Les malades mentaux en Afrique : une souffrance atroce

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Respect de la dignité noire, égalité des races, fin du Franc CFA, les problèmes de la dette du tiers monde, la fin du néocolonialisme, le respect des cultures africaines, réformes agraires… Tant de combats que nous menons dans ce monde qui semble être contre nous. Ces combats ont connu leurs héros, des stratèges connus ou inconnus. Ce sont des combats qui font rage et où nous déployons tellement d’énergie et de sacrifices. Loin de ces combats, nous restons aveugles à d’autres combats, plus pressants qui se posent à nous. Le principal combat que nous avons fui est celui de notre propre combat. Nous avons engagé très tôt de grands combats en oubliant le plus urgent : Celui qu’il faut mener contre nous-mêmes en tant qu’individu et en tant que peuple. Quand on engage un combat, la principale question à poser est la raison du combat. Autrement dit, pourquoi nous battons-nous ? Pourquoi risquons-nous nos vies dans le combat ? Pourquoi faisons-nous tant de sacrifices ? L’argent que nous avons, nous pouvons l’utiliser pour le plaisir personnel, pour le luxe, mais nous mettons une importante partie dans le combat. Les plus déterminés mettent presque toutes leurs ressources financières dans le combat. Nous ne pouvons pas faire tous ces sacrifices si nous ne savons pas au préalable la raison de tels sacrifices. Les combats que nous menons à l’international sont louables. Les mots d’ordre de combat sont justes et ce combat est important, mais il faut triompher sur celui qui est plus important : Le combat interne. Nous glorifions les éléments de notre culture : sagesse, entraide, solidarité africaine… Mais ces mots, bien que vrais, restent vains devant la réalité. Nous ne luttons pas pour remplacer l’Europe ou l’Amérique à la tête du monde afin de continuer à dominer les autres peuples, autrement nous n’aurons pas cerné le sens du combat. Nous luttons pour imposer un monde meilleur, sans races, ni croyances, ni tribus…, juste un village planétaire où les frontières auront disparu et où il n’y aura que les êtres vivants qui se respectent. Les européens, les russes ou les asiatiques qui nous soutiennent dans notre combat ne veulent pas que nous triomphions pour devenir les maitres de leurs enfants. Ils nous soutiennent pour que nous triomphions pour construire un monde meilleur pour nos enfants et pour les leurs, pour construire un monde humain.

Pour que cela soit possible, nous devons mener un combat interne plus violent, plus dur. Le combat externe que nous menons devait être la suite du combat interne. Le combat interne suppose les préalables au combat. Des attitudes à adopter en combattant. Il ne sert à rien d’engager un combat pour la dignité des noirs si nous les noirs nous ne nous respectons pas nous-mêmes ou nous ne respectons pas les animaux et même les végétaux. Bref la nature. Je ne tends pas ici à imposer un régime alimentaire, mais des comportements. Il est vrai devenir végétarien contribuerai énormément à respecter les droits des animaux. Nous les noirs sommes plus forts que les animaux, comme l’Europe actuellement est plus forte que nous. Pour commencer à exiger du respect à l’Europe, il est nécessaire de commencer à donner du respect aux animaux, qui sont moins forts que nous. De la manière dont nous respectons les animaux actuellement dépendra la manière avec laquelle nous respecterons les autres quand nous serons au sommet du monde. Tout comme nous, les animaux tiennent à leurs vies et tout comme nous ils ressentent la douleur que nous leur faisons subir. Nous ne pouvons pas continuer de leur ôter la vie sans raison, de les torturer sans raison.  Il y a certes des animaux à exterminer ou à éloigner de nous pour leur nuisance : les moustiques, les rats, les bactéries, les serpents venimeux, les scorpions par exemple. Mais que cette destruction soit pour préserver des vies. Je reviens sur les malades mentaux qui font l’objet du présent article. A quoi bon aller aux Nations-Unis, à l’Union Africaine, à la Conférence Afro-asiatique, à l’International socialiste clamer et imposer le respect des noirs si au pays un malade mental manque du strict minimum vital.

