Les Etats Généraux de l’éducation : Un Véritable serpent de mer ou de l’inertie en perspective ?
Après la tentative de réforme du secteur de la santé et surtout les deuxièmes Etats Généraux de la Communication tenus 20 ans après les premiers, on s’attendait logiquement au tour de l’Education (18 ans après les Etats Généraux de 1995), mais que de tergiversations. Pourtant ce ne sont pas les problèmes qui manquent : promotion collective, conditions de vie et de travail des enseignants déplorables, baisse de niveau des apprenants, délibérations de la honte aux différents examens, déficit d’enseignants, prépondérance des APEE dans le fonctionnement des établissements scolaires, etc.
Fidèle à la vision du SECA déclinée dans ses prospectus depuis 2011, La Tribune de l’Educateur dans sa troisième parution en janvier 2013 consacrait sa Une sur les Etats Généraux de l’éducation. Des articles concoctés à ce sujet ont mis l’accent sur les conclusions des travaux de ce forum qui s’était déroulé au Palais des Congrès de Yaoundé du 22 au 27 mai 1995 ; notamment l’affirmation de l’éducation comme priorité des priorités, l’offre par l’Etat de l’éducation de base gratuite et obligatoire à tout enfant camerounais, l’amélioration de la condition de l’enseignant comme garant de la qualité de l’éducation. Ces articles avaient également et surtout relevé des recommandations déjà réalisées et celles qui restent à réaliser ou à parfaire. Des mémorandums du SECA à ce sujet ne sont pas en reste. La nouvelle de la nécessité de la tenue des nouveaux états généraux de l’éducation a fait grand bruit au point d’attirer l’attention du Président de la république qui en a clairement fait allusion dans son discours à la jeunesse le 10 février 2013. Nous pensions que cela tenait lieu d’instruction, que non.
Même le fameux Comité Ad hoc chargé des revendications des enseignants du Cameroun, par la voix du Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale n’avait pas été insensible à ce souhait du SECA. Le 24 mai 2012, le communiqué final du Comité annonçait déjà avec précision ceci : « Le Gouvernement a informé les syndicats sur la tenue l’année prochaine du Forum National de l’Education. Le Premier Ministre a déjà donné des instructions au Ministre de l’Enseignement Supérieur à cet effet. » Mais le 25 juin 2012, le comité, à la manière d’un tirailleur désarmé et désemparé, marqua un recul furtif et surprenant à travers son communiqué, comme s’il oubliait déjà ce qui avait été écrit un mois plus tôt, en indiquant curieusement ceci: « Enfin, pour ce qui est de la tenue d’un forum national de l’éducation, le gouvernement a déjà entrepris les préparatifs en vue de la tenue prochaine de ces assises ». Sans précision ; d’où l’élasticité dans le délai et peut-être mieux, le renvoi aux calendes grecques. Des camerounais et particulièrement des enseignants et enseignantes patriotes qui avaient fondés leurs espoirs sur ces états généraux pour voir enfin la descente aux enfers de notre école stoppée et surtout voir le Cameroun émerger, se demandent comment on peut aspirer à l’émergence en mettant de côté un «si grand projet structurant » : la réforme de l’éducation nationale. Comment peut-on éradiquer la pollution morale (notamment l’habillement indécent, les multiples perversités y compris religieuses et autres immoralités) décriée par les autorités en contournant et en évitant la remise en question du système éducatif au sein d’un forum national? Comment l’éducation peut elle contribuer à désintoxiquer la société camerounaise si elle-même n’opère pas sa propre toilette ? Dans son discours du 31 décembre 2013, le Président de la République après avoir présenté nos richesses s’est posé la question de savoir ce qui nous manque pour nous développer. Nous pensons qu’un système éducatif capable de former le type d’homme défini par les Etats Généraux de 1995 nous manque. A savoir, une jeunesse bien formée et capable de travailler pour l’intérêt générale, des Camerounais capables de dire non à l’individualisme qui est d’après le chef de l’Etat lui-même notre principale problème. En bref le Cameroun a besoin d’une école républicaine où sont enseignées les grandes valeurs dont nous avons besoin pour avancer. Une école qui nous permettra de retrouver notre identité culturelle nécessaire à la relance industrielle (condition sine qua non pour émerger), afin que nous cessions de consommer ce que nous ne produisons pas.
En lieu et place de la réponse à ces questions pour le moins essentielles, on revoie les enseignants à la commission ad hoc. L’histoire a donné raison à tous ceux qui soupçonnent cette commission de faire dans le dilatoire, qui a même gagné la coupe du monde des négociations marathons (24 mois à ce jour), et nous nous sommes acheminés allègrement vers la fin de l’année 2013 sans forum de l’Education ni conclusion des négociations, 2014 et 2015 sont passés et nous attendons toujours. Pire encore, les syndicats n’ont reçu à ce jour le moindre programme concernant ce Forum, ni une quelconque consultation ; pourtant les enseignants forment avec les parents d’élèves, la base de la communauté éducative qui a son mot à dire. La recommandation de la plus haute autorité du pays va-t-elle donc rester lettre morte ? Le Président de la république n’est pas à son premier contre pied, son décret 2001/041 du 19 février 2001 (portant organisation des établissements scolaires publics et attributions des responsables) est constamment torpillé. En tout cas, on peut dire en « bon camerounais » que « le Cameroun, c’est le Cameroun » et que « on va faire comment ! ». Mais, nous pensons qu’il est plus que jamais impératif que les états généraux promis par le Président de la République soient enfin organisés, ceci dans le but d’aplanir la montagne de problèmes que ce secteur connait. Telles que les choses s’annoncent, il est à craindre que le forum promis, si jamais il a lieu, ne soit qu’une grand’messe qui escamote les vrais problèmes de l’éducation. Nous estimons également qu’une véritable et sincère consultation populaire devrait être un préalable à l’organisation de ces états généraux et que les enseignants, à travers tous les syndicats, y aient un rôle essentiel à jouer. En tout cas, toute la communauté éducative craint que l’éducation ne constitue le ventre mou de l’émergence du Cameroun et attend une fois de plus un autre prochain traditionnel discours du Chef de l’Etat à la jeunesse. Nul doute qu’il fera allusion à ces Etats généraux souhaités par lui-même.
