Chefs d’établissements, une fonction maudite ?

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Quotidiennement adulés par leurs collègues et sollicités par leurs hiérarchies, les chefs d’établissement exercent des fonctions importantes. Ils ont pourtant, dans leur large majorité, beaucoup de problèmes. Ce qui rend la fonction sinon mystérieuse, du moins peut-être maudite. Flanqués du titre de chefs de bureau (Directeurs d’écoles), de service (Directeurs de CES ou de CETIC) ou de Sous-directeurs (Proviseurs) de l’administration centrale, les chefs d’établissement des ministères chargés de l’éducation nationale gèrent un personnel qualitativement huppé et parfois quantitativement abondant pour certains établissements (Lycée Général Leclerc, lycées bilingues de Mimboman, de Dschang, Sultan Ibrahim Njoya de Foumban ou de Mbouda…). Ils gèrent aussi une importante enveloppe budgétaire pour le fonctionnement de leurs services. Mais rencontrés dans les couloirs de leurs délégations ou de leurs ministères, ils n’ont pas fraîche mine. Au contraire, c’est de peu qu’on ne les trouvera pas malheureux. S’ils ne le sont pas, ils sont, au moins dans leur majorité, voire dans leur quasi-totalité, plaintifs. Et du coup une question hante l’esprit de chaque enseignant : les chefs d’établissements exercent-ils une fonction maudite ? Leur année scolaire commence généralement en août, dès la reprise ou la prise (pour les nouveaux promus) de service. Même quand ils sont présents à l’établissement pour en principe préparer la rentrée scolaire, ils sont pourtant rares parce que claquemurés dans leurs bureaux et ne communiquant avec les usagers qu’à travers des intermédiaires. Certains de ceux-ci répondent autoritairement aux usagers, qui demandent avec insistance à les rencontrer, qu’ « on ne le voit pas ! » « Qu’est-ce qu’il y a à votre service ? » Ajoutent-t-ils souvent pour dire leur disponibilité à faire le ‘’boulot’’. De quel boulot s’agit-il ?

Recrutement avec ou sans la commission permanente

Selon le décret n°041/2001 du 19 février 2001 organisant les établissements scolaires et fixant les attributions des responsables scolaires, le recrutement du personnel vacataire et surtout des élèves doit être fait par la commission permanente présidée par le chef d’établissement. Certains chefs d’établissements respectent ex professo cette procédure. A l’occasion du recrutement des apprenants, on tient compte de la moyenne, de la conduite et de l’âge des élèves qui frappent aux portes de l’établissement. Ces chefs d’établissement qui suivent cette procédure normale sont très minoritaires. D’autres par contre ignorent l’organe chargé du recrutement et confient la tâche à des personnes savamment désignées. Et c’est là qu’ils sont exposés à la première malédiction.

Tentation de corruption

Ces personnes sont chargées de faciliter la résolution des problèmes des parents qui viennent solliciter une place pour leurs enfants. La procédure de recrutement est simple : « Enveloppe en main et dossier sur la table », et l’on obtient une place qu’on avait dit inexistante avant la conversation. Dans certains établissements secondaires, il y a un cycle renvoi-réadmissions. Ce cycle consiste à exclure des élèves en masse en fin de l’année, sans raisons valables et de les reprendre au début de l’année suivante moyennant une importante somme d’argent. Ce jeu malsain que jouent les chefs d’établissements à travers leurs hommes savamment désignées est justifié par une autre malédiction : le harcèlement.

Harcelés par leurs hiérarchies

Appui à la Délégation, journées de ceci ou de cela, séminaires, épreuves zéro, sectorielles…, voilà la liste des sollicitations d’ailleurs non exhaustive, qui impose aux chefs d’établissement de notre pays des saignées financières dans leur enveloppe budgétaire et parfois dans leurs poches. Ils s’en plaignent malheureusement tout bas, de ces épées de la hiérarchie qui planent sur leur tête. Ici, ils sont vraiment comme maudits car le silence est l’une des règles d’or du maintien au poste. Quand ils y restent, le cycle recommence. Et voilà leur dotation budgétaire partiellement au service des autres services. Etouffés par cette main tendue permanente, les voilà qui se mettent les parents à dos.

Immixtion malheureuse dans la gestion des fonds des APEE

Pour la plupart du temps, certains chefs d’établissements recherchent la compensation des « plumes » qu’ils perdent dans le fond des associations des parents d’élèves et enseignants (APEE). Pour ce faire, ils ne manquent pas de raisons : besoin de carburant, réception de telle ou telle autorité, recherche d’un enseignant vacataire, visites, journées internationale ou nationales, appui à telle ou telle initiative, séminaires... Telles sont quelques-unes des raisons qu’ils évoquent pour faire des ponctions dans les fonds de l’APEE à des fins généralement personnelles. Quand le président de l’APEE fait partir du système mis sur pied et contrôlé par le chef d’établissement, les exigences de ce dernier passent pour des ordres.

Nominations des intervenants aux différents examens : la maffia

La dernière malédiction, une de trop, c’est ce flou que certains chefs d’établissements organisent à l’occasion des évaluations certificatives officielles. Ils ne nomment alors comme chefs de secrétariats ou membres, que de très proches à la compétence pas toujours avérée, mais à la docilité établie. Ainsi, ils sont sûrs de récupérer tout ou une partie des avantages financiers afférents à leurs fonctions. Ces dociles savamment choisies vont parfois jusqu’à donner 50% de leurs vacations aux chefs d’établissement. Voilà à quoi ressemble la fonction de chefs d’établissements. Nous souhaitons que personne ne se reconnaisse dans cette situation qui n’inspire que dégoût et amertume.

Cette fonction, pourtant noble et pédagogiquement stratégique, apparaît, eu égard à toutes ces difficultés, comme maudite. Alors, que faire ? Faut-il se laisser emporter par la malédiction ? L’idéal est que, une fois nommés, la haute hiérarchie donne à ces hauts fonctionnaires les moyens d’exécuter leur mission et qu’on les laisse mettre ces moyens au service de la pédagogie. Et comme cela paraît comme une illusion sous notre ciel, la solution est fort simple : Ne plus déployer son énergie pour être nommé à tout prix et à tous les prix ; mais plutôt se battre par des voies légales pour l’amélioration de nos conditions de vie, en un mot, des salaires de tous les enseignants. Et cette bataille passe à n’en point douter, par la syndicalisation et non par la subordination aveugle, la prévarication, la concussion; des maux qui font jeter l’opprobre sur ces hauts cadres de l’instruction publique. Le SECA a ses portes ouvertes.