Cours, le commentaire composé

Blog Single

Introduction

Le commentaire composé est un exercice littéraire qui vise à faire ressortir la spécificité d’un texte à travers une méthode rigoureuse. Il nécessite l'esprit d'analyse, de synthèse et de jugement critique. C'est le lieu d'expression d'un jugement personnel sur le texte, dans un vocabulaire précis et pertinent qui permet de le caractériser dans sa spécificité. Le commentaire composé porte obligatoirement sur un texte littéraire.

Texte d’application

« Mère » (1964)

MA MERE

Je te nomme ma terre africaine de virginale fécondité,

Ma mère des douleurs sur mon crâne du Calvaire,

Je te nomme ma MERE

De ma bouche de couscous,

De mes mains de fétiches,

De mes pieds de ronces sauvages,

De mes entrailles de la Faim,

Mère de mon ventre oublié pour la seule plénitude de regard,

Et pour l’Evangile du rythme affluant jusqu’aux narines

Jusqu’à l’aube initiatique de mes oreilles de novice…

Je te nomme Mère de mes rois fainéants dans l’enclos

De leurs sarés de polygames,

Mère de leurs femmes de guenilles,

Et des orphelins modulant la chanson de leur saison de sursis,

Autour des cases vides et des marmites polluées…

Tu m’as dit, Seigneur,

Voici ta mère,

Cette femme d’Afrique, je porterai son mystère

Dans mon Eden des mangues vertes et de serpents ;

Je porterai la chute du premier Paradis dans mes mains de défaillance

 

Entre le Cap et le Syrtes, je balancerai sa voix de crotale

Et son pagne de cannelle,

Sur la malédiction de mes tribus dispersées,

 

Je mesurerai au cordeau la trace de ses pas de gyrovagues.

 

Engelbert Mveng, Balafon, Clé, édition de 2010

Vous ferez de ce poème un commentaire composé sans séparer l’analyse du fond de celle de la forme. Vous pourrez, en vous appuyant sur les outils de langue, montrer l’image que le poète donne de l’Afrique et les sentiments qu’il éprouve.

I-                   Les objectifs du commentaire composé

Un texte littéraire, peu importe son genre (poésie, théâtre, roman, fables...), comporte des procédés linguistiques et stylistiques. Le but du commentaire composé est de faire ressortir ces procédés linguistiques, de montrer comment l'auteur les utilise pour mieux structurer le texte. L'élève doit donc interpréter ces procédés selon un contexte précis. Le commentaire composé permet donc d'évaluer la maitrise des outils linguistiques par l’élève et sa capacité à les interpréter dans un texte. Il permet aussi d'évaluer la capacité d'écriture de l'apprenant, sa capacité à organiser, structurer et expliquer son commentaire composé. Bref, le commentaire composé permet d'exploiter les procédés littéraires susceptibles de mettre en lumière le style de l'auteur (champs lexicaux, champs sémantiques, polysémies, adjectifs mélioratifs, adjectifs péjoratifs, discours rapportés, discours direct, tonalités, figures de styles, les accords de sujets, la focalisation, la versification, la ponctuation, les types de phrases…)

Le commentaire composé fait ressortir la compréhension des problématiques du texte. Il consiste pour l’élève à définir et déterminer le plan sur lequel le texte est construit et faire preuve de qualités argumentatives grâce à sa culture personnelle. Le commentaire composé développe chez l’élève deux aptitudes : les aptitudes à la lecture et à l'écriture. Le commentaire doit dire l'essentiel, le plus important. Un procédé linguistique ne sert à rien s’il ne permet pas de soutenir un centre d’intérêt ou un sous-centre d’intérêt.

II-                Le travail préliminaire

1-      La lecture plurielle du texte

Avant de rédiger le commentaire composé proprement dit, l'élève fait un intense travail préparatoire au brouillon. C’est l'ensemble des tâches de ce travail préparatoire qui sont connues sous le nom de travail préliminaire. La première de ces tâches est la lecture plurielle du texte.

A la fin de la première lecture, l'élève doit poser les questions suivantes et essayer de les répondre. Quel est l’idée générale du texte ? Cette idée générale est-elle en relation avec le thème global de l'œuvre où il est extrait, avec le titre de l'œuvre, avec l'époque de rédaction de l’œuvre ? Quel est le genre littéraire (poésie, théâtre) ? Quel est le type du texte (argumentatif, poétique, narratif…) ? Quelle est la tonalité du texte ? Quel est son intérêt?

Application :

A la fin de la première lecture de notre poème, trouvons ces éléments.