Dans la société africaine actuelle, le malade mental est le mal suprême. Il mange dans les poubelles, dort dans ces poubelles. Il n’est généralement pas habillé, sauf s’il trouve dans la poubelle quelques vieux vêtements. La société le rejette. On l’appelle le fou. Ce terme est assez suffisant pour l’éloigner de nous. Pour calmer la conscience, la société a trouvé la raison à toutes les maladies mentales : c’est un sorcier. Il est entré dans la sorcellerie et il n’a eu personne à tuer et il est devenu fou. Personne ne cherche à connaitre l’origine du mal. Le malade mental est violenté, humilié. Quand il/elle passe, les enfants lui jette des cailloux et le/la hue. Seuls quelques sentimentaux chassent les enfants. Quand il pleut, les malades mentaux sont obligés de rester dans la pluie. S’ils font l’erreur d’arriver dans une famille, ils sont violentés, fouettés, bastonnés et renvoyés dans la pluie. Ce geste peut être toléré parce qu’on a face de nous un malade mental dont les réactions ne sont pas prévisibles. Je ne demande pas ici de nouer des relations avec des malades mentaux ou de les héberger. Ces relations finissent généralement très mal. Mais je dis qu’au lieu d’aller se battre pour des combats dont les issus sont lointaines, nous devons concentrer nos premiers efforts à faire pression sur nos gouvernements pour qu’ils prennent des dispositions pour ces malades qui peuvent être n’importe qui : un frère, une tante, un oncle, une grand-mère ou bien même nous. Ce combat est plus concret car les résultats sont plus visibles. Les malades mentales sont les plus souffreteuses. Leur sexe féminin les expose aux viols. Elles sont constamment enceintes sans qu’on ne sache qui sont les géniteurs. On ne peut pas dire qu’elles ont été consentantes dans ces relations. Quand dans nos maisons, nous mangeons et dormons, à quelques pas de nous il y a des malades mentaux qui sont violentés. Quand nous allons loin aux Nations Unis pour lutter pour la cause des Noirs, lutter contre le Franc CFA, Il y a dans les pays que nous avons laissés des violences contre les malades mentaux. Il ne s’agit pas ici d’arrêter des combats glorieux que nous menons à l’international pour notre dignité. Mais nous devons définir les priorités de nos combats. Le sort des malades mentaux n’intéresse généralement personne. Rien ne les protège. La société les a rejeté, les Etats les ont rejetés. Quand on appelle la police pour signaler l’agression faite sur un malade mental, la réaction est presque toujours la même : c’est pour un fou que vous nous appelez ? Quand on se plaint de l’agression faite sur un malade mental, le premier interlocuteur répond avec surprise : ce n’est qu’un fou ! La société n’a pas seulement délaissé les malades mentaux, elle s’est assurée que ces malades n’aient pas de soutien. Quand une personne aide un malade mental, pour la société, c’est de la métaphysique. Peut-être c’est vous qui l’avez rendu fou, ou bien dans la sorcellerie on vous a dit de vous occuper de lui. Le malade mental est un des plus souffreteux, ce sont des exilés dans leurs propres pays. S’ils tombent malades, il n’y a personne pour les soigner. Soit leurs anticorps seront assez forts pour résister contre le mal, soit ils n’ont pas de choix : ils doivent mourir. C’est dans des cas extrêmement rares que ces malades ont été amenés dans un centre de santé et soignés. Quand une maladie mentale survient dans une famille, on multiplie des rites pour qu’un tel mal ne survienne plus jamais. La famille a honte dans la société quand on lui rappelle qu’il y a un des leurs qui est fou. En Afrique, la maladie mentale n’est pas une maladie comme les autres. Elle est un mal suprême et les malades mentaux sont comparables aux démons. Il faut les éloigner de la société, les éloigner de la famille. En un mot, il faut les isoler de la société. En Europe les malades mentaux sont bien traités.

