Du front ukrainien au Groenland : la continuité stratégique de l’impérialisme étasunien contre la Russie

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L’histoire n’avance jamais par hasard. Les actes de l’impérialisme obéissent à une logique froide, matérielle, implacable : celle du maintien de l’hégémonie mondiale face à toute puissance qui ose se relever. La tentative actuelle des États-Unis d’Amérique d’annexer le Groenland n’est pas une lubie diplomatique ni une simple convoitise économique : elle constitue la suite logique de l’offensive menée contre la Russie depuis la fin de la guerre froide, et plus particulièrement depuis la prise du pouvoir par Vladimir Poutine.

La Russie : de l’effondrement à la reconstruction

Après l’effondrement de l’Union soviétique, les États-Unis pensaient avoir définitivement enterré leur ancien adversaire historique. Les années 1990 furent pour la Russie une décennie d’humiliation, de pillage économique et de pénétration occidentale massive. Le capital américain et européen s’est infiltré dans l’économie russe, croyant avoir transformé définitivement l’ex-puissance soviétique en périphérie dominée. Mais l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir a progressivement mis fin à cette illusion. Les États-Unis ont été évincés méthodiquement des centres de décision russes, les secteurs stratégiques ont été repris en main, l’État s’est reconstitué, l’armée modernisée. Pire encore pour Washington : la Russie, riche en hydrocarbures, minerais, terres et ressources stratégiques, est redevenue une puissance autonome, capable de défendre ses intérêts et d’influencer l’ordre mondial. La simple existence d’une Russie souveraine est, pour les États-Unis, une preuve vivante des limites de leur puissance. Elle ravive le spectre de la guerre froide et rappelle que l’hégémonie américaine n’est ni éternelle ni incontestée.

L’encerclement : une stratégie impérialiste classique

Face à cette renaissance, les États-Unis n’ont pas choisi la coexistence pacifique, mais la confrontation différée. Incapables de faire tomber la Russie de l’intérieur, ils ont opté pour une stratégie bien connue de l’impérialisme : l’encerclement militaire et politique.
À l’est, à l’ouest, au sud de la Russie, Washington a soutenu ou installé des régimes hostiles, intégrés ou aspirant à être intégrés à l’OTAN. Ces États-tampons, militarisés et dépendants, ont été transformés en avant-postes de la stratégie atlantiste. L’objectif était clair : resserrer l’étau, réduire l’espace stratégique russe, provoquer une réaction et, à terme, provoquer l’effondrement du régime.

L’Ukraine : l’avant-garde sacrifiée

L’Ukraine fut le fer de lance de cette stratégie. Son projet d’intégration à l’OTAN représentait, pour la Russie, une ligne rouge existentielle. Un État membre de l’Alliance atlantique, lourdement armé, à ses frontières immédiates, capable de porter des coups décisifs : cela était inacceptable pour Moscou.
La réaction russe fut brutale, mais prévisible. Dès lors, le bloc occidental a mobilisé tous ses moyens politiques, économiques, militaires et médiatiques pour vaincre la Russie par procuration. L’Ukraine est devenue un champ de bataille impérialiste, un pion sacrifié dans une guerre qui la dépasse.
Or, au fil des affrontements, la stratégie occidentale a échoué. La Russie n’a pas été brisée comme prévu. Elle a adapté son économie, restructuré son effort de guerre, utilisé massivement des combattants étrangers pour préserver ses forces nationales, et conservé une capacité militaire intacte pour les conflits futurs. L’armée russe n’est pas prenable.
Pendant ce temps, les puissances occidentales sont sorties économiquement affaiblies, socialement fragilisées, politiquement divisées. La carte ukrainienne, censée faire tomber la Russie une seconde fois, a échoué.

Le Groenland : le nouvel appât impérialiste

Mais l’impérialisme ne renonce jamais. Il se redéploie. La tentative d’annexion du Groenland s’inscrit précisément dans ce redéploiement stratégique.
Au-delà de ses richesses minières colossales et encore inexploitées, le Groenland possède une valeur géostratégique majeure : sa proximité avec l’Arctique et avec la Russie. En intégrant le Groenland, les États-Unis cherchent à se rapprocher physiquement du territoire russe, tout en protégeant leur propre sol de représailles directes.
La logique est la même qu’en Ukraine : utiliser un territoire tiers comme plateforme avancée, comme zone tampon et comme futur champ de bataille. Comme l’Ukraine hier, le Groenland demain est appelé à servir d’appât. Suffisamment proche pour frapper la Russie, mais aussi suffisamment proche pour recevoir des coups qui devaient être réservés aux États-Unis. Le but de ces États tampon est le même : être sacrifiés pour fragiliser assez la Russie. Et une fois la Russie fragilisée, les États-Unis d'Amérique en dernier ressort déploient leurs armées pour finir le travail.
Et comme toujours, les États tampon prendront les coups. Des coups durs. Des coups destructeurs. Car dans les guerres impérialistes, ce ne sont jamais les peuples qui décident, mais toujours eux qui paient.

Une guerre sans limite entre puissances

L’Ukraine et le Groenland ne sont pas des exceptions : ce sont des pions sur l’échiquier d’une guerre mondiale larvée, une guerre sans limite qui se joue au sommet des puissances mondiales. Une guerre pour les ressources, les routes, les positions stratégiques, l’hégémonie.
Dans ce brasier, une leçon doit être tirée par les peuples dominés, notamment en Afrique : aucune puissance impérialiste ne protège la liberté des peuples. Elles s’affrontent, se dévorent, se déplacent, mais utilisent toujours les faibles comme boucliers et champs de bataille.
Seule une avant-garde consciente, organisée et résolue peut préparer les peuples à comprendre ces mécanismes, à résister et à se libérer. L’histoire ne pardonne pas l’illusion. Elle récompense l’organisation, la lucidité et la lutte.