Idée générale : Le texte nous parle de l’image de l’Afrique. Cette idée générale est en relation avec le thème central de l’œuvre Balafon, qui parle de la fraternité entre les peuples. En faisant une glorieuse image de l’Afrique, son auteur Engelbert Mveng veut contribuer à la connaissance de l’Afrique par d’autres peuples. Cette idée générale est en relation avec le titre de l’œuvre, qui est Balafon. Le balafon est un instrument de musique africaine. Il a pour but d’informer. Balafon est en quelque sorte un instrument qui permet aux peuples de communiquer et de se comprendre. Donc L’image de l’Afrique vise la connaissance de l’Afrique par d’autres peuples. L’idée générale est en relation avec l’époque de rédaction de l’œuvre. Il est publié pour la première fois en 1972, en pleine guerre froide où le bloc de l’est et le bloc de l’ouest s’affrontent. Engelbert Mveng choisit le troisième camp, celui de la solidarité entre tous les peuples, peu importe leurs idéologies.

Le genre littéraire de l’œuvre : la poésie

Le type de texte : texte poétique

La tonalité du texte : tonalité élogieuse et lyrique

Intérêt : Il s’agit de savoir ce qu’on peut gagner en lisant ce texte. Ce texte a un intérêt stylistique, lié à la richesse des outils de linguistique utilisés, comme les champs lexicaux, les figures de style, la tonalité. L’intérêt est aussi social dans la mesure où le texte appelle à aimer l’Afrique, et développe donc l’esprit de solidarité entre les africains et l’esprit de nationalisme. Il appelle d’ailleurs à l’unité des Africains. Le texte a enfin un intérêt culturel, car le poète appelle à respecter les valeurs culturelles africaines et non celles de l’occident, tout en faisant un tri de cette culture, en y soustrayant les éléments comme la polygamie que l’auteur critique dans le texte.

 

 

Pendant la deuxième lecture, l'élève prête attention au niveau lexical et à la modélisation. Il étudie les familles de mots pour voir si on peut les regrouper en champs lexicaux ou en champs sémantiques. Il étudie les formes, les couleurs évoquées dans le texte, l’espace, le temps et tente de donner la valeur de ces éléments et leur agencement. Il étudie les structures grammaticales et les effets de sens : choix des noms, types de phrases, choix des modes verbaux : impératif (prière ou ordre), subjonctif (doute, mode de pensée). Il étudie aussi les temps verbaux (présent, imparfait, passé composé...), le choix du style (direct, indirect).

Application :

Dans notre poème, il y a plusieurs familles de mots avec lesquelles nous pouvons faire des champs lexicaux. Nous avons la souffrance : « marmites polluées », « cases vides », « orphelins », « enclos », «douleurs », « calvaire », « faim ». Nous avons aussi le champ lexical de la culture africaine : «couscous», « fétiches », « sarés », « polygames », « cases ». Nous avons en outre le champ lexical de la religion : « fétiches », « Evangile », « initiatique », « novice », « Eden », « Paradis », « malédiction ». Nous avons le champ lexical de la famille : « mère », « polygames », « femmes », « orphelins », «cases», « marmites ».

Dans le texte, nous n’avons pas de formes (carré, cercle, losange, rectangle…) Il y a une couleur dans le texte, qui est la couleur verte : « Dans mon Eden de mangues vertes et de serpents ». La couleur verte ici symbolise ce qui n’est pas encore arrivé à maturité. Une mangue verte n’est pas encore consommable. En ajoutant les serpents qui sont dangereux, le poète veut montrer la protection de Dieu sur l’Afrique. Dieu a donc gardé l’Afrique loin de la convoitise des puissances impérialistes, d’où l’évocation de la mangue verte, et en plus il protège l’Afrique de ceux qui insisteraient, d’où l’évocation du serpent.

Plusieurs éléments nous permettent d’affirmer que l’espace évoqué dans le poème est l’Afrique : l’évocation de la culture africaine : « fétiches » ; l’évocation des maisons purement africaines : « sarés », « cases », l’évocation des villes africaines : « Cap », « Syrtes ». Le temps n’est pas précisé dans le texte. En utilisant ces éléments, Engelbert Mveng veut glorifier l’Afrique et montrer qu’elle est sous la protection divine. Il veut aussi souligner le fait que l’Afrique n’est pas encore arrivée à maturité. Si on sait que le continent est en retard au niveau de la technologie, on peut aisément comprendre cette position.

