Leçon, Les premières tentatives de matérialisation du panafricanisme

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Introduction

 

Les précurseurs du panafricanisme ne se contentent pas de grands congrès et de grandes conférences panafricaines. Ils décident de rendre ce panafricanisme effectif en mettant sur pied de puissantes organisations panafricaines et des initiatives en faveur du rêve panafricain. Le but principal de ces organisations est de rendre effectif le rêve panafricain que nourrit le peuple africain. Beaucoup de ces organisations ont résistés au temps et existent encore jusqu’à présent, puisque le rêve panafricain demeure.

I-                   Les initiatives des associations

1-      L’UNIA

Pour mieux organiser son rêve panafricain, Marcus Garvey et quelques amis fondent en 1914 l'Universal Negro Improvement and Conservation Association and African Communities League (UNIA) à Kingston en Jamaïque. Cette organisation profite de la personnalité de son leader pour s’implanter à la conscience nègre. Elle dispose d’un organe de presse, le Negro World. Au milieu des années 1920, les membres de l’UNIA sont estimés à six millions de membres à travers le monde. La devise de l'organisation est « un Dieu ! Un but ! Un destin ! »

L’UNIA nait dans un contexte de crise sociale. Au lynchage des noirs, aux lois anti-noires s’ajoutent la situation salariale. L’afflux des noirs au nord des Etats-Unis favorise la baisse des salaires. Les travailleurs blancs voient en l’arrivée des noirs la cause de ce problème et renforcent la xénophobie anti-nègre. Les Noirs sont malmenés à travers toute l’Amérique, et ont besoin d’une organisation sociale qui peut leur permettre de se défendre, ce qui justifie leur enthousiasme à l’UNIA. En 1920, l'association revendique 1100 sections dans 40 pays. Mais les États-Unis resteront la principale base de l'organisation, et ce jusqu'à nos jours. En plus de son organe de presse, l'UNIA crée des organisations et des entreprises satellites, un groupe paramilitaire, les infirmières de la croix noire africaine, la société de la croix noire africaine, la Universal African Motor Corps, le Black Eagle Flying Corps, la Black Star Line (la ligne maritime de l'étoile noire), la Black Cross Trading and Navigation Company (la société de commerce et de navigation de la croix noire), et Negro Factories Corporation (la société des usines nègres).

L’UNIA se fixe pour but l’amélioration du sort des noirs partout à travers la planète, les indépendances africaines,  le retour des noirs américains en Afrique. Il se donne pour but de construire une nation nègre, ayant pour drapeau le rouge, noir et le vert. Le rouge représente le même sang que partage tous les peuples africains et afro-descendants et aussi le sacrifice des ancêtres africains pour la lutte pour la libération des razzias négrières. Le noir symbolise la couleur noire qui unit tous les Africains et afro-descendants. Le vert symbolise l’abondance de la nature africaine. L’organisation décide de produire tout ce dont ont besoin les noirs, à travers ses industries et ses entreprises : restaurants, imprimeries, bâtiments pour location, compagnie maritime.

L’UNIA sait que la longue période de domination a agi sur la conscience du noir et de l’Afro-descendant. Il ne peut pas devenir un acteur de l’histoire s’il ne change pas sa manière de se voir, s’il ne détruit pas un complexe d’infériorité qui l’anime. Ce qui amène l’UNIA à créer des écoles de formation et à multiplier des appels à la grandeur. Marcus Garvey déclare que les noirs doivent se sentir égaux à tous les peuples. Il recommande d’abandonner les poupées à l’image des blancs pour fabriquer des poupées à l’image des noirs. Il déclare que la couleur noire est la couleur de la beauté. Pour étendre son influence, l’UNIA se rend compte que ceux qui influencent le plus la conscience noire et afro descendante sont des pasteurs et prêtres. L’UNIA les recrute dans l’organisation. L’UNIA demande que les chrétiens louent Dieu comme des noirs. Elle considère que Jésus et Marie était des noirs. L’UNIA à un moment ressemble à une organisation nationaliste chrétienne. Mais Garvey s’oppose à ce fait et beaucoup de prêtres et pasteurs quittent l’UNIA. Si l’UNIA, en parlant d’un Dieu noir reste attaché au christianisme, elle pose néanmoins le sérieux problème de la religion et du panafricanisme. Beaucoup de mouvements qui se sont inspirés de l’UNIA ont tout simplement opéré la rupture avec les religions étrangères et appellent aux croyances africaines, sans tenter d’africaniser ou de négrifier les religions étrangères comme l’a fait l’UNIA.

Pour imposer ses idées, l'UNIA organise des manifestations publiques et adresse une pétition à la future Société des Nations pour demander à ce que les anciennes colonies allemandes en Afrique deviennent un État noir indépendant. La demande est rejetée. L'UNIA établit des contacts avec le gouvernement du Liberia pour y façonner ce rêve de nation nègre. Nouveau refus. A l’époque le Libéria fonctionne encore comme un Etat des Etats-Unis d’Amérique. A la mort de Garvey, le mouvement est fragilisé, mais parvient à survivre et continue son existence actuellement. Même si l’essentiel de ses buts n’ont pas été atteints, l’organisation a marqué la conscience noire pendant des décennies. L’UNIA reste le mouvement qui a eu le plus grand impact sur la conscience des noirs et afro-descendants. Il a, pendant des décennies, caractérisé le nationalisme nègre. Beaucoup d’organisations influentes comme Nation of Islam où a milité Malcom X, se sont inspirés de l’UNIA. Afrocentricité International d’Ama Mazama et Moléfi Kete Asanté s’en inspire grandement.

Si L’UNIA a beaucoup influencé la conscience noire, elle a aussi été critiquée par presque toutes les figures du panafricanisme de l’époque, et plus précisément Dubois qui qualifie Garvey et l’UNIA comme les plus grands ennemies et la race noire.

