Épreuve de langue française Tle A4

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Texte : (Pourchassé par la police, Glapieu, repris de justice en cavale, se réfugie in extremis chez Cyprienne.)1
Glapieu, paraissant.
(Il redescend du haut de l’escalier avec précaution, comme quelqu’un qui tâche d’amortir le bruit de ses pas.)
Je suis très pensif, savez-vous ? Aucun moyen de gagner le toit par là-haut. Tout est fermé. J’ai l’honneur d’être dans une souricière. Le portier ne m’a pas vu passer. C’est bon, mais après ? À peine a-t-on résolu ce problème, entrer, qu’il faut résoudre celui-ci, sortir. Voilà la vie.
(Il ouvre la petite fenêtre et y passe sa tête, puis referme la fenêtre en faisant le moins de bruit possible.)
Toute l’escouade est encore là, dans la rue. Damnée police. Alguazils ! sbires ! infâmes curieux ! Ils ont l’air de chercher. Ils guettent. Peut-être ont-ils perdu ma piste. Vague espérance. Délibérons.
(Il croise les bras.)
Croiser les bras, c’est assembler son conseil. Que faire ? Redescendre ? Pas possible. Empoigné, comme dit monsieur le vicomte de Foucauld. Demeurer ici ? Pas possible. Les locataires montent et descendent. Qu’est-ce que je fais là ? Ma tenue manque de respectabilité. Dilemme : si je m’en retourne par où je suis venu, je suis pris. Si je reste, je suis pris. Pour bien posée, la question est bien posée. Mais que faire ?
(Il regarde la fenêtre.)
Comme c’est drôle, les oiseaux ! ça se moque de tout. Voler, quel bête de mot ! il a deux sens. L’un signifie liberté, l’autre signifie prison.
(Cris au dehors: «À la chie-en-lit !» Chants. Bruits de trompes. — On entend des trompes et du cornet à bouquin.)
Nous sommes en carnaval. Il y a pourtant des gens qui s’amusent ! La nature ne prend aucune part à ma détresse.
           (Rêvant.)
    Les agents m’ont reconnu, quels gueux ! Est-il possible de pourchasser un pauvre homme comme cela qui ne fait de mal à personne, uniquement parce qu’il a accompli autrefois une sottise. C’est de mon vieux temps, j’étais enfant. C’est égal, ça me suit. Ça ne pardonne pas, une sottise. On flanque un pauvre diable en surveillance dans un trou de province, surveillance, ça veut dire famine, il ne peut pas gagner sa vie, il s’esquive, le voilà à Paris. Qu’est-ce que tu viens faire à Paris ? — Je viens devenir honnête homme, là. Paris est grand, Paris est bon ; je viens m’y perdre, et m’y retrouver. Je vais y changer de nom et y changer de métier.
Victor Hugo, Mille Francs de récompense, 1934.
1. Ce n’est point une didascalie !

QUESTIONS :

I. COMMUNICATION : /5 pts
1. a- En prenant appui sur des indices pertinents, dites qui parle dans cet extrait et à qui.     (1.5pt)
    b- Que peut-on en déduire sur la nature ou la forme de ce texte?            (1pt)
2. a- Identifiez le présupposé et un sous-entendu dans l’énoncé suivant : « Tout est fermé. ».        (2pts)
    b- Quel est l’effet produit par l’emploi de ces contenus latents ?       (0.5pt)

II. MORPHOSYNTAXE : /5 pts
1. Repérez un adverbe de liaison entre les deux dernières didascalies, spécifiez ce qu’il exprime puis mettez en relief la situation de l’émetteur et celle des autres.                    (2.5pts)
2. Soit ce passage : « Croiser les bras, c’est …Qu’est-ce que je fais là ? ».
   a- Relevez une occurrence de variation syntaxique et analysez-la.            (2pts)
   b- Que dévoile cette particularité syntaxique ?                 (0.5pt)

III. SÉMANTIQUE / LEXICOLOGIE : /5 pts
1. Après avoir identifié et analysé l’emprunt présent dans le passage ci-après, déterminez sa valeur d’emploi : « Toute l’escouade … Délibérons. » (2.5pts)
2. Considérons cet extrait : « On flanque un pauvre diable en surveillance dans un trou de province, surveillance, ça veut dire famine, il ne peut pas gagner sa vie, il s’esquive, le voilà à Paris. »
    Trouvez-y un phrasème, précisez le type auquel il appartient et dites comment Glapieu se perçoit. (2.5pts)

IV. STYLISTIQUE / RHÉTORIQUE : /5 pts
1. A l’aide des marques essentielles, indiquez le genre littéraire auquel appartient ce texte et donnez ses fonctions.                     (2.5pts)
2. a- Identifiez la figure de style contenue dans la phrase suivante et dites ce qu’elle traduit : « J’ai l’honneur d’être dans une souricière. »          (1.5pt)
    b- Quelle tonalité littéraire se dégage de l’emploi de cette figure de style ?  (1pt)