Comment fait-on pour être muté ou affecté au MINESEC et au MINEDUB ?

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Se faire muter dans les ministères en charge de l’éducation est à la fois très difficile et très facile. Tout dépend par quel bout on l’aborde. La mutation est le changement de lieu de service pour un agent public déjà en activité. L’affectation est l’attribution par l’employeur du premier poste de service au jeune recru. Depuis bientôt dix ans, une certaine décentralisation s’est opérée dans la gestion du personnel au sein des ministères en charge de l’éducation.

Gestion des mutations

Les personnels déjà en activité ont le choix entre s’adresser à Yaoundé ou à la Délégation régionale compétente suivant qu’ils veulent changer de région ou qu’ils veulent simplement se mouvoir dans la même région. Au secondaire, les listes pour les mutations inter-régionales coulent à flot. Les services concernés ont une diligence qui défie le bon sens pour ceux qui sont habitués aux lenteurs administratives de notre pays. Moins de deux semaines après le versement du magot, tout est joué. Vous rentrez en possession de votre note de mutation en bonne et due forme. Un observateur averti a dit que ces mutations déstabilisent le fonctionnement des établissements scolaires, au rythme quasiment hebdomadaire de sortie des listes. Que se passe-t-il pour qu’il y ait pareille célérité ? Tenez-vous bien, il faut débourser la rondelette somme de 300 000 F CFA pour mobiliser à tel point nos fonctionnaires habituellement inertes devant les dossiers. Ce passe-droit vous permet d’aller exactement dans l’établissement de votre choix, plus d’escale à la commission régionale. Ces sommes arrivent arrivent-elles au niveau des décideurs ? On ne le saura  jamais. Il n’y a que la haute fréquence de sortie des listes pour laisser imaginer qu’il devrait avoir une motivation fut-elle modique. Au niveau régional, la tendance au monnayage est  presque générale sur le plan national. Le montant est unique, il faut 100 000 F CFA. Evidemment, certains utilisent des relations pour passer indolore dans ce tamis aux mailles très serrées.

Au Ministère de l’Education de Base, les conditions ne sont pas plus reluisantes. Si la région sollicitée est très éloignée de la région actuelle, alors, on doit débourser gros. On va quelques fois jusqu’à 400 000 F CFA. C’est le cas par exemple de quelqu’un qui veut aller de l’Ecole publique de Tokombere pour l’Ecole publique d’Evoldoula. Pour aller de l’Ecole publique de Foulbere à Garoua pour l’Ecole publique de Djarengol à Maroua, on déboursera près de 200 000 F. On dirait qu’il y avait des efforts à faire sur les papiers pour permettre à quelqu’un de traverser des régions.

Gestion des affectations

Au sortir des écoles normales, les futurs enseignants sont répartis sans contrepartie dans les différentes régions de notre pays. Ceux-ci, pour se retrouver dans un établissement font ou sont l’objet de transaction. Nous allons nous limiter ici au secondaire étant donné que les ENIEG sont des machines à produire des chômeurs. Ainsi pour être affecté dans l’établissement souhaité, le concerné doit débourser de l’argent ou bénéficier d’une solide relation. Pour cela, il faut 100 000 F que l’on verse à quelqu’un dont il est difficile de donner son rôle dans le processus d’affectation. Il fait l’objet des transactions au cas où il n’a fait aucune démarche. Alors, les enseignants qualifiés étant devenus une denrée rare et précieuse, la prolifération des établissements réduisant rendant la poignée d’enseignants sortis de nos ENS (Ecoles Normales Supérieures) très insuffisante, les chefs d’établissements sous la  pression des APEE (Associations des Parents d’Elèves et Enseignants) qui souhaitent alléger leurs charges en réduisant le nombre de vacataires, corrompent pour faire venir dans leurs établissements des enseignants formés et pris en charge par l’Etat. La somme versée pour cette opération maffieuse est de 100 000 F par enseignant. Cette somme arrive-t-elle aux commissions ? Voilà la grande interrogation. On parle maintenant de la décentralisation du ‘’gombo’’ (somme ou objet qu’on donne ou reçoit lors de l’opération de corruption, en jargon camerounais). Malgré la présence du gombo, tout le monde n’est pas satisfait, beaucoup repartent sans enseignants et la promesse est faite pour la prochaine vague. Ainsi va la république. On comprend pourquoi tout le monde ne prend pas le taureau par les cornes pour défendre nos droits d’abord en tant qu’enseignant et surtout en tant que décideur. Après ce constat, il est normal de se demander ce qu’il y a lieu de faire. De nombreuses circulaires ministérielles ayant déjà condamné la corruption, il est temps que des enquêtes soient menées par les structures compétentes pour éradiquer ce mal. Notre devoir étant de porter sur la place publique le phénomène.