Afrique : le continent qui a faim au milieu de l’abondance
L’Office for the Coordination of Humanitarian Affairs (OCHA) des Nations unies estime que plus de 300 millions de personnes auront besoin d’assistance humanitaire en 2025. Parmi elles, une majorité vit en Afrique, sur un continent pourtant béni par la nature : terres arables, forêts denses, ressources hydriques immenses, et une population jeune, dynamique, capable de nourrir la planète entière. Alors pourquoi ce paradoxe ? Pourquoi le continent le plus fertile de la planète dépend-il toujours de l’aide alimentaire internationale ?
La réponse est simple, mais douloureuse : le problème est mental, politique et structurel.
Un continent riche, mais une agriculture abandonnée
L’Afrique dispose d’environ 60 % des terres arables non exploitées du globe. Elle pourrait être le grenier du monde. Mais elle ne se nourrit pas elle-même. L’agriculture, jadis colonne vertébrale de nos économies et garante de la souveraineté, est aujourd’hui méprisée. La bureaucratie et la mentalité néocoloniale ont fait du travail de la terre un métier « humiliant », réservé aux pauvres et aux laissés-pour-compte. Les jeunes préfèrent se réfugier dans le secteur tertiaire, souvent improductif, où l’on gagne peu mais où l’on conserve l’illusion d’un certain statut social. Comme résultat de cette mentalité, l’agriculture manque cruellement de bras, malgré un taux de chômage record chez les jeunes diplômés.
Une dépendance alimentaire créée de toutes pièces
Le drame africain, c’est aussi la dépendance aux goûts des autres. L’influence occidentale a profondément modifié nos habitudes alimentaires : le pain, les pâtes, les biscuits et autres produits à base de blé, un céréale que l’Afrique produit très peu, ont remplacé nos nourritures locales comme le mil, le sorgho, le manioc ou l’igname. Ainsi, le continent est devenu dépendant des marchés étrangers pour se nourrir. À chaque crise internationale, à chaque guerre en Ukraine, le prix du pain ou du riz explose dans nos marchés. Cette dépendance n’est pas naturelle : elle a été fabriquée.
L’agriculture sous perfusion étrangère
Un autre piège c'est le fait que l’agriculture africaine est aujourd’hui dépendante des engrais chimiques étrangers, souvent produits et contrôlés par les multinationales occidentales. Les semences, les engrais, les pesticides, tout vient de l’extérieur. Ce système rend le paysan africain esclave de marchés qu’il ne contrôle pas. L’agriculture, au lieu d’être un secteur de liberté et d’autonomie, est devenue un secteur de soumission économique.
Des régimes néocoloniaux incompétents
La responsabilité de cette situation incombe aussi aux régimes néocoloniaux qui dirigent nos États depuis les indépendances fictives. Ces gouvernements, souvent plus préoccupés par leur survie politique que par le bien-être du peuple, n’ont jamais défini de véritable politique agricole nationale visant l’autonomie alimentaire. Ils préfèrent importer, quémander, ou dépendre de la « générosité » des partenaires internationaux. Pendant ce temps, les grandes réformes agraires sont ignorées : de vastes terres sont accaparées par des élites politiques ou économiques, tandis que les petits paysans, sans titres fonciers ni moyens, peinent trouver des lopins de terre à cultiver.
Un continent fragmenté et désuni
L’Afrique est riche, mais divisée. La segmentation du continent empêche toute solidarité économique réelle. Les zones arides et désertiques ne bénéficient pas des excédents alimentaires des zones forestières, tandis que ces dernières ne profitent pas des richesses énergétiques du Sahel. Au lieu d’une complémentarité économique, les frontières héritées de la colonisation ont créé une asphyxie régionale. Chacun survit dans son isolement, sous la coupe de partenaires extérieurs qui, eux, savent parfaitement coopérer pour mieux piller nos ressources.
Produire pour les autres, mourir de faim chez soi
Les ressources alimentaires ne manquent pas à l’Afrique. Ce sont les circuits de distribution et les logiques de production qui sont pervertis. Le Cameroun, par exemple, est l’un des premiers producteurs de banane d’Afrique centrale, mais la banane est devenue un produit de luxe pour ses propres habitants. Le riz camerounais, de qualité supérieure, est vendu surtout à l' étranger d’un riz étranger tandis que les Camerounais achètent le riz moins nutritif des pays étrangers. Une augmentation de pouvoir d'achat et une bonne politique agricole aurait rendu le pays indépendant au niveau du riz qui est entrain de devenir le produit alimentaire le plus consommé du pays. Les produits vivriers (igname, plantain, manioc, taro) sont abandonnés parce qu’ils ne rapportent pas : le marché local, pauvre, ne permet pas d’en vivre dignement. Les producteurs se tournent vers les cultures de rente (cacao, café, coton) destinées à l’Europe, car le pouvoir d'achat y est plus élevé et les possibilités de bénéfices plus grandes pour les paysans africains. Ainsi, l’Afrique produit pour nourrir les autres, tandis que son peuple s’enfonce dans la faim et la dépendance.
L’aide internationale : la perfusion qui tue
À force d’abandonner nos champs, nos habitudes et nos valeurs, nous avons fait de l’aide internationale notre garde-manger. Mais cette aide n’est jamais neutre : elle maintient la dépendance, impose des conditions, oriente nos politiques et notre économie. Nous ne mourons pas de faim parce que la terre est stérile, mais parce que nos esprits ont été stérilisés par la dépendance.
Pour une révolution agraire et panafricaine
Pour sortir de ce cycle infernal, il faut une révolution mentale, agricole et politique.
C’est le combat que porte la Ligue Associative Africaine (LAA) à l’échelle continentale : restaurer la dignité de la terre, la valeur du travail agricole, et la coopération entre les régions africaines. Au Cameroun, la LIMARA (Ligue du Mouvement pour la Révolution Africaine) s’inscrit dans cette même dynamique : organiser la révolution camerounaise, repenser le modèle de développement, et redonner à l’agriculture la place centrale qu’elle mérite.
Conclusion : nourrir l’Afrique, c’est libérer l’Afrique
L’Afrique n’a pas besoin de charité, elle a besoin de souveraineté. Elle n’a pas besoin d’aide alimentaire, mais d’une politique de justice agraire, de solidarité et de conscience collective. Tant que le paysan africain restera pauvre, l’Afrique restera esclave. Mais le jour où elle se remettra à cultiver sa terre pour elle-même, aucune famine, aucun embargo, aucune OCHA ne parlera plus pour nous.