Le choix des noms. La plupart des noms sont des noms communs. Il y a quelques noms propres de ville comme la ville du Cap en Afrique du Sud et la ville de Syrtes en Libye. Les deux villes sont aux extrémités du continent. L’une à l’extrémité sud et l’autre à l’extrémité nord. Le poète poursuit en énonçant la voix de crotale. Le crotale est un serpent possédant des sonnettes. C’est donc un serpent qui fait du bruit. Mais c’est aussi un serpent très venimeux. En évoquant la voix de ce serpent, le poète insiste sur l’unité et le message de fraternité qui doit être véhiculé sur toute l’Afrique, mais aussi sur la punition contre ceux qui refusent de s’unir, d’où l’évocation de « la malédiction de mes tribus dispersées. »

L’auteur utilise les phrases composées, et toutes déclaratives. Dans les phrases, on note la prédominance des phrases juxtaposées, qui sont séparées par des virgules. Cela traduit le fait qu’il en a tellement à dire sur l’Afrique, qu’il ne peut se permettre d’utiliser les phrases simples qui marquent des pauses.

Le temps verbal dominant est le présent de l’indicatif. Le poète utilise ce temps pour exprimer ses sentiments, ce qu’il ressent pour l’Afrique. En plus du présent, il y a le passé composé et le futur. Il utilise le passé composé pour faire un retour en arrière et se rappeler de ce que Dieu lui avait dit sur l’Afrique : « Tu m’as dit, Seigneur / Voici ta mère. » Il utilise le futur pour exprimer cette promesse qui lui a été faite. Et cette promesse était celle de la protection de l’Afrique et du lancement de la voix de crotale sur les tribus dispersées, donc sur ceux qui tentent de diviser l’Afrique : « Entre le Cap et le Syrtes, je balancerai sa voix de crotale ». Engelbert Mveng utilise le style direct pour s’exprimer. C’est lui qui parle. Il ne rapporte pas les propos d’une autre personne, seuls ceux de Dieu. Et même quand il le fait, il ne met pas les marques d’un discours indirect. C’est à la lecture qu’on réalise le changement d’interlocuteur. En utilisant le style direct, il montre que les sentiments exprimés dans le poème sont ses propres sentiments. Il décrit fidèlement ce qu’il ressent. Le style indirect, en faisant intervenir la promesse de Dieu, vient témoigner son amour pour son continent. Il a demandé et a reçu de Dieu la protection de ce continent : « Tu m’as dit Seigneur / Voici ta mère. »

 

Lors de la troisième lecture, l'élève se concentre sur l'étude des figures de style et la raison de leur utilisation ainsi que le niveau de langage. Il étudie les connotations et les dénotations, le langage péjoratif et mélioratif, et essaie de les justifier.

Application

Le texte est riche en figures de styles. Nous avons : La personnification : « MA MERE ». Le poète qualifie l’Afrique de sa mère. Il donne donc les caractères humains à un continent. Par cette personnification, le poète veut exprimer son amour pour l’Afrique. La mère est la génitrice et est généralement très aimée. D’ailleurs, le poète utilise 6 fois le terme mère dans le texte pour qualifier l’Afrique. Et pour exprimer d’avantage l’intensité de cet amour qu’il éprouve pour l’Afrique, il écrit MERE totalement en majuscule pour la première fois, et le reste de fois, il écrit la première lettre en majuscule, et parfois il écrit tout le mot en minuscule. Comme autre figure de styles, Engelbert Mveng utilise la métaphore : « leurs femmes de guenilles ». Il compare les femmes polygames à la guenille (tissus de peu de valeur, généralement en lambeau). Cette métaphore permet d’exprimer son rejet de la polygamie, où les femmes ne sont pas bien entretenues et ne sont donc pas épanouies. Elles ne peuvent pas porter de bons vêtements. Quand on sait que dans plusieurs culture africaine l’honneur d’un homme dépend de la manière dont il habille sa femme, et que dans les polygamie du texte les femmes portent des habits déchiquetés, on comprend la répugnance de l’auteur envers la polygamie.

Concernant le langage, il utilise un langage péjoratif (dépréciatif) pour marquer son opposition à la polygamie. Il qualifie les rois polygames de fainéants. Un fainéant est un individu paresseux qui ne sait rien faire et qui ne veut rien faire. Les rois polygames sont donc des paresseux : « Mère de mes rois fainéants dans l’enclos ». Il qualifie les femmes des foyers polygamiques de pauvres, ne pouvant pas bien s’habiller : « Mère de leurs épouses de guenilles ». Et il traite les enfants des foyers polygamiques comme d’orphelins affamés. Ils sont orphelins non pas parce qu’ils ont perdu leurs parents, mais parce que ces parents sont constamment absents, et ne parviennent pas à les nourrir. Les parents sont absents quand il s’agit de jouer leur rôle de parent en s’occupant de leur progéniture : « autour des cases vides et des marmites polluées ».  Le niveau de langue est soutenu, et l’auteur fait appel aux mots étrangers à la langue française, et propres à la langue africaine comme le « saré », qui veut dire maison en fulfuldé. En utilisant ce terme étranger, l’auteur veut exprimer d’avantage son attachement à son continent. Il reste proche de son continent en termes de langage. C’est en quelque sorte une rébellion à la langue française. Il aurait voulu écrire son poème en une langue africaine. C’est pourquoi même s’il écrit en français, il y maintient le vocabulaire africain.

