Après la tempête de l’arrestation, le bal diplomatique : qui perdra la main ?

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L’histoire retiendra cet épisode comme l’une des plus grandes fautes stratégiques de l’impérialisme américain. En capturant le président vénézuélien, les États-Unis d’Amérique ont cru frapper fort. Ils ont en réalité déclenché une onde de choc mondiale sans précédent. La condamnation fut quasi unanime. Même l’Union européenne, d’ordinaire docile et disciplinée derrière Washington, a laissé filtrer sa désapprobation. Plus remarquable encore : les États africains, souvent réduits au silence diplomatique, ont pris position. L’arrestation n’a pas intimidé le monde ; elle l’a réveillé. Washington a compris, trop tard, l’ampleur de son erreur. Jamais une action extérieure des États-Unis n’avait suscité une telle contestation globale. L’acte, brutal et arrogant, a dévoilé au grand jour ce que l’impérialisme tente toujours de masquer : la violence nue au service du pillage.

Le pétrole comme boussole unique

Derrière le discours moralisateur, derrière les accusations changeantes, une seule obsession guide la politique américaine : le pétrole vénézuélien. D’abord, ils ont affirmé que Maduro était à la tête d’un cartel de narcotrafiquants. Accusation grotesque, sans preuves, rapidement abandonnée. Puis vint une version révisée : un gouvernement « corrompu », « répressif », financé par l’argent de la drogue. Même si ces accusations étaient fondées, ce qu’elles ne sont pas, aucune ne justifie l’attaque de navires, l’enlèvement d’un chef d’État, ni l’asphyxie d’un pays entier par l’embargo. 
Les États-Unis savent pertinemment que leur montage judiciaire ne tiendra pas. La justice relâchera Maduro, faute de base légale sérieuse. La véritable accusation, celle qu’ils n’osent pas formuler publiquement, est simple et brutale : le Venezuela refuse de livrer son pétrole à l’impérialisme américain. Voilà le crime réel de Maduro. Voilà la raison de la violence. Voilà la raison de son arrestation.

Un plan impérialiste mis en échec

Le plan initial était limpide : prendre le contrôle direct du pays, installer un pouvoir soumis et livrer les richesses pétrolières aux industries américaines. Ce plan a échoué. La vice-présidente Delcy Rodríguez a repris la direction de l’État. Les institutions fonctionnent. Le pays tient. Washington comptait sur un soulèvement populaire pour achever le travail. Là encore, échec total. Aucune vague insurrectionnelle. Aucun effondrement interne. Bien au contraire : le kidnapping du président a réveillé un nationalisme populaire, une conscience collective de résistance. Le peuple vénézuélien a compris que l’attaque ne visait pas un homme, mais la souveraineté nationale.

De la force brute à l’humiliation diplomatique

Vendredi, l’impérialisme a tenté une nouvelle carte : s'humilier pour tenter de corrompre le gouvernement en place. Les États-Unis d'Amérique se sont rapprochés du régime qu’ils disaient ne pas reconnaître, qu’ils promettaient d’abattre. Ils ne l' ont pas fait par repentir, mais par calcul. Si l’arrestation n’a pas livré le pétrole, si la rue ne s’est pas soulevée, alors il faut tenter la corruption, la pression feutrée, le marchandage diplomatique.
Le 9 janvier 2025, des diplomates américains ont rencontré Delcy Rodríguez. Le président des États-Unis a parlé de « rétablissement des relations » et de « coopération pour la reconstruction de l’industrie pétrolière ». Le même jour, il recevait les dirigeants des grandes compagnies pétrolières. La coïncidence est trop parfaite pour être innocente. Toute la politique américaine se résume à cette équation : pétrole d’abord, souveraineté des peuples jamais.

Delcy Rodríguez n’est pas une proie facile

Washington sous-estime Delcy Rodríguez. Il la croit malléable, corruptible, impressionnable. Il se trompe. Tandis que les diplomates américains manœuvrent, le Venezuela consolide ses alliances. Le même jour, le ministère vénézuélien des Affaires étrangères rencontrait l’ambassadeur de Russie, Sergey Melik-Bagdasarov. Ce n’est pas un détail. C’est un message. Nous sommes face à un jeu de ping-pong où l’un des joueurs refuse de lâcher la balle. Même si les États-Unis reculent tactiquement, ils ne renonceront jamais stratégiquement. L’impérialisme ne renonce pas : il attend, il contourne, il frappe à nouveau.

La menace de la guerre plane

Pour « faciliter le dialogue », Delcy Rodríguez a libéré certains opposants, dont Enrique Márquez, figure utilisée en 2024 par Washington pour tenter d’imposer un président fantoche qui devait leur livrer le pétrole. Ce geste de bonne foi de la vice-présidente a été immédiatement exploité contre elle. Trump veut faire passer celà pour un aveu de faiblesse, pour une soumission. Dans le même temps, il a annoncé qu’il recevra Maria Corina Machado, cheffe de l’opposition vénézuélienne la semaine prochaine. Le but est d'accentuer la pression. En parallèle, il évoque une entrée militaire au Venezuela sous prétexte de lutter contre le narcotrafic,  exactement comme en Afghanistan détruit au nom de la chasse à Ben Laden, alors que l’enjeu réel était énergétique et géostratégique. Cette fois encore, le masque humanitaire cache le visage du brigand. Les États-Unis veulent le pétrole vénézuélien. Ils sont prêts à tout pour l’obtenir. 

Qui perdra la main ?

Nous sommes à un tournant. Soit l’impérialisme américain accepte l’échec et recule, hypothèse peu probable, soit il choisit l’option qu’il connaît le mieux : la conquête par la force. Le peuple vénézuélien doit se préparer. L’histoire enseigne que lorsque la diplomatie impérialiste échoue, les canons parlent. Mais l’histoire enseigne aussi autre chose : aucun empire n’est invincible face à un peuple conscient, organisé et déterminé à défendre sa souveraineté. Le Venezuela n’est pas seulement en lutte pour son pétrole. Il est en lutte pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et cette lutte dépasse ses frontières.