Épreuve de langue française Tle D
Texte :
Je
soutiens que le roman de Madame Bovary, envisagé au point de vue
philosophique, n'est point moral. Sans doute Madame Bovary meurt
empoisonnée ; elle a beaucoup souffert, c'est vrai ; mais elle meurt à
son heure et à son jour, mais elle meurt, non parce qu'elle est
adultère, mais parce qu'elle l'a voulu ; elle meurt dans tout le
prestige de sa jeunesse et de sa beauté ; elle meurt après avoir eu deux
amants, laissant un mari qui l'aime, qui l'adore, qui trouvera le
portrait de Rodolphe, qui trouvera ses lettres et celles de Léon, qui
lira les lettres d'une femme deux fois adultère, et qui, après cela,
l'aimera encore davantage au-delà du tombeau. Qui peut condamner cette
femme dans le livre ? Personne. Telle est la conclusion. Il n'y a pas
dans le livre un personnage qui puisse la condamner. Si vous y trouvez
un personnage sage, si vous y trouvez un seul principe en vertu duquel
l'adultère soit stigmatisé, j'ai tort. Donc, si dans tout le livre, il
n'y a pas un personnage qui puisse lui faire courber la tête, s'il n'y a
pas une idée, une ligne en vertu de laquelle l'adultère soit flétri,
c'est moi qui ai raison, le livre est immoral !
[…]
Le seul personnage qui y domine, c'est madame Bovary. Il faut donc
chercher ailleurs que dans le livre, il faut chercher dans cette morale
chrétienne qui est le fond des civilisations modernes. Pour cette
morale, tout s'explique et s'éclaircit.
En
son nom l'adultère est stigmatisé, condamné, non pas parce que c'est
une imprudence qui expose à des désillusions et à des regrets, mais
parce que c'est un crime pour la famille. Vous stigmatisez et vous
condamnez le suicide, non pas parce que c'est une folie, le fou n'est
pas responsable, non pas parce que c'est une lâcheté, il demande
quelquefois un certain courage physique, mais parce qu'il est le mépris
du devoir dans la vie qui s'achève, et le cri de l'incrédulité dans la
vie qui commence.
Cette morale
stigmatise la littérature réaliste, non pas parce qu'elle peint les
passions : la haine, la vengeance, l'amour ; le monde ne vit que
là-dessus, et l'art doit les peindre ; mais quand elle les peint sans
frein, sans mesure. L'art sans règle n'est plus l'art ; c'est comme une
femme qui quitterait tout vêtement. Imposer à l'art l'unique règle de la
décence publique, ce n'est pas l'asservir, mais l'honorer. On ne
grandit qu'avec une règle. Voilà, messieurs, les principes que nous
professons, voilà une doctrine que nous défendons avec conscience.
Procès de Madame Bovary, Le Ministère public contre M. Gustave Flaubert, réquisitoire de l'avocat M. Ernest Pinard, 1857.
QUESTIONS :
I. COMMUNICATION : /5 pts
1. Soient le premier paragraphe et le dernier paragraphe.
a- En prenant appui sur des indices textuels et paratextuels, dites qui parle et à qui. (1.5pt)
b- Que peut-on en déduire ? (1pt)
2. a- Identifiez les contenus latents dans le passage suivant : « Je soutiens que le roman … n’est point moral. " (1.5pt)
b- Que traduisent-ils ? (1pt)
II. MORPHOSYNTAXE : /5 pts
1.a-
Après avoir repéré les mots de liaison présents dans cet énoncé,
spécifiez leur nature grammaticale puis déterminez les relations
logiques établies : « non parce qu’elle est adultère, mais parce qu’elle
l’a voulu ». (1.5pt)
b- Quel est le reproche formulé ? (1pt)
2.
a- A partir d’un élément justificatif pertinent, identifiez la relation
syntaxique employée dans la phrase ci-après : « Pour cette morale, tout
s’explique et s’éclaircit. ». (1.5pt)
b- Que révèle ce type de relation syntaxique sur la psychologie ou la personnalité de l’énonciateur ? (1pt)
III. SÉMANTIQUE / LEXICOLOGIE : /5 pts
1. Soit ce passage : « Cette morale stigmatise … la vengeance, l’amour ».
a- Repérez-y un terme générique et les termes spécifiques qui le constituent. Quels noms donne-t-on à ces termes ? (1.5pt)
b- Que traduisent ces deux formes de relation sémantique ? (1pt)
2.
a- Relevez un élément de phraséologie dans les deuxième, troisième et
quatrième phrases du dernier paragraphe et précisez le type de phrasème
employé. (1.5pt)
b- Qu’exprime-t-il ? (1pt)
IV. STYLISTIQUE / RHÉTORIQUE : /5 pts
1.
A l’aide d’éléments justificatifs essentiels, indiquez le type auquel
appartient ce texte et donnez sa principale fonction. (1.5pt)
2.
Identifiez la tonalité littéraire dominante dans le texte à partir
d’indices textuels pertinents puis dégagez les intentions de
l’énonciateur. (2pts)
3. Soit l’extrait : « L'art sans règle n'est plus l'art ; c'est comme une femme qui quitterait tout vêtement. »
a- Trouvez une figure de style contenue dans cet extrait. (1pt)
b- Que recherche l’auteur par l’emploi de cette figure de style ? (0,5pt)