Dans le texte, le terme « Mère » est connoté et renvoie à l’Afrique. Cette connotation permet au poète de rapprocher l’Afrique de celle qu’il aime le plus pour mieux ressortir ce qu’il ressent pour son continent, pour mettre en exergue l’importance de son continent à ses yeux.

 

A la quatrième lecture, s'il s'agit d'un texte poétique, l'élève étudie le rythme, le choix du mètre, les accents, les césures, enjambements, rejets, contre-rejets, et détermine les effets qu'ils produisent. Il étudie les sonorités. Il fait attention aux assonances, hiatus, rimes, allitérations… Dans le cas des autres textes, l’élève étudie la forme et la longueur des phrases. S’il s’agit d’un texte théâtral, l'élève cherche à savoir s’il y a double-énonciation (Les émetteurs sont en même temps récepteurs et vice-versa). Si c’est le cas, il explique ou justifie cette double énonciation. Il doit également, peu importe le texte, trouver le système d’énonciation et la focalisation.

Application

Le poème est dominé par les enjambements. L’essentiel des phrases ne s’achèvent pas sur le même vers. Ceci traduit l’abondance de ce que l’auteur avait à exprimer. Il n’y a pas de rejet ou de contre-rejet. Le poème est en prose, ce qui caractérise son époque. En fait, l’auteur est de XXè siècle, où plusieurs poètes écrivent en prose.

En nous basant sur les indices de l’émetteur : pronoms personnels de la première personne : je (4 occurrences), m’ (1 occurrence) ; les adjectifs possessifs de la première personne : ma (4 occurrences), mon (2 occurrences), mes (4 occurrences) ; avec le paratexte, et plus précisément le titre, on peut déduire qu’il y a deux émetteurs : le poète et le Seigneur. Parmi les indices du récepteur, nous avons les pronoms personnels de la deuxième personne : te (2 occurrences), tu (1 occurrence). On peut déduire que les récepteurs sont l’Afrique et le Seigneur. Le poète parle donc à son peuple, à ses frères, pour leur parler de leur continent, donc d’eux-mêmes, de ses sentiments, de la nécessité de s’unir.

 

Pendant la cinquième lecture, l’élève confronte les résultats de son travail au contexte de l'œuvre (auteur, époque, genre, thèmes centraux, idéologies dominantes à la période de rédaction…)

Application

Les thèmes développés dans l’œuvre sont ceux de son époque, dominés par le nationalisme, la volonté de fraternité entre les peuples. D’ailleurs l’auteur a vécu la période des indépendances, et plus précisément celle de son pays le Cameroun qui a été particulièrement violente. Sur le plan idéologique, deux idéologies s’affrontent quand il publie Balafon. Il s’agit du capitalisme et du communisme. A côté de ces deux idéologies en lutte, beaucoup de pays pauvres ont décidé de ne supporter aucun camp et ont initié un troisième camp qui est celui de la fraternité universelle, à la conférence de Bandoeng en Indonésie. L’auteur se situe donc dans la logique de ce troisième camp.

 

2-      Trouver l'idée générale et les centres d'intérêt

Généralement l'un de ces éléments est donné dans la consigne du sujet sous forme de proposition. Voici un exemple : vous pouvez, si vous le voulez, montrer comment le nationalisme de Dualla Manga entraine la colère de Nieddermeyer. Ici, les deux centres d'intérêts sont donnés. Le premier est le nationalisme de Dualla Manga et le second est la colère de Nieddermeyer.

L’idée générale est le thème central du texte, ce sur quoi le texte est centré, de quoi parle le texte. Les centres d'intérêts sont le plan du commentaire. Ils sont généralement deux ou trois. Il s'agit des articulations, des axes de lecture. L'élève peut le faire de manière linéaire ou thématique.

Application

Dans notre texte d’application, les deux centres d’intérêts sont donnés : l’image que le poète donne de l’Afrique et les sentiments qu’il éprouve.