Ce que je veux dire c’est que nous devons d’abord savoir pourquoi nous nous battons. Nous ne pouvons pas mener des combats pour notre dignité de noir et d’africains si nous ne pouvons pas respecter ceux de nos frères malades ou ceux des animaux. De la manière dont nous respectons ceux de ces deux éléments dépend ce que nous ferons quand nous aurons réussi notre révolution. Le préalable est dans le respect des droits de ces deux éléments et de tous ceux qui souffrent. Si nous ne pouvons pas être sensibles à la souffrance de notre prochain, il ne sert à rien d’exiger le respect de nos droits dans les grands sommets et forums mondiaux. Nous laissons sur le continent des combats plus concrets, des dictatures, des guerres, des violations multiples des droits des autres africains pour aller à l’international lutter pour des combats certes nobles, mais aux issues incertaines. Je ne perds pas de vue l’idée selon laquelle la chute du néocolonialisme ou du Franc CFA contribuera à assainir de manière radicale la société africaine. Pour parler comme des Révolutionnaires, je ne perds pas de vue la contradiction principale et les contradictions secondaires. Je ne perds pas de vue le néocolonialisme (une forme du capitalisme) qui est le mal fondamental et la misère sur le continent qui ne sont que ses conséquences. Le plus important reste certes d’affronter le problème principal qui est le capitalisme mondial. Mais nous ne pouvons pas combattre ce capitalisme en oubliant les préalables. Nous ne pouvons pas oublier ses conséquences pour se concentrer sur lui. En même temps que nous le combattons, nous menons un autre combat contre ses conséquences. Nous forgeons une mentalité de combat et nous faisons des priorités dans nos combats. Le combat interne pour le respect des malades mentaux, des animaux, des végétaux et des droits de tous les autres africains n’arrête pas celui que nous menons à l’international. Au contraire il le fixe et lui assure plus de garantie de victoire. Nous devons nous organiser pour faire pression sur nos gouvernements pour qu’ils respectent les droits des plus vulnérables. C’est après cela qu’il faut engager un grand combat international pour le respect de notre dignité, contre le Franc CFA et autres. Amilcar Cabral précisait à juste titre que les gens ne luttent pas pour une idée derrière la tête des gens, mais pour une vie meilleure pour leurs enfants. En menant des combats plus concrets, nous avons la possibilité de rallier plus le peuple à notre cause, que de mener des combats pour lesquels le peuple ne s’y reconnaît pas. Nous leur parlons du Franc CFA, de la dette… Aidé par l’analphabétisme ambiant, il ne peut pas nous écouter. Menons le premier combat qui est celui du respect des droits de ceux que nous dépassons en force. Si nous sommes capables de respecter les droits des gens que nous dépassons en force, nous pouvons engager le combat international pour notre dignité, contre le Franc CFA. Un homme qui frappe sa femme ne mérite pas lutter pour la dignité des noirs, un homme qui a un chien qu’il ne soigne jamais ne mérite pas lutter pour la dignité des noirs, un homme qui frappe son chien ou son chat sans raison ne mérite pas lutter pour la dignité des noirs, un homme qui maltraite un malade mental, qui viole une malade mentale ne mérite pas lutter pour la dignité des noirs. Un homme qui écrase les autres hommes ou qui fait des faveurs aux ressortissants de sa tribu, religion ou région ne mérite pas lutter pour la cause des noirs. C’est pour cela qu’il faut mener un premier combat interne avant d’engager des combats plus abstraits. La victoire du premier combat interne détermine et oriente le second. Si la Grande Révolution Panafricaine, comme ce sera le cas, tourne en conflit armé continental, en tant que membre des FARPA (Forces Armées Révolutionnaires Panafricaines), nous saurons pourquoi nous nous battons et chaque balle que nous tirerons sera pour défendre des droits, pour que la vie de tous soit meilleure.