Les enseignants refusent-ils « l’investissement » de l’Etat ?

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Pendant les tables rondes tout comme le 5 octobre, les enseignants brillent par leur absence. Que se passe-t-il ? Il semble désormais que le corps est divisé en trois catégories. Les vacataires, les Instituteurs Contractuels et les fonctionnaires.  Les deux premières catégories estimeraient qu’il s’agit d’une affaire des fonctionnaires. Et pour cause ? Les fonctionnaires malgré leurs revendications salariales du reste justifiées, sont les mieux lotis. Ainsi, la Journée Mondiale des Enseignants (JME), appelée à tort comme la « fête » des enseignants, est considérée comme l’affaire des enseignants de formation.

En effet, on peut classer les enseignants en deux groupes seulement : les lésés de la république (LR) qui sont les fonctionnaires et les potentiels lésés (PL) que sont les autres. Les LR ont des problèmes connus de tous mais qui n’affectent en rien les PL. Il s’agit entre autres, de la gratuité des frais médicaux à hauteur de 60% non appliquée, des frais de déplacement à l’occasion des congés annuels non payés, de la gratuité de l’école pour les fils des enseignants, de la revalorisation substantielle des salaires, etc. Les PL ont d’autres problèmes qui attendent d’être résolus pour retrouver les problèmes des LR. Les uns attendent leur intégration et les autres d’être admis dans des écoles normales. Certains PL ayant dépassé la limite d’âge n’ont plus d’espoir et sont donc presque indifférents. Il n’est pas rare de voir des enseignants faire carrément des cours le 5 octobre. D’autres vont tout simplement au champ ou vaquent à leurs occupations domestiques comme s’il s’agissait d’une vulgaire journée fériée. Ce sont les places des PL qui sont vides pendant les activités. Ce n’est pour autant pas dire que les LR sont tous présents, mais ils sont très majoritaires. Et pourtant, c’est le contraire qui aurait pu être logique. A savoir que les PL arrivent massivement sur la place publique pour crier leur ras le bol. Il semblerait même que cette rétractation des lésés arrange énormément tous ceux qui ne veulent pas qu’il y ait le moindre bruit de nature à troubler leur breuvage. Car de breuvage, il y en a. Tous ceux qui, avec la casquette d’enseignant se font du beurre grâce à leur fonction sont, pour l’immense majorité, contre la défense des droits des enseignants. Tout se passe donc comme si l’expression publique de la mauvaise condition de vie et de travail des enseignants est un signe de faiblesse ou d’incompétence de tous ceux qui sont hiérarchiquement au-dessus de lui. Vision caporalisante, c’est-à-dire erronée.

 En effet, les établissements scolaires sont à tort comparables aux sous-préfectures ou aux hôpitaux, par exemple. Dans un hôpital, après le médecin, on retrouve l’infirmier de loin inférieur sur le plan cognitif. Il en va de même dans les sous-préfectures où, après le « chef de terre », c’est le vide. Dans les Ministères en charge de l’Education comme dans les établissements, les différents collaborateurs ont le même grade, seules les fonctions les diffèrent. Il n’y a donc pas de soucis à se faire si un Inspecteur, Délégué départemental ou un Proviseur croit se faire taxer d’incompétent s’il n’arrivait pas à « retenir ses troupes ».

C’est pour ces raisons que tout en décriant publiquement l’absence des enseignants, beaucoup de responsables expriment intérieurement leur satisfaction. D’où la nécessité pour les enseignants de sortir massivement le 5 octobre pour marquer leur mécontentement. Personne d’autre ne le fera à leur place. Qui devrait porter les pancartes exigeant l’intégration inconditionnelle des IC ? Certainement pas des professeurs de lycées ou des IPEG ! Si oui, il y aurait matière à interrogation.