L’idée générale est : l’image de l’Afrique dans le poème

 

3-      Trouver les sous-centres-centres d'intérêt

Les centres d'intérêts ne suffisent pas. Pour chaque centre d’intérêt, il faut trouver deux à trois sous-centres d’intérêts dans le texte. Il s'agit des idées ou arguments qui soutiennent le centre d'intérêt en question. Pour trouver les centres d'intérêts, il est conseillé de regrouper ensemble les indices linguistiques convergents. Pour chaque ensemble, on trouve un titre qui est le centre d'intérêt. De là, on trouve les sous centres. Il est utile de trouver 2 ou 3 centres d'intérêts. Moins de deux centres d'intérêts n'est pas conseillé, tout comme plus de trois centres d'intérêt est aussi mauvais. Chaque centre d'intérêt doit aussi avoir 2 ou 3 sous-centres d'intérêts, pas plus.

Application

Centre d’intérêt 1 : L’image de l’Afrique

-          Sous-centre d’intérêt 1 : L’Afrique comme un continent cher au poète

-          Sous-centre d’intérêt 2 : L’Afrique comme un continent de souffrance

Centre d’intérêt 2 : L’attitude du poète devant son continent

-          Sous-centre d’intérêt 1 : Son sens de responsabilité envers l’Afrique

-          Sous-centre d’intérêt 2 : L’imploration de Dieu pour protéger l’Afrique

 

4-      Classer les indices trouvés en fonction des sous-centres d’intérêt

Lors de la lecture plurielle du texte, plusieurs éléments de langue ont été trouvés. Il s’agit ici de faire un classement et un tri de ces indices en fonction des sous-centres d’intérêt. C’est un véritable plan du devoir. Il faut d’abord faire un classement de tous les éléments trouvés dans les sous-centres d’intérêt avant de faire ensuite un tri des éléments, que nous appelons les arguments.

Voici donc le classement de tous les éléments que nous avons trouvés dans les sous-centres d’intérêts que nous avons retenus.

Application

A.    L’image de l’Afrique

a-      L’Afrique comme un continent cher au poète

-          Arg 1 : Champ lexical de la culture africaine

-          Arg 2 : L’utilisation du style direct

-          Arg 3 : La personnification de l’Afrique

-          Arg 4 : La connotation

-          Arg 5 : Les enjambements

-          Arg 6 : Utilisation d’un vocabulaire étranger à la langue française

b-      L’Afrique comme un continent de souffrance

-          Arg 1 : Champ lexical de la souffrance

-          Arg 2 : utilisation de la métaphore

-          Arg 3 : Le langage péjoratif pour qualifier la polygamie

 

B.     L’attitude du poète face à son continent

a-      Son sens de responsabilité envers l’Afrique

-          Arg 1 : La toponymie

-          Arg 2 : L’énonciation

 

b-      L’imploration de Dieu pour protéger l’Afrique

-          Arg 1 : L’utilisation de la couleur verte

-          Arg 2 : L’utilisation du passé composé et du futur dans le présent

Voici ce qui ressort donc de notre premier classement. On ne peut pas utiliser tous les éléments trouvés. On peut donc prendre deux éléments par sous-centre d’intérêt ou trois. Mais il peut y avoir des sous-centres d’intérêts qui ont plus d’arguments que d’autres. Si l’élève trouve un seul argument dans un sous-centre d’intérêt, il l’interprète bien. Sinon il est préférable d’avoir deux arguments par sous-centre d’intérêt, et trois arguments maximum. Nous allons maintenir intact les autres sous-centres d’intérêts de notre texte d’application. Mais au premier sous-centre d’intérêt, nous retenons juste 3 arguments : la personnification de l’Afrique, le champ lexical de la culture africaine et l’utilisation d’un vocabulaire étranger à la langue française.

III-              L'introduction du commentaire composé

Elle se rédige à la fin du travail préliminaire, quand l'élève a déjà trouvé les centres d'intérêts, les sous- centres d'intérêts et les éléments de langue. Elle se rédige en un seul paragraphe.

Elle comporte généralement trois étapes. En fait, il y a des éléments attendus à l'introduction qu'il faut agencer de manière cohérente. Les étapes que nous donnons ici peuvent ne pas être les mêmes que ceux que l'enseignant a donné en classe. Tout se situe au niveau de l'agencement des éléments constitutifs de l'introduction.

1-      La présentation de l'œuvre

Certains enseignants appellent cette partie l'accroche et d’autres l’appellent le préambule. Ici, l'élève présente d'où est extrait le texte. Il présente sa thématique ou ses thématiques, son genre littéraire, son époque et son auteur.

