Crise post-électorale de 2025 : une révolte spontanée, sans avant-garde. Mais rien n'est achevé, tout commence

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L’élection présidentielle de 2025 au Cameroun a plongé le pays dans l’une des crises politiques les plus intenses de ces dernières années. Officiellement réélu avec des scores contestés, notamment dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest encore en guerre, Paul Biya a été proclamé vainqueur d’un scrutin marqué par les accusations massives de fraude, les manipulations électorales et la partialité flagrante des organes en charge du processus. L’éviction du principal opposant Maurice Kamto a ouvert un vide stratégique dans le champ politique. C’est dans ce contexte qu’Issa Tchiroma Bakary, ancien ministre devenu opposant, a été propulsé à la tête de l' opposition et a revendiqué la victoire de l' élection présidentielle du 12 octobre 2025. Il a appelé les Camerounais à descendre dans la rue. Les « villes mortes » se sont multipliées, les arrestations se sont comptées par centaines, et les exécutions sommaires ont endeuillé plusieurs familles. Face à cette répression, l’opposition a tenté d’organiser la résistance, mais la mobilisation s’est essoufflée au moment même où le régime prêtait serment, le jeudi 6 novembre 2025, scellant de fait la fin de la crise.
Durant cette période, l’action de plusieurs figures a marqué les esprits, notamment le créateur de contenu Nzui Manto, qui, par son engagement constant, a documenté en temps réel les événements sur l’ensemble du territoire national. Il a contribué à lever des fonds pour soutenir les familles des victimes, devenant l’un des symboles de la résistance numérique camerounaise. Après la tempête, des avocats se sont constitués en collectif pour défendre les détenus politiques. Ces actes sont à saluer. Mais l’analyse révolutionnaire doit aller plus loin : comprendre pourquoi, encore une fois, la flamme populaire n’a pas trouvé la voie de la victoire.

Une épreuve de force sans préparation

La crise post-électorale de 2025 fut spontanée. Elle est née de l’émotion, pas de la stratégie. Aucun plan de préparation prolongée, aucune structuration des forces populaires, aucun travail patient d’organisation n’a précédé l’appel à la rue. Or, il est particulièrement difficile pour une initiative spontanée de venir à bout d’un régime néocolonial solidement installé, soutenu par des puissances étrangères et maîtrisant tous les leviers du pouvoir : armée, administration, justice, finances, diplomatie.
Dans cette confrontation inégale, le peuple a été jeté dans la bataille sans formation, sans cadre d’organisation et sans commandement politique clair. C’est ce qui explique les confusions, les mots d’ordre contradictoires, les dérives incontrôlées, et finalement, l’essoufflement rapide du mouvement. Issa Tchiroma s’embrouillait lui-même dans ses déclarations, preuve d’une absence de préparation politique et logistique. 

Une absence d’avant-garde organisée

Cette crise a mis à nu le vide organisationnel de l’opposition camerounaise.
Aucune force structurée, disciplinée, dotée d’un programme clair et d’un ancrage populaire réel n’a été capable d’encadrer la mobilisation. L’Union pour le Changement, dominée par Djeukam Tchameni et Anicet Ekane, a tenté de coordonner certaines actions, mais sans infrastructure organisationnelle. Quant au FSNC d’Issa Tchiroma, il reposait essentiellement sur sa personnalité, sans base militante.
La conséquence a été sans équivoque. Dès les arrestations de leaders, tout s’est arrêté. Le peuple, abandonné à lui-même, a improvisé. Les appels se sont multipliés, parfois contradictoires, parfois dangereux. Les destructions et les débordements ont offert au régime le prétexte idéal pour renforcer la répression. Un peuple désorganisé, livré aux improvisations, ne peut pas vaincre un régime structuré. Il faut une avant-garde révolutionnaire capable d’organiser la lutte, d’anticiper les ripostes du pouvoir et de transformer la colère en force disciplinée. Sans cela, nous affronterons le régime cent fois et perdrons cent fois.

Un peuple sans formation politique

L’un des constats les plus amers de cette crise est l’absence de formation politique du peuple. Beaucoup de Camerounais veulent la chute du régime, mais peu comprennent les conditions nécessaires pour y parvenir. La plupart suivent les émotions du moment, les cris des opposants sur les plateaux télé ou les réseaux sociaux, sans se soumettre à une discipline de formation et de lecture politique. Le peuple n’a pas encore compris que l’indignation seule ne renverse pas un système ; il faut la conscience, l’organisation, la stratégie. Sans cela, il reste un peuple prêt à mourir, mais non prêt à vaincre. De 2008 à 2025, la même scène s’est répétée : révolte, répression, oubli. C’est pourquoi la Ligue des Masses pour la Renaissance Africaine (LIMARA) place la formation politique au cœur de son action.
Un peuple formé ne brûle pas inutilement ses forces : il sait quand frapper, où frapper, et pourquoi frapper.

