Épreuve Langue française Tle A4
(Dès qu’il le peut, Harpagon se précipite dans son jardin pour vérifier que l’argent qu’il y a enterré y est toujours. Mais voilà qu’il arrive, seul, en hurlant sur scène : on lui a volé son trésor !)
Harpagon. (Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau.) - Au voleur ! Au voleur ! À l'assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné ! On m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent ! Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N'est-il point là ? N'est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête ? (Il se prend lui-même le bras.) Rends-moi mon argent, coquin !... Ah ! C’est moi. Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi ! Et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré ! N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris ? Euh ! Que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure ; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice et faire donner la question1 à toute ma maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! De quoi est-ce qu'on parle là ? De celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part, sans doute, au vol que l'on m'a fait. Allons, vite, des commissaires, des archers2, des prévôts3, des juges, des gênes4, des potences et des bourreaux ! Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après !
Molière, L'Avare, Acte IV, scène 7, 1668.
- 1. Torture. – 2. Soldats de la police. – 3. Officier de la police. – 4. Instruments de torture.
Communication/5pts
a. Quels sont les différents destinataires de cette réplique ? Justifiez votre réponse à partir des indices textuels. 2pts
b. En déduire la nature de cette réplique. 0,5pt
a. Faites ressortir les contenus latents de cet énoncé en prenant soin de séparer le présupposé et deux sous-entendus : « J'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie. » 1,5pt
b. Dans quelles intentions le dramaturge a-t-il inséré ces contenus latents dans les paroles du personnage Harpagon. 1pt
Morphosyntaxe/5pts
1- Après avoir indiqué les occurrences respectives des interrogations et des exclamations dans les cinq premières lignes du texte, dites ce qu’elles expriment ici. 3pts
2- Dans ces cinq premières lignes du texte, Harpagon utilise deux fois le mot « on ». Quelle est la nature de ce mot ? Pourquoi l’utilise-t-il ? 2pts
Sémantique/5pts
1- Soit la phrase : « Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi ! »
2- De quelle connotation se charge les adjectifs « pauvre » et « cher » ? Que connotent ces deux expressions ? 2pts
3- Quel caractère du personnage est ainsi mis en relief ? 1pt
4- À partir du texte, construisez le champ lexical de la mort, puis dites quel est l’effet produit par l’emploi de ce champ lexical dans le texte. 2pts
Rhétoriques des textes/5pts
1- Relevez les didascalies du texte et dites ce qu’elles expriment. 2pts
2- Soit l’énoncé : « Et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré ! »
3- Identifiez deux figures de styles dans cet énoncé et interprétez-les. 3pts