La prise de Kabul par les Talibans: Quelle leçon pour l'Afrique?
Ce 15 août 2021, le monde entier a assisté à la reprise du pouvoir en Afghanistan par les talibans. Un déferlement médiatique a lieu sur cette reprise de pouvoir, surtout sur la défaite des Etats-Unis. Au-delà de ce déferlement médiatique, des questions se posent. Qui sont ces talibans ? Pourquoi les Etats-Unis les ont-ils renversés en 2001 ? Au-delà du refus de livrer Oussama Ben Laden, il s’agit ici d’étudier les vrais raisons du renversement des Talibans ? Que pouvons-nous tirer de ce combat ? Tels sont, les principales questions auxquelles cet article se propose de répondre.
Histoire
Quand l’Europe décide de lancer ses guerres de conquêtes contre le monde entier, l’Afghanistan devient un protectorat britannique. Le pays engage plusieurs guerres contre l’Angleterre et finalement le bat à Rawalpindi en 1919, lors de la troisième guerre anglo-afghane. L’Angleterre est forcée de signer le traité de Rawalpindi la même année, reconnaissant l’indépendance de l’Afghanistan. En 1921, le nouveau pays indépendant adhère à la SDN (Société Des Nations).
L’émergence des talibans est liée au coup d’Etat du 27 avril 1978 par le Parti Démocratique Populaire d'Afghanistan qui porte au pouvoir Nur Mohammad Taraki. Dans un contexte de guerre froide (confrontation entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique pour le contrôle du monde), le nouveau régime se lie à l’Union Soviétique. Il instaure l’éducation obligatoire et gratuite, engage la réforme agraire, aboli le mariage obligatoire, les dettes des paysans, milite pour le droit des femmes, autorise les femmes à porter le voile si elles veulent, autorise le divorce et critique l’Islam qui n’est plus obligatoire. Les révolutionnaires engagent des campagnes sanitaires pour soigner le peuple et comptaient rendre les soins sanitaires gratuits en peu de temps. De telles avancées sont révolutionnaires. Les Etats-Unis ne les tolèrent pas. Ils arment et financent la rébellion dirigée par Hafizullah Amin qui fait assassiner Taraki le 14 septembre 1979 et devient président.
L’Union Soviétique à son tour envahit l'Afghanistan le 27 décembre 1979 et place au pouvoir Babrak Karmal. Les Etats-Unis arment, forment et financent plusieurs groupes rebelles qui combattent l’Union Soviétique. Ils expérimentent un élément crucial dans la guerre. Alors que le communisme critique la religion qu’il considère comme l’opium du peuple, les Etats-Unis vont utiliser la religion comme arme de combat. Les stratèges des Etats-Unis n’avaient pas compris pourquoi des milliers de gens étaient si fiers de mourir pour le communisme, pour une idée. Ils sont arrivés à la conclusion que les êtres humains sont prêts à mourir pour des idéologies, la religion étant une idéologie comme le communisme, était le seul contre poids sérieux à l’idéologie communiste. C’est donc au nom de la religion qu’ils dressent les rebellions contre l’Union Soviétique « Athée » et « ennemi de Dieu ». C’est donc avec passion et fierté que les rebelles se dressent contre l’Union Soviétique.
Cette campagne épuise l’Union Soviétique qui quitte l’Afghanistan en 1989. Après le retrait soviétique, le pays connait une période de guerres de généraux pour le contrôle du pouvoir central. A partir de 1980, un groupe armé se fait savoir, connu sous le nom de talibans, qui veut dire « étudiants » de théologie puisqu’ils enseignaient la loi islamique, la Charia. Ils se proposent comme la solution au chaos. Par les armes, ils parviennent à ramener la paix dans les villages. En 1996, ils prennent le pouvoir, interdisent l’éducation aux femmes, réimposent le voile, traquent les non croyants, combattent la culture européenne.
