La nécessité d’épanouir les enseignants

Blog Single

L’Enseignant est au centre du système éducatif, qu’on le veuille ou pas. A ce titre, il doit avoir  de meilleures conditions de vie et de travail et les mérites. Nous méritons d’être  un peu pédagogiques à cet effet. L’enseignant doit être  à l’abri du besoin matériel. Tout au moins pour l’essentiel. Il doit pouvoir bien se nourrir, se vêtir, se soigner, se distraire. Ceci implique un salaire convenable. Il y a 20 ans, les enseignants perdaient à 70% leur pouvoir d’achat. La grille salariale du 1er juillet 1985 n’a jamais été appliquée jusqu’à nos jours, soit 28 ans de navigation à vue. Pour être  sérieux, nous devons repartir sur cette grille et faire des projections, en partant du fait que la boîte de lait d’1kg qui coûtait à l’époque 650F, revient au consommateur de nos jours à 2.200F, soit une augmentation de 38 %. Si les salaires de la grille du 1er juillet subissaient la même évolution, alors les enseignants seraient capables de faire face aux nombreuses nécessités devant leur permettre de mener une vie digne et épanouie. Ils sont rares pour ne pas dire inexistants, les enseignants qui ne sont pas endettés.

 Que peut-on attendre d’un enseignant qui a quitté la maison en laissant son enfant malade, et n’ayant pas de quoi l’amener à l’hôpital ? Rien. Il peut être  en classe pour qu’on dise qu’il est au travail, mais il ne travaille pas. Il fait semblant. Ceux qui essaient de travailler sont ceux qui confondent les caisses de l’Etat à leurs poches. Que peut-on attendre d’un enseignant qui est sorti de chez lui sans prendre de petit déjeuner ? Peut-il tenir debout tout au long de la journée, la posture adéquate pour un éducateur ? Que non. L’enseignant peut-il être le modèle s’il ne peut au mieux se ravitailler en vêtements dans la friperie ? C’est-à-dire des vêtements déjà usités par d’autres hommes comme lui.

Les stages à l’étranger permettent de se frotter à d’autres réalités, de découvrir une autre façon de faire. De découvrir d’autres systèmes éducatifs. Pourquoi a-t-on 12.000 étudiants étasuniens en Chine et 60.000 étudiants Chinois aux USA  actuellement? Ce n’est certainement pas parce qu’il y a des filières en Chine qui n’existent pas aux USA et vice versa. Les enseignants sortent des écoles de formations et vont pour l’immense majorité en retraite sans avoir eu l’occasion de faire au bas mot du tourisme à l’intérieur du pays, cela n’est pas une situation enviable. Ceci parce qu’ils vivotent.  J’écoutais encore des énormités que disait un professeur d’Histoire sur les populations du Cameroun disant que le « nordiste » est celui qui a une gandoura. Un tour dans le grand nord aurait permis au pauvre de comprendre que les musulmans ne sont pas les seuls à mettre cette gandoura dans cette région du pays par exemple. Les Enseignants qui sortent en A2 par exemple finissent leur carrière sans le moindre concours professionnel, ce qui ne leur offre pas la moindre émulation, aucune mobilité professionnelle pourtant indispensable.

Le Venezuela a 28 millions d’habitants, légèrement moins que le Cameroun. Mais il y a là-bas au moins 1 million de fonctionnaires, soit près de 300.000 enseignants. Mais chez nous, nos campagnes ont des écoles avec deux maîtres pour un cycle complet pendant que les ENIEG/ENIET continuent de former les chômeurs. 40.000 enseignants formés depuis 2010 attendent de travailler. Un enseignant par classe, nous pensons que c’est le strict minimum pour estimer que l’enseignant peut commencer à faire son travail. Nous avons constaté une situation scandaleuse à l’école publique de Bantai dans le Djerem. Une maîtresse tenant trois classes toute seule. Comment pouvons-nous croire tout à fait honnêtement que ces enfants reçoivent la même formation que ceux de l’école publique du Centre administratif de je ne sais quelle chef-lieu de région ? Un enseignant comme celui-là est stressé, loin de l’épanouissement. Il croit en toute âme et conscience être en train de rendre un grand service à l’humanité en embrassant tout cela. Il se tue pourtant et ne rend aucun service à la nation, car il est loin d’offrir l’éducation de qualité tant attendue de lui. Il est tout simplement un gardien d’enfants.

Notre pays dispose pourtant d’énormes richesses. La preuve, c’est le récent budget de l’Etat qui est passé à 3.312milliards F cfa en 2014 et qui peut permettre de quoi assurer l’épanouissement des enseignants. A cette masse d’argent, si l’Etat était vigilant, nationalisme aidant, les impôts que ne payent pas certaines multinationales -qui trouvent  pour parade la déclaration de  perte toutes les années- s’ajouteraient  pour le bien-être des Camerounais.

Les enseignants ne demandent qu’à avoir le minimum de décence pour bien former nos enfants à qui nous allons certainement léguer le pays. En plus de la pertinente question : Quel Cameroun voulons-nous pour nos enfants ? Nous voulons bien ajouter : Quels Enseignants voulons-nous pour le Cameroun ? Nous pouvons nous empresser de répondre, des Enseignants épanouis. Des Enseignants épanouis signifient qu’il n’y ait plus de frustration du genre : Instituteurs Contractuels à la sortie d’une école nationale de formation ; que les cadres de ce pays soient véhiculés comme jadis ; qu’il n’y ait pas des injustices du genre : pas de frais de déplacement pour les congés annuels alors que la réglementation le prévoit, etc. Il n’est pas normal que les Enseignants quittent le Cameroun pour aller travailler au Tchad, parce qu’un Instituteur y toucherait 340.000F et un professeur de lycée un peu plus de 600.000F. Inutile de parler du Gabon où le professeur de lycée y toucherait 1.800.00F pendant que l’Instituteur se contenterait de 600.000F en début de carrière. N’allez surtout pas expliquer cela par le fait qu’ils ne sont que 2 millions d’habitants. Tous les charlatans du dimanche qui évoquent l’augmentation de la population au Cameroun pour expliquer la stagnation ou la rétrogradation des salaires, curieusement seulement chez les Enseignants devront repartir sur les bancs d’économie et de démographie. Ils comprendront que la France a 68 millions d’habitants, les USA en ont 315 millions et la Chine 1,312 milliard, et que le volume des impôts augmente avec la population, il suffit d’un calcul simple et on peut trouver le revenu moyen d’un enseignant. Le niveau de vie de la population est donc le fruit d’une volonté politique et non le résultat de la fatalité. Les Enseignants attendent donc logiquement et impatiemment que l’ordre soit refait dans leur revenu pour les remettre au travail, ceci pour le bien de notre cher et beau pays.