transformation radicale des références historiques ou réappropriation symbolique du temps (calendrier kamite, réforme culturelle) ? Au plan monétaire y a-t-il remise en cause stratégique du Franc CFA, construction d’une alternative progressive crédible ? Au plan technologique, y a-t-il un programme d’industrialisation ciblée ? Construction des centres de recherche stratégiques ?
Quelle est la politique d’ingénierie nationale ? Ce sont ces points que l’impérialisme craint réellement, pas les discours.

L’exemple ivoirien : le danger de l’improvisation

Lorsque Laurent Gbagbo fut confronté au gel des avoirs internationaux, l’idée d’une monnaie ivoirienne de résistance apparut tardivement. Trop tard. Une monnaie ne se décrète pas sous embargo. Elle se prépare dans la discrétion, dans la logistique, dans les réserves, dans les accords. On n’improvise pas la souveraineté.

Le cas du Niger et du Mali : la pression structurelle

Le monde capitaliste ne frappe pas toujours avec des bombes. Il frappe par les contrats, les sanctions, les dépendances techniques. Lorsque des ressources stratégiques comme l’uranium sahélien se retrouvent sous pression d’acteurs extérieurs, cela révèle une chose : l’adversaire maîtrise encore les circuits globaux. On n’affronte pas ce système sans le comprendre. On ne le comprend pas sans intégrer des stratèges, des économistes, des historiens, des géopoliticiens de haut niveau. Les activistes ont leur rôle : mobiliser. Mais la mobilisation ne remplace pas la planification. 

L’héritage véritable : ce qui survit à la chute

Chaque grand homme cherche à laisser une trace, pas une émotion. Il laisse une structure. Un héritage révolutionnaire pour l’AES pourrait être une réforme éducative panafricaine profonde, une stratégie linguistique africaine continentale, un plan industriel clair et évalué, une transition monétaire progressive et préparée, une doctrine technologique nationale. Sans cela, les trois chefs d’État risqueraient d’entrer dans l’histoire comme des révoltés de plus dans une longue chaîne africaine de révoltés. Avec une vision révolutionnaire et des actions révolutionnaires sur le temps, ils deviendraient des fondateurs.

Soutien inconditionnel, exigence totale

Notre soutien à l’AES ne faiblit pas. Mais soutenir ne signifie pas applaudir aveuglément. Soutenir signifie pousser à l’efficacité maximale. Si leur objectif est simplement de naviguer entre les blocs géopolitiques pour prolonger leur survie politique, ils réussissent déjà. Si leur objectif est d’aider leurs peuples et de transformer l’histoire, alors le moment est venu de redresser le tir. La révolution n’est pas un cri, c’est une architecture. Et l’impérialisme mondial ne s’effondrera pas sous la pression des slogans, mais sous le poids d’une stratégie plus intelligente que la sienne.

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