Un pays qui maltraite ses enseignants n’a pas d’avenir
Depuis la baisse sauvage des salaires de 1993 et la dévaluation du franc cfa le 12 janvier 1994, le pouvoir d’achat des enseignants s’est effondré. Tout ce qui leur en est resté ce sont leurs indices dans l’ensemble élevés. Mais à quoi servent ces indices élevés lorsque tout est nivelé par le bas ? La valeur du point d’indice est de 328 f pour les indices allant jusqu’à 300 et de 168f pour les indices supérieurs. Beaucoup n’ont pas résisté à ce choc et ont rejoint d’une manière ou d’une autre, Osendé Afana. Certains un peu plus résistants traînent des séquelles de maladies nerveuses jusqu’à ce jour. La conséquence de cet état de chose, c’est que les enseignants n’ont plus le cœur à l’ouvrage. Une situation qui arrange bien ceux qui ne souhaitent pas que le Cameroun sorte la tête de l’eau.
Les réductions quasi-simultanées du train de vie des enseignants, l’une intérieure et l’autre extérieure, ont paru pour certains observateurs et avec raison, être commanditées de l’extérieur avec le même objectif : faire perdre au Cameroun tout ce qu’un pays a de plus cher, à savoir l’éducation de sa jeunesse. Cette éducation était assurée il y a 25 ans, par des enseignants dignes, au-dessus de la mêlée, loin du souci de remplir les besoins les plus élémentaires de l’homme. Cet enseignant-là, avait l’amour du travail bien fait, il consacrait tout son temps à la quête du savoir qu’il allait transmettre avec enthousiasme à ses jeunes compatriotes.
Où en sommes-nous aujourd’hui ? Après plus de vingt grèves d’enseignants, deux statuts particuliers en sont sortis, des primes minables et c’est tout. La conscience professionnelle est au talon ; les activités parallèles au détriment de la profession occupent le clair du temps de la plupart ; La clochardisation de l’enseignant est à son paroxysme. L’enseignant est le cadre de la fonction publique de l’Etat dont la moto est l’engin de prédilection pendant que ses homologues des autres ministères roulent en Super Roof. Même les Sous-Directeurs de l’administration centrale que sont les Proviseurs n’ont pas droit à une voiture de service, encore moins les établissements scolaires et les Délégations départementales. Et pourtant, le convoyage des copies des examens officiels aurait pu être un motif suffisant pour que ces structures soient équipées de véhicules tout terrain. Qu’attendre dès lors de l’avenir de notre pays avec des enseignants qu’on méprise volontairement?
Eh bien, les enseignants qui achètent sur le même marché que les autres fonctionnaires se sentent marginalisés et chosifiés. Ils vont au travail pour justifier leur solde et non plus pour éduquer. Dans ces conditions, point n’est plus besoin de comprendre que nos établissements scolaires, loin de constituer un lieu d’acquisition du savoir, sont plutôt des garderies d’enfants. L’éducation de qualité que nous conjurons de tous nos vœux est loin d’être apprivoisée.
Il faut pour cela des salaires décents aux enseignants. Cela est possible, en attendant notre propre monnaie, gage de souveraineté et de liberté. Hier, les maigres salaires permettaient aux colons de faire de nous de petits fonctionnaires, respectant en cela un des douze commandements coloniaux. Ne continuons plus à rester en captivité alors que les geôles sont ouvertes depuis belle lurette. Façonnons notre avenir en cessant de maltraiter nos enseignants, nos dépositaires et dispensateurs du savoir et du savoir-faire. C’est ce que je pense.
