C’est quoi une éducation de qualité ?
Peut-on prétendre répondre à cette question de sorte à faire l’unanimité ? Il est généralement admis qu’avant tout débat, il convient de s’entendre sur les significations à donner aux concepts majeurs. En ce qui concerne la question ici posée, le concept clé est le mot "éducation". Le mot "qualité" est convoqué ici pour apporter un jugement de valeur à l’éducation. Donc, la première tâche consiste à définir le mot "éducation". Qu’entend-on par "éducation" ? Education dérive du latin "educatio" qui renvoie à la "mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être humain“. Dans son ouvrage intitulé observer pour éduquer, Jean-Marie de kétélé écrit ce qui suit : « Eduquer est un processus de communication systématiquement et intentionnellement orienté vers la réalisation d’objectifs fixés au préalable ou ajustés en cours de route dont les composantes essentielles sont la personne à éduquer, l’éducateur, le « message », l’environnement éducatif et les nombreuses interactions entre ces différents facteurs ». Une analyse profonde de la définition que propose Jean-Marie de Kételé amène à la conclusion que parler de l’éducation est synonyme de la mise en place d’un système qui prend en compte ces quatre (04) principaux facteurs :
1. La personne à éduquer : qui est cet être humain qu’on ambitionne de former ? D’où vient-il ? Quels sont ses antécédents familiaux ? Dans quel environnement social et familial vit-il ? En arrêtant à ce niveau ce questionnement, on sait que la liste n’est pas close.
2. L’éducateur : qui est-il ? Comment a-t-il été lui-même "éduqué" ? Dans quel environnement ? Pour quel résultat ?
3. Le « message » : dans le processus de l’éducation, le « message » est l’élément dont la variabilité est très dense. Peut-on envisager un « message » unique et universel à véhiculer par tous ceux qui s’investissent au quotidien dans la profession d’éducateur ? La réponse négative à cette question tient au fait que les sociétés desquelles émanent l’éducateur et l’éduqué ne sont pas uniformisées et nivelées. De ce constat, on peut déduire que le produit de la formation va également connaitre ses variances.
4. L’environnement éducatif : Ici se trouvent logés les principaux inconnus de l’éducation. Ils sont presqu’impossibles à maitriser. Pourtant, ils influencent permanemment le fonctionnement du système éducatif, si système il y a. Le rapide parcours sur ces facteurs donne à penser que l’éducation est une tâche déjà exigeante par sa nature compliquée et complexe. Or le questionnement sur ce que c’est qu’une "éducation de qualité» suppose déjà la maitrise et la domestication de ces premières données. Il s’agit de la mise en mouvement d’une série de stratégies pour parvenir à mettre sur le marché, des citoyens pétris au moule du savoir-faire, du savoir être pour une société respectable…
Dans son ouvrage intitulé pour le Libéralisme Communautaire, paru aux éditions ABC en 1987, le Président Paul Biya écrit au sujet de l’éducation : « notre principal objectif est l’édification d’une société nouvelle par la transformation du Camerounais en un citoyen conscient de ses droits et de ses obligations et déterminé à les assurer pleinement… il est évident que la transformation de l’homme passe nécessairement par l’enseignement et l’éducation… » En écrivant ces lignes, le Président Paul Biya aligne sa pensée à celles qui disent depuis la lointaine époque gréco-romaine que le contenu d’un programme d’enseignement est profondément déterminé par le type d’homme projeté par la société. A partir de ces postulats, on peut estimer avoir collecté les arguments fondamentaux pour esquisser une réponse à la question : " c’est quoi une éducation de qualité ?" En réponse cette interrogation, on peut affirmer qu’une éducation de qualité est celle qui œuvre à la description des objectifs sociétaux à accomplir pour le bien-être de ses citoyens et qui les injectent dans la société au travers d’un système éducatif performant, qui intègre de manière graduelle et systématique ces variables dans son programme d’enseignement et d’éducation. Dans la salle de spectacle de l’ENIEG Bilingue de Bafoussam, qui est une institution éducative de formation, il est écrit : " la formation qualitative des hommes est le tout premier remède aux maux de la société". Un regard critique sur les thèmes des trois dernières années scolaires au Cameroun donne à penser qu’ils constituent des rallonges intellectuelles à la philosophie véhiculée par ces écrits. En 2011/2012, il s’est agi d’une « pédagogie de l’excellence pour l’avènement d’une société citoyenne ». En 2012/2013, il est question d’une « pédagogie de l’excellence au service de la professionnalisation des enseignements pour un Cameroun émergent ». L’argumentaire formulé par le ministre Louis Bapes Bapes, reposait sur la vérité que l’école doit être le « creuset de connaissances acquises au prix des pratiques éthiques et morales ». « Chacun des acteurs de l’éducation, s’il veut jouer à fond sa partition, doit mobiliser tout son savoir, son savoir-faire, son savoir-être, en donnant le meilleur de lui-même pour l’atteinte des objectifs à nous assignés par la nation ». En 2013-2014, le thème très évocateur est « Une pédagogie de l’Excellence pour une République exemplaire. » Le dénominateur commun à ces trois thèmes est qu’ils sont purement théoriques. Ils évoquent la nécessité de développer "une pédagogie de l’excellence" en vue de l’édification de la société. Or, c’est tout le contraire des objectifs d’ « une éducation de qualité ». Car celle-ci définit d’abord le type de Société souhaitée et s’emploie à développer et à asseoir une société pédagogique, et stratégique qui concourt à sa réalisation. Voilà ce qu’est une éducation de qualité, celle dont le contenu est une réponse, un résultat et non un projet. Une éducation de qualité est une éducation dont l’ensemble des composants concourt à la production d’un type d’hommes pour un type de société définie en amont.
Cela suppose pour prendre le cas du Cameroun à titre d’illustration qu’un document bien conçu présente dans tous les domaines comment on entrevoit le Cameroun émergent en 2035. Ces données font jaillir la question évidente : Que faire pour que ce rêve devienne une réalité ? Quel type d’éducation peut favoriser la transformation du Cameroun pour cet idéal ? Pas d’éducation de qualité sans traçabilité des programmes et avec des enseignants clochardisés. La « clochardisation » des enseignants du secondaire au Cameroun est la preuve par 9 qu’on est loin au Cameroun de parler d’une « éducation de qualité ». Les conditions à mettre en œuvre doivent d’ abord être envisagées pour une bonne éducation avant d’arriver à l’éducation la qualité. Les programmes scolaires ne dégagent aucune traçabilité, aucun projet social, et donc aucun objectif à atteindre. L’amorce de ce travail préliminaire est le point de départ pour l’édification d’une « éducation de qualité ».
