Le Club Bilingue de l’Université de Dschang célèbre la journée mondiale du bilinguisme

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Ce vendredi 05 Février 2016 est la journée mondiale du bilinguisme. Le Club Bilingue de l’université de Dschang a saisi l’occasion pour mener plusieurs activités dans ce sens. Parmi ces activités, on note la conférence-débat que le club organise à la salle B3.11 de ladite université sur le thème de la journée : « Bilinguisme, porte d’accès à une éducation de qualité pour un développement durable. » La conférence est tenue par les membres de la Ligue Associative Africaine Yemele Fometio et Djoumene Mopi Kemet.

A 15 heures, la conférence commence. Après avoir précisé aux assistants les raisons d’être de la conférence, le modérateur Fridolin Ngoué donne la parole à Yemele Fometio. Ce dernier commence par les concepts. Il souligne l’importance des langues officielles du Cameroun le Français et l’Anglais et revient sur les propos de la figure emblématique du nationalisme camerounais Ruben Um Nyobé qui disait déjà en 1950 que les Allemands ont fait plus de trente ans au Cameroun et très rares sont les camerounais et qui parlaient allemand à leur départ, et qu’en 2014 on pourrait encore trouver des camerounais ne parlant ni français, ni anglais si une politique linguistique solide n’est pas mise sur pied rapidement. Le conférencier continue avec la pensée de Cheikh Anta Diop qui affirme que la langue est si importante que les colons croient qu’ils peuvent partir d’un pays en y restant par le billet de la langue. Le conférencier aborde la notion de bilinguisme pour montrer que c’est le fait de parler deux langues quelles que soient les langues ; dans le contexte camerounais, c’est le fait de parler les deux langues officielles le Français et l’Anglais. Il s’atèle sur la notion d’éducation de qualité et insiste sur le fait que l’éducation de qualité doit être bien pensée et axée sur la technologie et la science. Il prend l’exemple de tous les pays aujourd’hui industrialisés qui ont mis un accent particulier sur la techno-science, ont formé des ingénieurs et ont crées de véritables laboratoires. Le dernier terme est le développement. Yemele Fometio après avoir défini les théories de développement durable, précise que l’économie de traite que pratiquent les pays africains ne peut pas conduire au développement durable. Cette économie de traite consiste à vendre les matières premières et acheter les produits manufacturés. La dernière partie de son exposé consiste à montrer l’importance du bilinguisme pour une éducation de qualité qui est le gage d’un développement durable. Le conférencier précise que les plus grands ouvrages au monde sont en Anglais, or les camerounais sont majoritairement francophones. Si nous voulons avoir des connaissances solides, nous n’avons pas le choix nous devons pouvoir lire et écrire l’Anglais. Le bilinguisme favorise aussi l’unité nationale dans la mesure où les citoyens du Cameroun peuvent se parler et s’écouter pour réfléchir ensemble sur le devenir du pays. Le bilinguisme permet aussi d’avoir les connaissances de deux sphères linguistiques : la sphère des pays francophones et celle des pays anglophones. C’est avec ces propos que l’ingénieur Yemele Fometio met un terme à son exposé. La parole est donnée à Djoumene Mopi Kemet.

Ce dernier axe ses propos sur la décolonisation linguistique de l’Afrique. Il précise que les deux langues officielles du Cameroun commencent à être parlées au Cameroun de manière institutionnelle après la défaite allemande de 1916 qui a conduit à la partition du pays entre la France et l’Angleterre. Il souligne la politique d’assimilation et l’impérialisme linguistique franco-britannique sur le Cameroun. La conséquence est destruction des langues nationales, l’institutionnalisation de deux systèmes éducatifs et juridiques dans un même pays en fonction de l’influence linguistique, la crise du lien social liée aux barrières linguistiques. Le deuxième point de l’exposé de Djoumene Mopi Kemet promeut la révolution dans la politique linguistique du Cameroun en prenant conscience des critères d’adoption d’une langue nationale en langue officielle. Le conférencier s’appuie sur les travaux de Jean Ziegler pour qui la langue est l’outil de communication qui doit fédérer les esprits et construire l’unité nationale. Dans le domaine économique, la langue nationale facilite la production et les échanges. La langue nationale doit aussi émerger parce qu’il faut élaborer et diffuser les savoirs du pays en une langue du pays. Le conférencier souligne la nécessité de partir des langues nationales pour construire une langue officielle, car des grandes puissances d’aujourd’hui ont fait pareil : France, Angleterre, Italie etc... Plusieurs langues existent dans ces pays, mais à un moment de leur histoire, ils ont fait émerger une seule. Après avoir fait le choix, ils l’ont enrichi en créant des académies. Les pays aujourd’hui émergeants ont fait pareil pour véhiculer leur idéologie et leur vision du monde. Ces derniers se servent des autres langues seulement pour des raisons économiques et géostratégiques. Après cette intervention, c’est la phase de discussion.

