Accidents de route au Cameroun : l’Etat pointé du doigt
Dans notre pays le Cameroun, les accidents de circulation routière, devenus très réguliers, ont fini par prendre le nom de "faits divers" dans nos journaux télévisés. De même, nous nous sommes régulièrement rendu compte que le discours de nos autorités et l’analyse des presses locales semblent ne pas évoluer. Voici par exemple quelques phrases qui reviennent très suivants : " le chauffeur a fait un dépassement de troisième position et puis il y a eu collision avec le bus qui venait en face," les chauffeurs roulent très vite et sont irresponsables," "ils dorment ou somnolent au volant de leur voiture," " Le véhicule était non seulement en mauvais état mais en surcharge » etc. Loin d’effacer la part de responsabilité des chauffeurs dans la recrudescence de l’insécurité routière sur nos routes, nous voulons souligner les véritables causes des accidents. Notre discours se propose de faire une analyse systémique des accidents de route dans la sphère communément appelée aujourd’hui « triangle de la mort ». (Il s’agit des axes lourds Douala-Yaoundé- Bafoussam.) Pour tenter d’apporter notre contribution à la lutte contre l’insécurité routière dans ce triangle, il est judicieux pour nous de faire un voyage profond sur ces axes avec au moins trois arrêts qui nous permettront de mieux cerner le problème :
1- Les causes des accidents de circulation dans le “ triangle de la mort"
Ces causes sont multiples et variées. Cependant, nous n’allons nous intéresser qu’à quelques-unes que nous jugeons majeures.
A) La croissance de l’activité économique
Il nous suffit juste de nous poser cette petite question : Pourquoi depuis ces 10 dernières années, nous avons enregistrés plus d’accidents par rapport aux années 80 et les débuts d’années 90. La réponse est bien évidemment la croissance de l’activité économique. En réalité, les routes du triangle de la mort ont été aménagées quand le Cameroun avait environ 8 000 000 (Huit millions) d’habitants, contrairement à plus de 20.000.000 (vingt millions) actuellement. Les principales villes du triangle de la mort qui sont Yaoundé, douala, Bafoussam et même Bamenda ont connus une croissance démographique très importante ces vingt dernières années. Avec ces chiffres, nous comprenons que le trafic était moins dense qu’aujourd’hui. Il y avait peu de magasins de commerce dans ces villes, donc moins de gros camions marchandises sur nos routes pour le ravitaillement de l’activité commerciale. Il y avait peu d’habitants dans ces villes, par conséquent, peu d’agence de voyage. Nous comprenons alors que dans les axes lourds du triste triangle évoqué, la route était plus libérée qu’aujourd’hui. Il y avait peu de trafic, peu de civils véhiculés, peu d’hommes d’affaire. La chaussée était moins encombrée, les chauffeurs avaient plus de lisibilité. Il est clair que plus la population augmente, plus le trafic augmente aussi. En général, le taux du trafic s’est vu multiplié par 4 dans les axes du « triangle de la mort ». Mais, il faut d’emblée dire que l’augmentation de la population n’est pas en elle-même un problème, elle l’est devenue parce qu’il ne s’en est pas suivi une amélioration de notre potentiel routier qui en réalité s’est dégradé alors que les véhicules ont gagné en performance et en capacité de contenance.
B) L’avancée de la technologie automobile et la question de la faiblesse de notre potentiel routier.
Dans le "triangle de la mort "au Cameroun, nous subissons l’avancée de la technologie plus que nous n’en bénéficions. En réalité, nos routes ne supportent plus le trafic très élevé aujourd’hui. Dans les années 80 et débuts des années 90, il n’y avait pas de gros porteurs (bus de 70 places), pas de gros camions avec plateau, pas de humeur, pas de Ralf 4, pas de Prado, peu de Mercedes… Par contre pour le transport en commun, il y avait beaucoup plus de Saviem, des Dynas, de Lite-Hiace, Hiace, peu de mini bus. Les « personnels » avaient les Renauld 4, 5, 12,18, les "Tortues", les 504, 405, Land Rover, Lada, Toyota Corolla, KE 70, quelques Pajero… Ces voitures avaient l’avantage d’occuper moins d’espaces sur la chaussée parce qu’elles avaient un petit gabarie, elles n’étaient pas des voitures à grandes vitesse. Très peu d’individus étaient véhiculés. Les routes du « triangle de la mort » avaient été construites pour contenir le trafic de tels véhicules. Aujourd’hui, les véhicules ont gagné en vitesse et en capacité de contenance. Plusieurs personnes possèdent des véhiculent personnels, ce qui fait que le trafic est devenu très dense sur nos routes. Une petite erreur entraine des pertes graves en vies humaines. Le comble, c’est que la voie routière est en réalité le seul moyen de déplacement dans ledit triangle. Et si nos chauffeurs étaient aussi irresponsables qu’on l’affirme, cela voudrait dire aussi que nos autorités en charge de leur délivrer des permis de conduire et autres capacités sont également des irresponsables. Il n’est pas facile pour un chauffeur d’utiliser un gros porteur (bus de 70 places) et rouler à la vitesse d’une saviem, d’une Dyna. Est-ce facile d’utiliser une Mercedes ou une Prado et de rouler à la vitesse d’une Land-rover ou d’une Lada ?
