Enfin en politique !

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Par Yemele Fometio

En adhérent à l’A.U.D.A. (Association pour l’Unité et le Développement de l’Afrique) en 2007, le jeune lycéen que j’étais ne savait pas encore qu’il amorçait une série de grandes avancées qui allaient l’amener sur le terrain politique. Tout petit, j’avais toujours suivi les plaintes des parents et des ainés sur la gestion du pays. Les conditions de vie particulièrement difficiles dans lesquelles j’ai grandi, où il fallait à tout moment être entre la vie et la mort, où une simple maladie pouvait être fatale faute de moyens pour se soigner, où j’étais constamment humilié, mal nourri, mal vêtu, mal logé venaient justifier ces plaintes en créant en moi une colère que je contenais à peine. J’ai grandi avec cette colère. J’avais envie de tout changer, de tout détruire et de tout reconstruire, de mettre une fois pour toutes un terme à la souffrance et à la misère dans laquelle était et est encore plongé mon peuple. Le public de la ville de Dschang entre 2005 et 2006 me connaissait déjà lors des conférences. Je prenais toujours la parole et je criais. J’étais un coléreux. Plusieurs fois je me faisais insulter par les conférenciers, mais je ne lâchais pas. C’est quand j’adhère à l’A.U.D.A. (Association pour l’Unité et le Développement de l’Afrique) que, débattant constamment avec des amis, nous commençons à réfléchir sur le devenir de l’Afrique et du Cameroun, que je cesse de crier. A cette date j’ai 16 ans et je suis en Terminale. Si je cesse de crier lors des conférences, les débats ne parviennent pas à mettre fin à ma colère interne. Dans les rues, les malades mentaux délaissés à eux seuls, mangeant dans les poubelles, violés, violentés, torturés, ne cessent de réveiller cette colère. La souffrance quotidienne, la misère, la faim, tous ces éléments me maintiennent en état de colère. Je me retrouve constamment entrain de pleurer seul. Si les débats à l’A.U.D.A. et à Action Sociale Africaine où j’ai également adhéré m’apportent un semblant de réconfort, je me sens constamment seul avec ma colère. Je suis toujours pensif. Je pense à tout, à un Cameroun meilleur, à une Afrique meilleure, à un monde en paix. Je réfléchi sur les solutions.

Si les plaintes des ainés ont forgé en moi une colère qui ne disparaitra plus jamais, leurs conseils avaient aussi cultivé en moi la haine et la crainte de la politique. Au Cameroun dirigé par le régime de Paul Biya, faire la politique est comme un acte de trahison, c’est comme signer son acte de décès, surtout si on est du côté de l’opposition. La manière et la violence avec laquelle le régime traque les opposants retire de la tête de la plupart des camerounais la volonté de faire la politique. Rares sont les manifestations de l’opposition qui se terminent sans torture ou emprisonnement. Cloitré, apeuré, le peuple se méfie de la politique. C’est ce qui justifie la violence avec laquelle ma mère va tenter de m’éloigner de la politique. Conseils de familles après conseils, elle m’ordonnait de quitter l’A.U.D.A. et tout ce qui pouvait être dangereux pour moi. Elle me rappelait les événements, les assassinats, le devoir familial. Elle mettait sa culture historique au service pour me convaincre. C’est après avoir réalisé la vanité de ses efforts qu’elle décide de se taire en me rappelant chaque fois son point de vue sur mon engagement politique. A ma connaissance, mon entrée en politique est ma première désobéissance à ma mère.

Dès ma tendre enfance, j’avais des rêves démesurés. Une personne avec de tels rêves se surprends être un moteur de l’histoire. A 8 ans, je voulais être le chef du village Bafou. A 15 ans, je rêvais d’être le président de la République du Cameroun et à partir de 16 ans, grâce à mon adhésion à l’A.U.D.A., j’ai décidé que je ne mourrai pas sans avoir uni l’Afrique. Cela fait 12 ans aujourd’hui que ce rêve dure de manière inaltérée. Des actions ont été menées dans ce sens pendant 12 ans et mes camarades et moi avons fait un parcours de lion, surtout avec des moyens très limités.

Alors que ma colère tentait de s’atténuer, ma réussite au concours de l’Institut Supérieur du Sahel (aujourd’hui Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de Maroua) porte cette colère jusqu’à son plus haut niveau. La misère dans cette partie du pays est plus cruelle qu’à Dschang où j’ai grandi ou Douala et Yaoundé où j’ai séjourné. La ville de Maroua se situe dans la zone sahélienne du pays, constamment menacée par la famine. Je dois encore apprendre à maitriser cette colère, je dois faire semblant de ne pas voir cette misère où je suis moi-même plongé puisque je survie surtout grâce aux soutiens des amis. J’ai renouvelé ma résolution à Maroua que je ne mourrai pas sans avoir donné un sens au Cameroun et à l’Afrique. Pour que ce rêve se réalise, il faut absolument que nous ayons le pouvoir politique qui doit naturellement passer par un parti politique. Je devais mettre de côté toutes les craintes de la politique. Je devais détruire les conseils des ainés qui me conseillaient de fuir la politique. Je devais entrer dans la scène politique camerounaise. Mes camarades de leurs côtés, de par leurs expériences personnelles, étaient arrivés à la même conclusion, à la même nécessité d’entrer en politique pour façonner un autre Cameroun. La date du 17 avril 2017 n’a pas été la date de début de notre vie politique, mais la matérialisation d’une idée longuement murie et ayant subi la sanction du temps. La LIMARA (Ligue des Masses Révolutionnaires Africaines) est juste la structure qui porte des idées savamment muries par ses membres. C’est la structure qui s’apprête à réaliser le rêve avorté de tant de générations sacrifiées. Sous la direction de la LIMARA, mes camarades et moi faisons revivre l’histoire et nous apprêtons à placer notre pays au rang des grandes puissances mondiales.