2-      La présentation du texte à commenter

Après avoir présenté l'œuvre d'où est extrait le texte, l'élève présente le texte proprement dit. Il présente son contexte s'il s'agit d’un récit qui se poursuit dans une œuvre (théâtre, roman par exemple). L’élève précise ici les événements qui ont précédés ceux relatés dans le texte. Mais si l'élève ne connait pas le contexte, il ne le crée pas. Il passe juste au thème. Les fables et les poésies par exemple n'ont pas besoin de ce contexte. Après le contexte, l'élève présente l'idée générale et la source du texte.

3-      La problématique

Il s'agit d'une question d'école. Certains enseignants refusent la problématique et d'autres l'acceptent. La problématique est la question centrale qui guide le plan. Si le premier centre d'intérêt est centré sur les manifestations de la guerre et le deuxième centre d’intérêt basé sur les conséquences de la guerre, la problématique peut être : Comment l'auteur présente-t-il les manifestations de la guerre pour mieux ressortir les conséquences?

4-      Annonce du plan

Il s'agit d'annoncer les centres d'intérêt qui feront l'objet du devoir. L’introduction se rédige en un seul bloc, donc en un seul paragraphe. Après l'introduction, l'élève saute deux lignes pour commencer la rédaction du développement.

Application

Balafon est une œuvre poétique rédigé par l’écrivain et religieux camerounais Engelbert Mveng. En 1972, date de publication de cette œuvre, le monde est en pleine guerre froide. Le bloc capitaliste et le bloc communiste s’affrontent. En face de ces deux blocs, plusieurs pays du tiers monde préfèrent le non alignement, la fraternité entre tous les peuples. C’est en se situant dans cette troisième mouvance qu’Engelbert Mveng publie Balafon, qui met en exergue la fraternité entre les peuples. Notre poème « mère » à commenter est extrait de ladite œuvre. Ce poème met en évidence l’image que le poète se fait de l’Afrique. Commenter ce poème revient à présenter dans une première partie l’image de l’Afrique et dans une deuxième partie les sentiments du poète.

IV-             Le développement

Chaque centre d'intérêt est une partie du développement. Le but ici est de démontrer, de soutenir les centres d'intérêts par les éléments de la stylistique.

1-      L’introduction partielle

Avant de rédiger une partie, l'élève doit préciser clairement le centre d''intérêt ainsi que les sous-centres d'intérêts dans une introduction partielle. Ceci permet au correcteur de savoir clairement ce que l'élève s'apprête à faire. Une introduction partielle est donc constituée du centre d’intérêt et de l’énoncé de ses sous-centres d’intérêts.

Voici un exemple

Le texte s'ouvre par le nationalisme de Dualla Manga qui se manifeste d’une part par le refus de corruption et d’autre part par l'appel à l'union lancé à son peuple.

Dans cet exemple, le correcteur sait que l'élève s’apprête à travailler sur le centre d'intérêt qui est le nationalisme de Dualla Manga. Il sait également que pour commenter ce centre d’intérêt, l’élève s’appuiera sur deux sous-centres d'intérêt : le refus de corruption et l'appel à l'union lancé par Dualla Manga à son peuple.

2-      Les sous-centres d'intérêt

Chaque sous-centre d'intérêt est développé dans un paragraphe et est centré sur une idée. Chaque sous-centre d'intérêt vise à soutenir son centre d’intérêt, qui à son tour soutient l'idée générale. Le sous-centre d'intérêt se situe donc en droite ligne de l'idée générale. Pour rédiger un sous-centre d’intérêt, on commence par préciser l'idée qu'on veut défendre. Ensuite on utilise les éléments de langue qui soutiennent cette idée (figures de style, ponctuations...) Chaque élément de langue doit être interprété de façon à faciliter la compréhension du texte. L’interprétation vise à renforcer le sous-centre d'intérêt. L’élève cite les passages du texte pour mieux expliquer. Chaque sous-centre d'intérêt se termine par une conclusion partielle. Ici, l'élève résume le sous-centre d'intérêt en une ou deux phrases. I1 est préférable d'aller du moins important au plus important. Les citations sont entre guillemets. Elles doivent être commentées.

Le commentaire composé n'est pas un catalogue d'éléments de la langue. Il est centré sur le contenu, et les éléments de langues renforcent juste ce contenu. Il est donc argumentatif. (L'élève doit montrer ou défendre une position, mais en se servant des éléments  de la langue.) L’élève peut faire appel à d’autres informations sur l'auteur. Cela sera un plus. Si par exemple nous avons un texte d’Eza boto tiré de son roman ville cruelle à commenter, au lieu d’Eza Boto, nous pouvons écrire : l'auteur de Le soleil des indépendances. Le correcteur sait que c'est le même auteur qui a écrit les deux œuvres. Le correcteur pourra être flatté par la culture littéraire de l’élève.

