Commentaire composé
LE ROI : Esprit de mon père, esprit de mon oncle, esprits de mes aïeux, c’est moi Bintsamou, roi de Koka-Mbala qui vous parle. Vous m’avez laissé ici afin que je perpétue votre œuvre, afin que je guide notre peuple comme vous l’avez fait ; avec les mêmes précautions que celles qui furent les vôtres, avec le même souci que celui qui gouverna votre existence, avec la même détermination que celle qui fit de vous d’illustres juges, je m’efforce de préserver sans faillir les lois de la coutume. Et depuis que le collier royal ceint mon cou, j’ai suivi pas à pas vos traces. Le méchant est châtié, comme il est indiqué, le bon récompensé, comme l’exige la loi. Je ne pense pas avoir failli à ma tâche jusqu’à présent. Mais quel est ce nuage sombre à l’horizon ? Quelle est cette note discordante au concert des tam-tams de la justice ? Quelle est cette voix étrange qui vient troubler l’ordre établi ? Est-ce bien vous, selon l’oracle de mon devin ? Cette ombre est-elle la vôtre ? Ce cri vient-il de vous ? Cette voix est-elle votre voix ? Mes oreilles de simple humain ne peuvent, hélas, vous entendre, ni mes yeux d’homme aveugle vous voir, mais je crois et cela suffit (il verse encore du vin en disant en même temps) : je crois en votre présence autour de moi. Je crois en votre protection et en votre bienveillance. Je crois en la parole de mon devin. Soyez bénis et gloire à vous, ô Mânes de Koka-Mbala (il pose la calebasse près du lieu de sacrifice et revient s’asseoir sur son trône où il demeure un moment silencieux et pensif puis relève la tête). Nos morts en ont assez du sang de nos enfants ! … Mais la marmite alors ? Les esprits qui y reposent n’exigeraient-ils pas donc plus le prix du sang pour l’expiation des fautes ? Non, l’ombre n’est pas encore dissipée ; ma foi seule ne peut la dissiper. J’ai besoin de lumière encore si je ne dois suivre qu’une voie. (Il frappe dans les mains, un garde entre.) Va dire au devin que le roi a besoin de ses services, tout de suite. (Obscurité ou rideau, durée deux à trois minutes environ.)
Guy Menga, La Marmite de Koka-Mbala, acte I, scène 3, 1966.
Sans dissocier le fond de la forme, vous ferez de cette tirade un commentaire composé. En vous appuyant sur les didascalies, les types de phrases, les procédés lexicaux, etc., vous pourrez, si cela vous agrée, montrer, comment l’attachement à la tradition embarrasse l’exercice du pouvoir chez le roi Bintsamou.