Épreuve contraction de texte littéraire Tle A4
À quoi sert la philosophie ? Il me semble que la question s’impose d’autant plus que parfois la philosophie déraille et perd ses missions et sa fonction, notamment lorsqu’elle s’enfonce dans une histoire de la philosophie érudite. Mais ce n’est pas forcément son destin. À quoi sert vraiment la philosophie ? C’est à la fin du lycée, au dernier moment, que la philosophie trouve sa place parce qu’elle va permettre à l’élève de réfléchir sur ce qui lui a été appris jusque-là. Dans les autres disciplines, on s’informe. En philosophie, il ne s’agit pas d’information, mais de réflexion sur ce que l’on a reçu, sur les méthodes, les limites. On ne s’intéressera pas, par exemple, à une science déterminée, aux résultats d’une science. On s’intéressera à la méthode par laquelle tel ou tel, dans le passé, a réussi à vaincre une difficulté. La méthodologie est au cœur de la philosophie et, en principe, cela doit rendre plus intelligent le jeune élève puisqu’au lieu de lui asséner des conséquences et, je répète le mot, des informations, on va lui demander de s’interroger sur elles. La méthodologie ne découvre rien… Mais elle permet de mieux comprendre ce que l’on a reçu.
Et, d’autre part, la philosophie devient aujourd’hui plus nécessaire que jamais parce qu’elle s’intéresse à l’avenir de ce que les sciences ont préparé. C’est particulièrement vrai en biologie où le bouleversement est total. Le savant ne peut pas nous dire ce qu’il faut faire ou ce qu’il ne faut pas faire ; il n’a pas le souci des valeurs. Mais c’est précisément la tâche du philosophe de fabriquer, de créer un biopouvoir, une bioréflexion qui nous dira ce qui est permis et ce qui ne l’est pas ; le principe de précaution ici vaut en philosophie, dans le domaine de la vie, mais aussi dans le domaine de la matérialité pure. Les conséquences des inventions doivent être prises en compte par le philosophe pour créer un avenir meilleur et, je le répète, en respectant les valeurs fondamentales. Et c’est certainement en biomédecine qu’elles sont le plus en difficulté, le plus incertaines. Par exemple, allez-vous permettre une interruption de la grossesse et un avortement thérapeutique ? Parce qu’il faut bien le dire : l’avortement est un meurtre ! Vous tuez un embryon. Le médecin nous dit : « Oui, mais c’est quand il va naître qu’il sera voué à la mort, autant anticiper le calvaire » ou : « Oui, mais il y a des malformations… ». Si un embryon n’a pas ses deux bras, on peut effectivement préconiser une interruption médicale de grossesse, mais s’il ne lui manque qu’un bras ? Vous voyez que fixer les limites de ce qui est l’intolérable et de ce qui est permis est l’œuvre de la réflexion du philosophe parce que cela engage l’avenir et les décisions du futur.
Peut-on dire, dans ce cas, que la philosophie répondrait à la question « faut-il faire » ?
Elle le doit. Si elle n’y répond pas, qui répondra ?
Je retourne la question autrement. Un médecin, l’un des grands spécialistes français de la sexualité des handicapés, rencontrait à la fois des problèmes de traitement et des problèmes de conscience du fait que beaucoup de couples de son institution demandaient à avoir un enfant. Il était venu me trouver pour me demander si l’on ne pouvait pas organiser des réunions de réflexions philosophiques parce qu’il savait qu’il pouvait faire ce qu’on lui demandait mais ne savait pas s’il devait le faire !
François Dagognet (philosophe français mort en 2015), «À quoi sert la philosophie ?» , Collection «Paroles en réseau», 2006.
RÉSUMÉ :(8 PTS)
Ce texte comporte 682 mots. Vous le résumerez en 170 mots. Une marge de 10% en plus ou en moins sera tolérée. Vous indiquerez à la fin de votre résumé le nombre de mots utilisés.
DISCUSSION : (10 PTS)
François Dagognet affirme: «La philosophie devient aujourd’hui plus nécessaire que jamais. ». La philosophie est-elle vraiment nécessaire ? Vous répondrez dans un développement argumenté et cohérent en vous inspirant de votre réalité.
PRÉSENTATION : (2 PTS)





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