Dans l'intitulé, il est toujours précisé que l'analyse du fond ne doit être dissociée de celle de la forme. L'élève ne doit donc pas étudier le fond (les thématiques) dans une partie et étudier la forme (les éléments de langue) dans une autre partie. Ces deux éléments (le fond et la forme) sont étudiés ensemble dans chaque sous-centre d'intérêts. Les deux vont toujours ensemble. L’élève, en justifiant l'usage des éléments de linguistique, tente de cerner l'intention de l'auteur. Il tente de justifier l'usage de chaque élément de linguistique qu'il a trouvé, et montre comment cet élément est utilisé par l'auteur pour mieux défendre le sous-centre d'intérêt

 

3-      Les transitions

Pour passer d’un centre d’intérêt à un autre, on utilise les transitions. La transition résume le premier centre d'intérêt et annonce le suivant. La transition permet d’avancer dans la démonstration. Pour quitter d'une partie à une autre, on saute une ligne, de même que pour quitter de la transition à une autre partie.

Exemple de développement

L’image que le poète se fait de l’Afrique se manifeste par la conception de l’Afrique comme un continent cher et par la conception de l’Afrique comme terre de souffrance. (Introduction partielle)

D’abord, le poète présente l’Afrique comme un continent qui lui est cher. Pour témoigner cette cherté, il reste attaché au cadre africain dans son poème, en utilisant abondamment le champ lexical de la culture africaine : «couscous», « fétiches », « sarés », « polygames », « cases ». La mère étant généralement la personne la plus chère aux humains, et plus précisément aux hommes, Engelbert utilise la figure de la personnification pour comparer l’Afrique à sa mère : « MA MERE ». Il donne donc les caractères humains à un continent. Le poète utilise 6 fois le terme « mère » dans le texte pour qualifier l’Afrique. Et pour exprimer d’avantage l’intensité de cet amour qu’il éprouve pour l’Afrique, il écrit MERE totalement en majuscule pour la première fois, et le reste de fois, il écrit la première lettre en majuscule, et parfois il écrit tout le mot en minuscule. Pour rester fidèle à son continent, Engelbert Mveng maintient les mots africains dans le poème, comme le « saré » qui veut dire maison en langue Fulfuldé. C’est en quelque sorte une rébellion à la langue française. Il aurait voulu écrire son poème en une langue africaine. C’est pourquoi même s’il écrit en français, il y maintient le vocabulaire africain.

Ensuite, le poète présente l’Afrique comme un continent de souffrance. Il marque son opposition à la polygamie, qui est le fait pour un homme d’avoir plusieurs femmes. Pour l’auteur, la polygamie entretient la misère et le sous-développement de l’Afrique. C’est pourquoi il utilise les métaphores pour comparer la polygamie à la souffrance : « leurs femmes de guenilles ». Il compare les femmes polygames à la guenille (tissus de peu de valeur, généralement en lambeau). Cette métaphore permet d’exprimer son rejet de la polygamie, où les femmes ne sont pas bien entretenues et ne sont donc pas épanouies. Elles ne peuvent pas porter de bons vêtements. Quand on sait que dans plusieurs cultures africaines l’honneur d’un homme dépend de la manière dont il habille sa femme, et que dans la polygamie du texte les femmes portent des habits déchiquetés, on comprend la répugnance de l’auteur envers la polygamie. Il utilise un langage péjoratif (dépréciatif) pour marquer son opposition à la polygamie. Il qualifie les rois polygames de « fainéants ». Un fainéant est un individu paresseux qui ne sait rien faire et qui ne veut rien faire. Les rois polygames sont donc des paresseux : « Mère de mes rois fainéants dans l’enclos ». Il qualifie les femmes des foyers polygamiques de pauvres, ne pouvant pas bien s’habiller : « Mère de leurs épouses de guenilles ». Et il traite les enfants des foyers polygamiques d’orphelins affamés. Ils sont orphelins non pas parce qu’ils ont perdu leurs parents, mais parce que ces parents sont constamment absents, et ne parviennent pas à les nourrir. Les parents sont absents quand il s’agit de jouer leur rôle de parent en s’occupant de leur progéniture : « autour des cases vides et des marmites polluées ».  Toujours pour montrer l’Afrique comme un continent de souffrance, il utilise le champ lexical de la souffrance : « marmites polluées », « cases vides », « orphelins », « enclos », «douleurs », « calvaire », « faim ».

