L’Union des Populations du Cameroun : un cadavre qui refuse de mourir
Un mouvement ayant une idéologie forte résiste à toute tentative de destruction.
Tout commence en mai 1955. Une vague de troubles politiques et sociaux secouent le Cameroun. L’Union des Populations du Cameroun, la principale et de loin la plus influente force politique du Cameroun est accusée par l’administration coloniale française d’avoir organisé les troubles. Elle est interdite en juillet de la même année. Ce parti était la principale force politique qui contestait les abus français au Cameroun. Son secrétaire Général Ruben Um Nyobè s’était rendu plusieurs fois aux Nations Unis pour dénoncer les abus du colonialisme français au Cameroun, puisque le Cameroun était un territoire sous tutelle de l’ONU et confié à la France et à l’Angleterre. Le parti demandait une réunification des deux camerouns (Cameroun confié à l’administration de la France et Cameroun confié à l’administration de l’Angleterre) et une indépendance immédiate des deux parties du pays. L’U.P.C parti était donc la principale force d’opposition à la France. Il refusait toute négociation qui n’a pour but de donner au Cameroun l’indépendance immédiate et sans condition. La France a provoqué les événements de mai 1955 pour égorger son principal adversaire. Mais l’U.P.C. n’était pas un adversaire qu’on balai du revers de la main. Ses dirigeants étaient des révolutionnaires. La France était consciente de ce fait. En tentant d’égorger l’U.P.C., la France savait en même temps qu’elle plongeait le Cameroun dans une longue guerre d’indépendance. Elle n’avait pas tort. L’U.P.C. égorgé refuse de mourir. Il engage une longue et douloureuse lutte pour la survie du peuple camerounais et pour sa propre survie. Malgré l’assassinat de pratiquement tous ses dirigeants par la France et le régime d’Ahmadou Ahidjo que cette France a mise sur place, L’U.P.C. refuse toujours de mourir. Les assassinats des centaines de milliers de ses militants et sympathisants ne font pas lâcher le parti révolutionnaire. Les assassinats de ses chefs ne suffisent pas pour intimider les autres militants : Ruben Um Nyobé, Félix Roland Moumié, Jérémie Ndéléné, Paul Momo, Martin Singap, Castor Ossende Afana, Ernest Ouandié… Ayant foi en la noble cause qu’ils défendent (celle de la Réunification et de l’indépendance véritable du Cameroun), les militants et sympathisants du parti poursuivent la lutte dans la douleur, le feu, les larmes et le sang.
En 1971 après l’arrestation et la fusillade de leur chef Ernest Ouandié, fatigués par 16 années d’une intense lutte, éprouvant de sérieuses difficultés pour continuer la lutte, l’U.P.C. arrête les combats sans mettre fin à la guerre. Dans la lignée des grands chefs historiques du parti, il ne reste que deux chefs en vie : Woungly Massaga et Ndeh Ntumazah. Bien qu’ils ne relancent pas le combat, les deux chefs et prioritairement Woungly Massaga dans la clandestinité continue la formation des cadres du parti. L’U.P.C. refuse de s’incorporer dans le parti unique imposé par Ahmadou Ahidjo à toutes les forces politiques du Cameroun en 1966 et travaille en tant que parti politique indépendant dans la clandestinité. La formation de ses cadres continue en clandestinité. Depuis 1955 qu’il a été interdit, le parti fonctionne en clandestinité. Seulement 5 années de clandestinité suffisent souvent pour décourager certains nationalistes déterminés, mais en 1990 quand éclate les mouvements de contestations du parti unique, l’U.P.C. est à la tête des manifestations. Tente cinq années dans la clandestinité n’ont pas suffi pour détruire le parti nationaliste qui reste assez influent. Paul Biya, le président du Cameroun qui a remplacé Ahmadou Ahidjo se rend compte très rapidement que son principal adversaire politique est l’Union des Populations du Cameroun et il se rend compte en même temps qu’il ne pourra pas tenir en face d’une telle force. Il adopte la stratégie de ses prédécesseurs : empêcher à tout prix à l’U.P.C. d’exister officiellement et le contraindre à rester dans la clandestinité. Jusqu’à présent le parti n’a pas encore de statut légal au Cameroun. Il s’est scindé en multitudes de partis politiques dont certains sont devenus clientélistes. Mais les idées originelles de l’U.P.C. et le combat qu’ils ont engagés continuent avec l’UPC-MANIDEM (encore appelé l’UPC des fidèles) et notre parti politique la LIMARA (Ligue des Masses Révolutionnaires Africaines). Tous les deux nous éprouvons actuellement les problèmes pour être légalisés, mais nous continuons le travail pour la Révolution camerounaise. La LIMARA n’arrêtera jamais tant qu’elle n’aura pas donné un autre sens au Cameroun.