A la fin des années 1990, les Etats-Unis se rendent compte que leur hyper puissance après la chute de l’Union Soviétique n’a pas duré. Il y a beaucoup trop d’Etats autonomes. Ils se proposent d’utiliser la force pour se réimposer. La chute des tours jumelles est l’occasion choisie. Ils dressent des pays qu’ils qualifient d’axe du mal (Irak, Iran, Corée du Nord) et des pays avant-poste de la tyrannie (Biélorussie, Birmanie, Corée du Nord, Cuba, Iran, Zimbabwe). En plus de ces pays, les pays comme la Somalie, l’Afghanistan et autres, ont été classés comme les ennemis des Etats-Unis d’Amérique, et contre qui ils ont soit engagé la guerre, ou du moins ils s’apprêtaient à le faire. En 2001, les talibans sont attaqués et renversés par les Etats-Unis. La raison est qu’ils ont refusé de livrer Oussama Ben Laden, accusé d’avoir orchestré le bombardement des tours jumelles étasuniennes. Les talibans vaincus s’organisent et résistent. Une longue guerre éclate entre les Etats-Unis et eux. L’OTAN et presque tous les pays capitalistes (France, Angleterre, Etats-Unis…) interviennent dans cette longue guerre pour écraser les talibans sans succès. Plus de 40000 soldats sont mobilisés contre les Talibans. Cette guerre vient de voir le retrait des Etats-Unis et la reprise du pouvoir par les talibans cette année 2021.
La géopolitique
Actuellement, le monde n’est plus unipolaire. Il est multipolaire. Alors que les Etats-Unis, après la chute de l’Union Soviétique étaient devenus l’hyperpuissance mondiale, ils sont contestés. C’est en tentant de reprendre le contrôle qu’ils ont engagé des guerres de répression (Irak, Somalie, Afghanistan, Libye…) Mais ils ont perdu toutes ces guerres, et ont créés des chaos dans ces pays. La plupart de temps ils se sont comportés comme en Afghanistan : Après avoir renversés le pouvoir central, les régimes qu’ils ont installés au pouvoir n’ont pas pu diriger. Des guerres se sont multipliées dans le pays et ils ont finis par se retirer. Depuis un temps, les Etats-Unis font un repli. Alors qu’ils avaient décidé de renverser Maduro du Venezuela, ils y ont essuyé une cuisante défaite et s’apprêtent à négocier avec celui qui hier était leur pire ennemi. La Corée du Nord ne cesse de les mépriser, l’Iran reste debout. Ils ont essuyé une défaite en Syrie. Au Zimbabwe, ils avaient échoué à renverser Robert Mugabe. Sa chute viendra très tard. Bref, les Etats-Unis ont essuyé des défaites dans pratiquement toutes leurs initiatives militaires pour se réimposer à la tête du monde. On ne peut pas comprendre le retrait des Etats-Unis de l’Afghanistan et des pays qu’ils ont agressé sans étudier ses multiples défaites. La Libye est ingouvernable. L’année passée, les Etats-Unis d’Amérique ont sorti l’essentiel de leurs forces armées de la Somalie pour ne citer que ces deux cas.
Ce repli ne peut se comprendre que par la géostratégie mondiale. Aujourd’hui, les Etats-Unis rivalisent avec la Chine dans une guerre froide non encore déclarée. La Chine est passée première puissance économique mondiale, et les pronostics sont contre les Etats-Unis. Ces derniers ont perdu le leadership du marché mondial au profit de la Chine qui inonde le monde avec ses produits. Au niveau de technologie, les deux pays se rivalisent. Les deux pays sont nucléaires. Partout où il y a des crises, les deux pays s’affrontent en silence. Le monde s’est encore bipolarisé. La Chine a son soutien de toujours qui est la Russie. Elles ont résolu leurs problèmes frontaliers. L’un ne peut pas être attaqué sans que l’autre ne l’assiste. Dans le camp des Etats-Unis, on connait la triade France-Angleterre-Etats-Unis, assisté de l’OTAN. Les trois puissances attaquent presque toujours ensemble. C’est dans des cas très rares que l’un s’est abstenu. Les 5 puissances ici citées sont les seuls ayant le droit de veto aux Nations Unis.
En plus de la Chine et de la remontée de le Russie sous Poutine qui conteste l’Hégémonie des Etats-Unis, il y a les dragons d’Asie, les BRICS et certains pays de ce que l’on appelle le tiers-monde. En plus de cela, le monde avance vers la construction des ensembles continentaux. L’Union Européenne s’efforce pour se renforcer malgré ses faiblesses, l’Amérique latine se consolide. Seule l’Afrique piétine actuellement. Nous sommes à la veille d’un grand bouleversement planétaire qui va redistribuer les cartes et redéfinir les rôles. L’assassinat tragique de Kadhafi était une mise en garde claire contre les africains qui rêveraient de vouloir poursuivre son initiative de construction d’un Etat continental.