Des leaders sans formation révolutionnaire

Les leaders de l’opposition camerounaise ne sont pas tous des révolutionnaires. Certains sont brillants académiciens, mais la politique révolutionnaire ne s’enseigne pas à l’université : elle s’apprend dans la pratique, la discipline, et la stratégie. Beaucoup de leaders jusqu' ici ont cru qu'ils pouvaient s'appuyer sur la colère du peuple pour lancer les mots d'ordre et renverser le régime. Certains ont même souhaité que la situation s'empire pour que la colère du peuple soit plus grande. Ils n' ont pas jugé utiles de se former politiquement pour mieux organiser le peuple et arriver à la victoire.
Le régime, lui, forme ses cadres à l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM), à l’École Militaire Interarmes (EMIA), et bénéficie d’un encadrement stratégique étranger.
Face à cela, comment vaincre avec des leaders qui improvisent et confondent communication et stratégie ? Comment vaincre avec des leaders non formés qui se contentent de crier sur le régime, sans impact réel, sans capacité à influencer le régime.
 Mao Zedong disait : « La guerre est la politique avec effusion de sang. »
Sans stratégie, toute lutte populaire se transforme en sacrifice inutile. Les leaders de l’opposition doivent comprendre que la force du régime est plus dans sa science de la conservation du pouvoir que dans sa violence. Et cette science, il faut l’étudier pour la détruire. On ne peut pas vaincre le régime si on ne sait pas comment il fonctionne, comment il se maintient, et tout celà fait appel à la formation et non aux cris. On peut créer des centaines de médias pour crier sur le régime néocolonial, le critiquer, jamais on ne pourra le vaincre. Il faut cesser de crier et se former.

Un peuple émotif et des leaders bruyants

Le peuple camerounais est émotif. Il suit les cris, pas les idées. Il soutient ceux qui insultent le régime, non ceux qui construisent des stratégies. C’est ainsi que les crieurs prennent la place des organisateurs, puis finissent souvent dans les bras du régime qu’ils prétendaient combattre.
La véritable avant-garde est souvent marginalisée, car elle parle de discipline, de sacrifices et de stratégie, des choses moins spectaculaires que les haranguements de foules. Mais c’est cette avant-garde seule qui peut conduire à la victoire.

Le calcul égoïste et l’absence de financement populaire

Le peuple camerounais souffre aussi d’un autre mal : l’égoïsme. Il ne soutient pas financièrement ses propres organisations d’avant-garde. Il préfère financer des structures proches du pouvoir ou déjà populaires, dans l’espoir d’un retour personnel le jour de la victoire. C’est une erreur fatale. Un peuple conscient soutient d’abord ceux qui défendent ses intérêts, non ceux qui flattent ses illusions. Sans ressources, aucun mouvement révolutionnaire ne peut survivre. Et sans mouvement révolutionnaire, pas de victoire pour le peuple. Il se contentera des présidents imposés de l' extérieur et de leurs actions sur le terrain, sans aucune possibilité de les influencer.
La LIMARA appelle chaque citoyen conscient à rompre avec cette paresse politique et à comprendre qu’aucune libération n’est gratuite. Soit nous soutenons financièrement notre avant-garde pour la renforcer soit nous cherchons à soutenir plutôt les organisations déjà connues et proches du pouvoir sans vraiment les connaître, en espérant tirer des avantages quand elles seront au pouvoir.

L’heure du choix

Après 2025, nous sommes à la croisée des chemins. Les leaders âgés approchent de la fin de leur cycle : Kamto, Tchiroma, Ekane, Tchameni… tous appartiennent à une génération qui a mené le combat jusqu’à ses limites. Leur courage ne doit pas être nié, mais leur époque s’achève.
L’heure est à une nouvelle organisation, une avant-garde jeune, disciplinée, formée et idéologiquement claire.
Cette avant-garde existe déjà : c’est la LIMARA, la Ligue des Masses pour la Renaissance Africaine. Nous ne promettons pas des miracles ; nous proposons une méthode, une école politique, un travail patient et scientifique pour bâtir la victoire populaire.
Le peuple camerounais doit choisir : continuer à jouer avec la politique, ou entrer dans l’histoire avec ceux qui la construisent. Le régime néocolonial ne tombera pas de lui-même. Il tombera le jour où le peuple décidera de soutenir son avant-garde.
La LIMARA n’est pas une illusion : c’est la continuité historique des luttes trahies, l’organisation qui tire les leçons des échecs passés pour préparer la victoire future. Nous n’avons pas perdu : nous avons appris. Et parce que nous avons appris, nous vaincrons. Rien n' est achevé pour le Cameroun, tout commence.