C. La voie routière comme unique moyen de déplacement entre les villes du triangle de la mort.
Dans les villes du triangle de la mort, les populations sont obligées de faire leurs déplacements par voie routière, du moins pour ceux qui partent de l’ouest du pays. Pourquoi pas un chemin de fer pour relier les principales villes concernés ? Cela contribuerait à libérer la chaussée. Tous nos grands commerçants pourraient transporter leurs volumineuses marchandises dans les wagons de train. Ainsi, nos chauffeurs auront plus de lisibilité, le trafic sera plus fluide. De même, les populations civiles auront la possibilité de voyager par route ou par train.
Ces causes variées produisent des conséquences tout aussi multiples qu’alarmantes.
2- Manifestations : quelques chiffres
Plus de quarante-deux (42) morts en 20 jours pour seulement trois 03 cas d’accident dans ledit triangle de la mort.
- Il était 5h du matin ce 31 juillet 2014 quand Le minibus parti de Yaoundé en direction de Dschang dans la nuit de jeudi à vendredi dernier est rentré sous un camion garé au bord de la route, à 20 Km de la destination. Bilan plus de 26 mort donc 13 sur place.
- Sur l'axe lourd Douala-Bafoussam aux premières heures de la journée du 19 août 2014, un Coaster d’une agence a fait collision avec un camion transportant du plantain qui partait de Loum pour Douala au lieu-dit Penda Boko à 15km de Banga. Bilan : 11 morts sur place et une dizaine de blessés graves.
- Au cours de cette même période, un inspecteur de police qui était en service jusqu’alors au commissariat du septième arrondissement de douala est mort avec plusieurs membres de sa famille. Cet accident produit un bilan de 05 cinq morts au total.
Il est important de noter que les accidents les plus graves sont ceux impliquant deux véhicules roulant en sens opposé (collusion).
3- Solutions et perspectives
1. Nous pensons que la construction des autoroutes dans notre pays pourra réduire les accidents de circulation de plus de 90%, parce qu’il n’y aura plus d’accidents de collusions qui constituent 90% des cas d’accidents enregistrés jusqu’alors. De même, les populations vont gagner en temps, puisque la durée d’un voyage sera désormais divisée par 2.5. Par exemple, le trafic sur l’axe lourd Douala-Yaoundé pourra se faire en 1heure 40 minutes et avec moins de risque.
2. Nous proposons la réhabilitation des aéroports et des aérodromes dans les villes du triangle de la mort. Ceci pour diversifier les infrastructures de transport, et par conséquent réduire les accidents.
3. Nous proposons également l’aménagement des chemins de fer pour relier les principales villes du triangle de la mort.
4. Nous demandons aux promoteurs d’agences de voyages non seulement d’augmenter les salaires des chauffeurs, mais aussi le chauffeur doit avoir un assistant, capable de le relayé en cas de malaise pendant le voyage.
5. Nous demandons également aux chauffeurs de faire au moins deux arrêts dans les points de marché par voyage, ceci permettra le repos, ce qui par ricochet fera fonctionner ces points de marché.
6. L’amélioration des conditions d’obtention des permis de conduite.
7. Une visite médicale tous les six (06) mois (ophtalmologique) à tous les chauffeurs
8. L’aménagement des aires des parkings dans les marchés de route.
9. L’information des usagers sur les heures de départs et les heures d’arrivées pour chacune des destinations, et le temps mis par arrêt.
10. L’installation des GPS dans les agences de voyages et leurs véhicules.
En définitive, nous pensons qu’avec ce nouveau dispositif les mots que nous utilisons actuellement pour diaboliser nos chauffeurs vont disparaitre dans leurs grandes majorités de notre vocabulaire.