 

De ce qui précède, le poète donne plutôt une double image de l’Afrique. Il la conçoit comme un continent cher et comme une terre de souffrance. Quelle attitude adopte-t-il face à son continent ? (transition)

 

L’attitude du poète face à son continent est mise en exergue par son sens de responsabilité et l’imploration de Dieu pour protéger l’Afrique.

D’une part, Engelbert Mveng montre son sens de responsabilité envers sa mère l’Afrique par la toponymie. L’auteur utilise des villes existantes en Afrique comme la ville du Cap en Afrique du Sud et la ville de Syrtes en Libye. Les deux villes sont aux extrémités du continent. L’une à l’extrémité sud et l’autre à l’extrémité nord. En évoquant ces deux villes aux extrémités du continent, le poète insiste sur l’unité et le message de fraternité qui doit être véhiculé sur toute l’Afrique, mais aussi sur la punition contre ceux qui refusent de s’unir, d’où l’évocation de « la malédiction de mes tribus dispersées. » En nous basant sur les indices de l’émetteur : pronoms personnels de la première personne : je (4 occurrences), m’ (1 occurrence) ; les adjectifs possessifs de la première personne : ma (4 occurrences), mon (2 occurrences), mes (4 occurrences) ; avec le paratexte, et plus précisément le titre, on peut déduire qu’il y a deux émetteurs : le poète et le Seigneur. Parmi les indices du récepteur, nous avons les pronoms personnels de la deuxième personne : te (2 occurrences), tu (1 occurrence). On peut déduire que les récepteurs sont l’Afrique et le Seigneur. Le poète parle donc à son peuple, à ses frères, pour leur parler de leur continent, donc d’eux-mêmes, de ses sentiments, de la nécessité de s’unir. Il se sent donc responsable de ses frères du continent.

D’autre part, l’évêque camerounais implore Dieu pour protéger son continent. Il utilise la couleur verte, couleur d’immaturité, pour montrer que l’Afrique n’est pas encore arrivée à maturité, et a donc besoin de la protection de Dieu : « Dans mon Eden de mangues vertes et de serpents ». Une mangue verte n’est pas encore consommable. En ajoutant les serpents qui sont dangereux, le poète veut montrer la protection de Dieu sur l’Afrique. Il demande donc à Dieu de garder l’Afrique loin de la convoitise des puissances impérialistes, d’où l’évocation du serpent pour protéger l’Afrique qu’il symbolise en mangue verte, de ceux qui insisteraient. On sait que dans l’histoire l’Afrique a été agressée par les puissances impérialistes, et qu’elle ne dispose pas toujours d’assez de forces pour se défendre contre ces puissances. Elle a donc besoin d’une protection divine. L’auteur utilise le passé composé pour faire un retour en arrière rappeler à Dieu la promesse qu’il lui avait faite sur l’Afrique : « Tu m’as dit, Seigneur / Voici ta mère. » Il utilise le futur pour exprimer cette promesse qui lui a été faite. Et cette promesse était celle de la protection de l’Afrique et du lancement de la voix de crotale sur les tribus dispersées, donc sur ceux qui tentent de diviser l’Afrique : « Entre le Cap et le Syrtes, je balancerai sa voix de crotale ». Le futur lui permet de demander à Dieu d’appliquer la promesse faite en punissant ceux qui tentent de diviser le continent du poète.

 

 

V-                La conclusion

Elle clos le commentaire composé. Elle comporte deux parties :

1-      Le récapitulatif

Ici, l'élève rappelle le thème et les centres d’intérêts développés dans son devoir. C’est ce qu'on appelle le bilan. Il n'est pas obligé de rappeler les arguments (procédés linguistiques) qu'il a utilisés pour défendre ses sous-centres d'intérêt. L'apprenant n'ajoute pas de nouveaux centres ou sous-centres d'intérêts. Il ne rappelle que le travail qu'il a fait au développement (centres d'intérêts et sous-centres d'intérêts).

2-      Les intérêts

L'élève précise ce qu'on peut gagner en lisant le texte. Il peut avoir un intérêt philosophique, historique, didactique...

Application

En conclusion, ce texte était centré sur l’image que le poète Engelbert Mveng fait de son continent. En première partie, nous avons vu que le poète considère son continent en même temps comme un continent qui lui est cher et comme un continent de souffrance. En seconde partie, nous avons vu l’attitude du poète face à ce continent, à travers son sens de responsabilité et l’imploration de Dieu pour protéger l’Afrique. Ce texte nous interpelle sur le plan social car il appelle à aimer notre continent et ceux qui y habitent. Il nous appelle à l’unité. Ce texte a aussi un intérêt stylistique, vu la richesse des procédés d’écriture utilisés.