Phase des questions-réponses

Le premier intervenant demande si l’institutionnalisation d’une langue nationale ne doit pas créer un clivage social.

A cette question, les conférenciers précisent que ce choix doit être objectif, tenant compte du nombre de personnes ou de régions qui parlent la langue et de l’enrichissement de cette langue (existence d’un dictionnaire, des enseignants, d’une grammaire, des ouvrages publiés). Si le choix est fait, le gouvernement doit expliquer au peuple la nécessité d’instituer une langue nationale et les critères de choix. S’ils sont objectifs, le peuple sera plus porté à l’accepter.

La deuxième intervenante demande si le pays aura assez de ressources pour pouvoir développer cette langue nationale. Est-ce qu’on ne prendra pas du retard sur les autres pays en mettant sur pied une langue nationale et chercher à l’enrichir ?

 Les conférenciers répondent en précisant qu’il y a des individus au Cameroun qui volent à eux seul 50 milliards de F CFA ou 100 milliards. Ils comparent ces sommes à la prime de l’excellence de 3 milliards octroyée aux étudiants. Si on divise cette dernière somme par 50 000 qui est le montant de la prime de la plupart des étudiants, cela fait 60 000 personnes recevant la prime de l’excellence. Or un ministre à lui seul vole 50 milliards. Les conférenciers précisent que ce n’est pas une question de manque de moyens, mais de volonté politique. Concernant le retard qu’on pourrait avoir par rapport aux autres, les conférenciers prennent une image montrant que nous marchons à pied et nous faisons la course avec quelqu’un qui a le vélo. Bien évidemment nous ne pourrons jamais le rattraper. Il faut à un moment s’arrêter pour créer la moto et se relancer dans la course. Il faut nous arrêter pour définir qui nous sommes réellement, ce que nous voulons et comment l’avoir, en quelque mot nous redéfinir.

Le troisième intervenant reproche aux conférenciers le fait de s’exprimer en français et en Anglais et de parler du choix de la langue nationale. Il précise que si chaque conférencier parlait en langue nationale personne ne les comprendrait et la salle se viderait. Il demande de laisser les langues nationales où un grand effort encore s’impose.

Les conférenciers précisent que la langue est le véhicule de la culture et que le grand du monde ne sera pas celui qui parlera plusieurs langues, mais celui qui aura la langue la plus parlée. Ils reprécisent l’importance de la langue pour un peuple et réitèrent le fait que l’Europe a donné des noms aux africains en fonction de sa langue à la période coloniale. La Chine fait pareil ; quand un étudiant arrive à l’Ecole Normale Supérieure de Maroua filière chinois ou au centre Confucius, la première chose est de lui donner un nom chinois.

Le cinquième intervenant opte pour l’imposition d’une langue nationale au Cameroun.

 Les conférenciers épousent sa logique et précisent que les gouvernements des pays disposant d’une langue nationale comme langue officielle ont dû l’imposer. Ils précisent le pouvoir d’Etat que disposent les gouvernements pour prendre certaines décisions. Ce pouvoir est plus utilisé pour modifier la constitution au Cameroun, il peut aussi l’être pour la langue.

A 17h05, la conférence prend fin. Le président du Club Bilingue de l’Université de Dschang Alpha Bobuin remercie l’assistance et les conférenciers et revient sur la nécessité de choisir ou créer une langue nationale camerounaise. Il opte pour l’émergence des langues par régions. C’est avec ces mots que le modérateur Fridolin Ngoue met un terme à la conférence. Une photo de famille est prise avec les membres du club bilingue de l’université de Dschang.