La Révolution camerounaise, une si longue pause
Par Yemele Fometio
Une guerre est achevée quand les deux principaux belligérants acceptent de commun accord de mettre un terme à la guerre qui les oppose. Au cas contraire, la guerre n’est pas achevée. La guerre se résume à ceci : obliger l’ennemi par la force à accepter sa volonté. Tant que l’ennemi n’a pas accepté de respecter cette volonté, la guerre n’est pas achevée. Sauf dans les cas de guerre d’extermination où l’objectif est d’exterminer tout un peuple. Dans ce cas, l’ennemi n’a pas besoin de signer la reddition parce que le but est qu’il n’existe plus à la fin de la guerre. Ce qui n’était pas le cas pour la révolution camerounaise. Cette longue guerre était une guerre aux objectifs antagonistes, chacun voulant imposer sa volonté à l’autre. Pour la France, il fallait maintenir sa domination sur le Cameroun et continuer de piller les richesses du pays. Pour les nationalistes, il fallait libérer le pays de la domination française et construire un pays libre et prospère. La paix devait intervenir si une partie abandonnait son objectif pour suivre celui de l’autre ou si les deux décidaient de trouver un conciliabule, chacun sacrifiant une partie de ses objectifs. Dans ce cas, les nationalistes devaient accepter une indépendance avec le maintien des armées françaises. Bref la France maintenant tous ses privilèges, à la seule différence que le pays devait être désormais géré par des noirs. Les nationalistes camerounais ont refusé une telle indépendance. Ils voulaient une indépendance totale, ce qui excluait la logique du conciliabule. Des tentatives de conciliabule ont toutes échouées, que ce soit sous la direction de Ruben Um Nyobe, Felix Roland Moumie ou Ernest Ouandié. La France de son côté, pour détruire la révolution, a cédé cette fausse Independence refusée par les révolutionnaires à ses hommes de mains qui étaient entièrement sous ses ordres. Un tel état de chose a amené les nationalistes à continuer le combat et à le radicaliser. Le combat a continué 11 années après cette fausse indépendance. Que ce soit du côté de la France ou des révolutionnaires, personnes n’était prêt à sacrifier son objectif pour accepter celui de l’autre. Pendant la révolution, toutes les méthodes de tortures et inhumaines ont été utilisées par la France pour obliger les révolutionnaires à signer la paix. Mais la volonté nationale a triomphé de toutes ces tortures. Les révolutionnaires ont appelé le peuple camerounais à mener une guerre totale contre la France.
En 1971, apparait une surprise : Le chef de la Révolution Ernest Ouandié est arrêté par la police d’Ahmadou Ahidjo qui a été mis au pouvoir par la France. Pour Ahmadou Ahidjo, l’occasion est donnée de mettre définitivement un terme à la révolution camerounaise. Ernest Ouandié devait parcourir le pays pour demander à tous les révolutionnaires au front et à ceux qui voulaient rallier la révolution qu’il ne sert plus à rien de se battre, qu’il faut déposer les armes. Bien évidemment, Ernest Ouandié est un révolutionnaire et un révolutionnaire n’est pas un pom pom girl (Filles avec des courtes jupes qui dansent lors des tournois de basketball aux Etats-Unis d’ Amérique pour supporter leur équipe). Malgré les mois de tortures, Ernest Ouandié a refusé de jouer ce rôle. Une bande audio a été diffusée simulant sa voie demandant à ses camarades de déposer les armes. Mais tous ceux qui avaient déjà entendu Ernest Ouandié parler se sont très vite aperçus que ce n’était pas sa voix. Jusqu’à sa condamnation et sa fusillade, Ernest Ouandié n’a pas demandé aux révolutionnaires de déposer les armes. Ruben Um Nyobe ne l’avait pas demandé, pareil pour Félix Roland Moumié. Après l’assassinat de Ernest Ouandié, personne de tous ceux qui ont tenté de réorganiser la lutte (Woungly Massaga, Mongo Beti, Moukoko Priso, Ndeh Ntulmazah…) n’a demandé aux révolutionnaires de déposer les armes. Donc la révolution camerounaise n’a pas encore pris fin puisque personne des deux camps en lutte n’a encore accepté sa défaite. L’UPC-MANIDEM qui est resté fidèle aux idéologies de L’Union des Populations du Cameroun, humilié, brimé, refusé de participation à la scène politique camerounaise, n’a jamais reconnu la défaite du parti lors de la Révolution. Aujourd’hui la LIMARA (Ligue des Masses Révolutionnaires Africaines) qui porte les idéaux de l’UPC originelle avec l’UPC-MANIDEM n’a non plus accepté la défaite de ses grands-parents. Ce que je veux signifier dans cet article est que la Révolution camerounaise n’a pas encore pris fin. Certes une génération est passée depuis le début de la Révolution en 1956, mais les raisons pour lesquelles nos grands-parents se battaient restent intactes. Je dirai même que ces problèmes se sont empirés sous le règne de Paul Biya. Nous ne pouvons pas bien vivre sans que la lutte ne se poursuive. De multiples luttes nous attendent pour pouvoir vivre dignement. La LIMARA n’est pas un parti qui fuit ses responsabilités, mais qui les affronte avec courage et abnégation. Par nos actes nous rédigeons les pages les plus belles de l’histoire de notre peuple.
