Épreuve de langue française Tle C
Texte : (Toundi, le « boy » du commandant Robert Decazy suit celui-ci dans une tournée en brousse.)
Au loin, un tam-tam retentit. Une rumeur sourde nous parvint. Il était indéniable qu’une grande
manifestation nous attendait.
Le
village fut enfin en vue. Il y régnait un remue-ménage qui ne devait
pas être coutumier. Une mer humaine avait envahi la place du village.
Les cris stridents des femmes retentirent. Elles criaient la main contre
la bouche. On aurait cru entendre la sirène de la scierie américaine de
Dangan. La foule se fendit pour laisser passer la voiture qui
s’immobilisa devant un parasolier fraîchement élagué au sommet duquel
flottait un drapeau français. Un vieillard au dos arrondi et au visage
aussi ridé qu’un derrière de tortue ouvrit la portière. Le commandant
lui serra la main. L’ingénieur lui tendit aussitôt la sienne. Les femmes
se remirent à crier de plus belle. Un gaillard coiffé d’une chéchia
rouge cria : « Silence ! ». Bien qu’il fût torse nu et portât un pagne,
son autorité venait de sa chéchia de garde du chef.
Le
chef portait un dolman* kaki sur les manches duquel on avait dû coudre à
la hâte ses écussons rouges barrés de galons argentés. Un bout de fil
blanc pendait à chaque manche. Un homme
entre deux âges qui portait une veste de pyjama par-dessus son pagne cria : « fisk ! ». Une trentaine de marmots que je n’avais pas distingués jusque-là, s’immobilisèrent au garde-à-vous.
« En avant, marssssse ! » commanda l’homme. Les
élèves s’avancèrent devant le commandant. Le moniteur indigène cria
encore « Fisk ». Les enfants semblaient complètement affolés. Ils se
serraient comme des poussins apercevant l’ombre d’un charognard. Le
moniteur donna le temps, puis battit la mesure. Les élèves chantèrent
d’une seule traite dans une langue qui n’était ni le français ni la
leur. C’était un étrange baragouin que les villageois prenaient pour du
français et les français pour la langue indigène. Tous applaudirent.
Ferdinand Oyono, Une vie de boy, Éditions Julliard, 1956.
*Habillement militaire, ou vêtement ayant la forme d’un dolman.
QUESTIONS :
I. COMMUNICATION / 5pts
1. a. À l’aide de deux indices pertinents, déduisez le type de focalisation dans le deuxième paragraphe du texte. 1,5pt
b. Justifiez le recours à cette focalisation par l’auteur. 1pt
2. Soit les énoncés suivants : « Fisk ! » ; « En avant, marssssse ! ».
a. Après les avoir réécris en français standard, précisez le type de variation utilisé par le locuteur. 1,5pt
b. Quel est l’effet de sens produit par cet emploi ? 1pt
II. MORPHOSYNTAXE /5pts
1.
a. Indiquez les temps et les modes des verbes contenus dans ce passage :
« Un vieillard au dos arrondi … de garde du chef. ».
1,5pt
b. Justifiez l’emploi de ces temps et modes. 1pt
2. Soit ce passage : « Un gaillard coiffé d’une chéchia rouge … de garde du chef.».
a. Relevez les mots de liaison qui y sont contenus, puis donnez la nature grammaticale de chacun d’eux. 2pts
b. Dégagez l’effet de sens induit par leur emploi conjoint. 0,5pt
III. SÉMANTIQUE / LEXICOLOGIE / 5pts
1.
a. Repérez un phrasème dans le passage ci-après, indiquez ensuite le
type et dites ce qu’il signifie : « Le commandant lui … à crier de plus
belle. ». 1,5pt
b. Énoncez l’effet de sens produit ? 1pt.
2.
Soit cet extrait : « Le chef portait un dolman kaki sur les manches
duquel on avait dû coudre à la hâte ses écussons rouges barrés de galons
argentés. ».
a. Quel type de relation sémantique existe-t-il entre les mots soulignés ? Justifiez votre réponse. 2pts
b. Quel est l’effet de sens produit ?0,5pt.
IV. STYLISTIQUE / RHÉTORIQUE DES TEXTES / 5pts
1.
a. Identifiez la figure de style contenue dans la phrase suivante et
décrivez le procédé par lequel elle a été obtenue : «Ils se serraient
comme des poussins apercevant l’ombre d’un charognard..» 1,5pt
b. Spécifiez l’effet de sens produit par l’emploi de cette figure de style ? 1pt.
2. a. À partir de deux indices précis, déterminez la tonalité dominante dans ce texte. 1,5pt
b. En quoi cette tonalité est-elle conforme à l’intention de l’auteur. 1pt