Les Etats-Unis se replient pour mieux revenir dans ces affrontements. Leur stratégie d’intimidation des Etats pour les obliger à leur obéir et créer une phobie planétaire n’a pas marché. Leur cinéma qui montre leur grandeur n’a pas suffi à intimider le monde et faciliter leurs conquêtes militaires. Ils appliqueront d’autres stratégies. Ils reviendront en charge.
Et la LIMARA/Ligue Associative Africaine dans tout cela ?
Sans soutenir les talibans à cause de leur radicalisme, et leur mépris des droits des femmes, nous devons surtout étudier leur organisation. Une organisation qui résiste pendant 20 ans contre les assauts répétés de plus de 20 pays coalisés mérite du respect. Un mouvement qui se bat pendant plus de 20 ans sans composer avec l’ennemi, qui reste fidèle à ses conviction de départ, et dont les chefs et militants se renouvèlent dans la lutte mérite que l’on l’étudie, pour voir les raisons de cette force. Il n’est pas facile d’obliger un colon comme les Etats-Unis d’Amérique à lâcher prise aussi facilement. Nous devons donc étudier les talibans pour comprendre les raisons d’une telle force, qui n’a d’égale que celle des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie). Je discuterai d’ailleurs avec la Coordination Nationale du parti pour qu’une leçon sur eux soit intégrée à l’école des cadres du parti.
Nous devons, en tant que cadres, militants et sympathisants d’un mouvement révolutionnaire, multiplier des sacrifices pour nous structurer, nous organiser, nous fortifier et avoir notre carte à jouer dans la nouvelle configuration du monde qui s’annonce. Les enjeux sont tellement grands. Quand j’ai finis mon diplôme d’Ingénieur de conception, mon master recherche et que j’ai signalé à mon voisin mon désir de prendre une thèse de doctorat, il m’a dit une phrase capitale, un grand proverbe. Il m’a dit : « Quand l’eau ne coule pas, vaut mieux apprêter ton seau. Quand l’eau coulera, tandis que d’autres chercheront le seau, tu seras déjà en avance et tu pourras puiser aisément. » De la même manière, j’interpelle une fois de plus les cadres, militants et sympathisants de la LIMARA, ce n’est pas parce qu’actuellement le régime nous empêche de nous exprimer comme les autres forces politiques du pays que nous devons, dans une paresse antirévolutionnaire, baisser les bras et attendre les bons moments. Ce sont les hommes et les femmes qui créent les bons moments. Nous devons redoubler d’efforts, réduire nos heures de sommeil. Rapprochez-vous sans relâche de la Coordination Nationale du parti.
Notre mission excède le cadre national et touche notre continent, notre race. Pour ne pas être de nouveau la victime du monde entier, nous devons travailler et orienter notre peuple vers le bonheur que nous sentons proche. La LIMARA n’est pas un simple parti politique, ou un simple élément de prise de pouvoir politique. C’est l’expression de notre rêve commun, le catalyseur de nos espoirs, mais aussi de nos craintes. C’est notre avenir commun. Son existence n’est pas sur un papier. Son existence est dans nos cœurs. C’est une partie de nous. C’est pourquoi la LIMARA est invincible. Ce n’est pas à une personne, fusse-telle le gouvernement, de décider de notre existence. C’est à nous et à nous seuls que revient cette décision. Et nous avons décidé que la LIMARA existe. Nous avons décidé de donner un sens à notre peuple, et de faire de la LIMARA le catalyseur de notre lutte commune pour notre bonheur, pour notre dignité, pour l’amélioration de nos conditions de vie. Rappelons que les talibans n’ont eu besoin de l’approbation de personne. Ils ont décidé d’exister et ils ont existé. Ce sont eux qui ont donné toute la résonance actuelle à leur nom.
La reprise de l’Afghanistan a montré au monde entier que des hommes et des femmes déterminés sont invincibles. Nous savons que les Etats-Unis peuvent être vaincus. S’ils peuvent être vaincus par le Viet-nam, forcés de quitter l’Afghanistan par les Talibans, échoué pendant plus de 50 ans devant les FARC, alors aucune puissance ne résiste à la volonté de progrès d’un peuple ou d’un groupe de personnes organisées. Soyons pour notre peuple les messies qu’ils attendent pour les organiser et les amener au bonheur. Redoublons d’efforts, et que le cas des talibans nous inspire, en nous passant bien sûr de leurs méthodes qui contrastent avec l’idéal de société que nous construisons.
Le combat continue…
Douala, le 21 Août 2011
Par Yemele Fometio, président de la LIMARA (Ligue des Masses pour la Renaissance Africaine)