Épreuve langue française Tle A4

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(Publié pour la première fois en 1932, Voyage au bout de la nuit, roman de Louis-Ferdinand CELINE fait le récit des mésaventures du personnage, Bardamu, engagé dans la Première Guerre mondiale au sein de l’armée française. Dans l’extrait suivant, alors que toute sa compagnie est tombée dans une embuscade tendue par l’armée allemande, survient un messager porteur d’une mauvaise nouvelle…)
Sous ce regard d’opprobre, le messager vacillant se remit au « garde à vous », les petits doigts sur la couture du pantalon, comme il se doit dans ce cas-là. Il oscillait ainsi, raidi, sur le talus, la transpiration lui coulant le long de la jugulaire, et ses mâchoires tremblaient si fort qu’il en poussait de petits cris avortés, tel un petit chien qui rêve. On ne pouvait démêler s’il voulait nous parler, ou bien s’il pleurait.
Nos Allemands accroupis au fin bout de la route venaient justement de changer d’instrument. C’est à la mitrailleuse qu’ils poursuivaient à présent leurs sottises ; ils en craquaient comme de gros paquets d’allumettes et tout autour de nous venaient voler des essaims de balles rageuses, pointilleuses comme des guêpes.
L’homme arriva tout de même à sortir de sa bouche quelque chose d’articulé :
« Le maréchal des logis Barousse vient d’être tué, mon colonel, qu’il dit tout d’un trait.
Et alors ?
Il a été tué en allant chercher le fourgon à pain sur la route des Etrapes, mon colonel !
Et alors ?
Il a été éclaté par un obus !
Et alors, nom de Dieu !
Et voilà ! Mon colonel…
C’est tout ?
Oui, c’est tout, mon colonel.
Et le pain ? » demanda le colonel
Ce fut la fin de ce dialogue parce que je me souviens bien qu’il a eu le temps de dire tout juste : « Et le pain ? » Et puis ce fut tout. Après ça, rien que du feu et puis du bruit avec. Mais alors un de ces bruits comme on ne croirait qu’il en existe. On en a eu tellement plein les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, tout de suite, du bruit, que je croyais bien que c’était fini, que j’étais devenu du feu et du bruit moi-même.
Et puis non, le feu est parti, le bruit est resté longtemps dans ma tête, et puis les bras et les jambes qui tremblaient comme si quelqu’un vous les secouait de par-derrière. Ils avaient l’air de me quitter, et puis ils me sont restés quand même mes membres. Dans la fumée qui piqua les yeux encore pendant longtemps, l’odeur pointue de la poudre et du soufre nous restait comme pour tuer les punaises et les puces de la terre entière.
Louis – Ferdinand CELINE, Voyage au bout de la nuit, roman, 1932

COMMUNICATION 5points
1. En vous aidant du texte et du paratexte, dites qui raconte l’histoire. A quels indices peut-on reconnaître sa présence dans le texte ?        2,5pts
2. A partir de quel point de vue l’histoire est-elle racontée ? Quel intérêt ce choix présente-t-il pour le lecteur ?    2,5pts

MORPHOSYNTAXE 5pts
1. Repérez les occurrences des points d’exclamation dans ce texte.  Quels sont les effets produits par ce signe de ponctuation ?       2,5pts
2. a-Quel type de discours le narrateur a-t-il choisi pour rapporter les paroles des personnages ?   1pt
    b-Qui sont les différents interlocuteurs ? Quel rôle joue ce type de discours dans le texte ?     1,5pt

SEMANTIQUE  5points
Par le repérage et l’analyse du champ lexical dominant, dont vous relèverez les éléments, dites quel est le titre de ce passage (votre titre doit avoir plus de deux mots). 3pts
Dans les deux derniers paragraphes, le vocabulaire est-il péjoratif ou mélioratif ? Dans quelle intention le narrateur utilise-t-il ce vocabulaire ? 2pts

IV – RHETORIQUE DES TEXTES  5points
Soit l’extrait : « … des essaims de balles rageuses… ». 
 a-Identifiez la figure de style dans ce passage et justifiez votre réponse.  1,5pt
   b-Qu’exprime cette figure de style ? 1pt
      2. a-À partir de deux indices textuels pertinents dites à quel type appartient ce texte ?      1,5pt
          b- Quelle est la fonction de ce type de texte ? Justifie ta réponse.   1pt