2-      La LUDRN

En France, confrontés à l'injustice du système colonial et au racisme, influencés par les idées panafricanistes, les noirs du pays tentent de matérialiser ces idées de défense de la race noire dans une organisation. Ce qui pousse les leaders comme Tovalou Houénou et ses camarades à fonder la Ligue Universelle pour la Défense de la Race Noire (LUDRN) en 1924. L’organisation dispose d’un organe de presse appelé Les Continents. Ce journal prend pour principale cible le code de l'indigénat, une juridiction raciste qui renie aux colonisés leurs droits face aux blancs. Cette juridiction que la France applique dans ses colonies renie les droits des colonisés. Ce qui provoque les abus divers contre les colonisés. Le journal Les continents multiplie des articles contre cette juridiction raciale. Les critiques de la Ligue et surtout le combat des colonisés obligent la France à supprimer cette pratique. L’organisation dénonce aussi les abus des gouverneurs dans les colonies ainsi que ceux des députés africains. En 1926, Lamine Senghor change le nom de l’organisation en Comité de Défense de la Race Nègre (CDRN). Son successeur Tiemoko Garan Kouyaté la renomme aussi en Ligue de Défense de la Race Nègre (LDRN).

L’influence des penseurs populaires dans l’organisation comme René Maran lui donne une grande notoriété. Comme toutes les autres organisations panafricaines, le but de la LUDRN est la défense et la protection des droits des noirs et afro-descendants à travers la planète, le développement de la solidarité entre les populations nègres, et l’évolution de la race noire à travers l’éducation. A ses débuts l’organisation est financée par les contributions des membres et les activités culturelles, ce qui l’amène à multiplier des concerts et des séminaires publics.

Dès la création de le LUDRN, ses dirigeants décident de joindre leur mouvement à la grande mouvance panafricaine. Son principal leader Tovalu arrive aux Etats-Unis en 1924 et fait une série de conférences très suivies. Il échange avec les dirigeants de l’UNIA et tient des conférences à l’UNIA pour parler du combat de la race noire, de son mouvement et des objectifs de ce mouvement. Il se rapproche également de la NAACP de William Dubois. Dès son retour en France, Tovalu est expulsé au Dahomey (Benin), son pays natal. La France juge dangereux le rapprochement entre Tovalu et les panafricanistes des pays anglophones. Le départ de Tovalu fragilise assez le mouvement. Un article anonyme, sûrement de Blaise Diagne s’oppose au recrutement des noirs pour faire les guerres de la France. La France réagit et attaque le nouveau dirigeant du mouvement René Maran. Elle oblige le journal Les continents à arrêter de fonctionner en décembre 1924. La LUDRN ne survit pas à cet incident.

Malgré sa très courte vie, la LUDRN a beaucoup influencé la conscience nègre. Beaucoup de journaux et de mouvements s’en sont inspirés. La LUDRN a eu le malheur de se trouver dans la sphère de domination française, qui ne supporte aucune tentative d’autodétermination ou de revendication des noirs. Dans les autres sphères, la LUDRN aurait sûrement été l’un des plus grands mouvements de réveil de la conscience nègre dans le monde.

3-      L’ENA

En 1926, s’inspirant des victoires d'Abd el-Krim au Maroc contre les français et les espagnols pendant la guerre du Rif et de la grande mouvance d’union des noirs à travers la planète, Abdel Kader Ali Hadj et quelques camarades créent l'Étoile Nord-Africaine (ENA). Elle mobilise les travailleurs du nord de l'Afrique pour parvenir à l'unité du Maghreb. Elle accorde de la sympathie aux mouvements panafricains nègres. Dès sa création, elle devient une section de l’union inter coloniale (groupe socialiste des originaires des colonies). Cette association, fondée en 1921 par un guadeloupéen, réunit entre autres le Vietnamien Ho Chi Minh et deux Algériens : Hadj Ali Abdelkader (1883-1957) et (Hamouche) Banoune Akli (1889-1983) qui joueront des rôles décisifs dans la décolonisation des territoires français. Les buts de l’ENA sont : la défense des intérêts sociaux, matériels et moraux des travailleurs de l’Afrique du Nord.

En 1927, l’arrivée de Messali Hadj dans le mouvement le réoriente et le radicalise. Il engage le mouvement sur le terrain politique en se faisant le porte-parole d'une revendication d'indépendance de l'Afrique du Nord (Maroc, Algérie et Tunisie au sein d'un ensemble national que serait l'Algérie). Lors du congrès anticolonial de Bruxelles de février 1927,  Messali Hadj opère une rupture tranchée avec le colonialisme français. Il déclare : « le peuple algérien qui est sous la domination française depuis un siècle n'a plus rien à attendre de la bonne volonté de l'impérialisme français pour améliorer notre sort. » C’est un appel implicite à la lutte armée de libération. Il demande l’abolition du code de l’indigénat et toutes les mesures d’exception dans les colonies françaises, l’amnistie pour tous ceux qui sont emprisonnés, en surveillance spéciale ou exilés pour infraction au code de l'indigénat ou pour délit politique, la liberté de voyage absolue pour la France et l'étranger, la liberté de presse, d'association, de réunions, les droits politiques et syndicaux, le remplacement des délégations financières élues au suffrage restreint, par un parlement national algérien élu au suffrage universel, la suppression des communes mixtes et des territoires militaires, le remplacement de ces organismes par des assemblées municipales élues au suffrage universel, l’accession de tous les Algériens à toutes les fonctions publiques sans aucune distinction, l'instruction obligatoire en langue arabe, l’accession des arabes à tous les degrés de l’enseignement, la création de nouvelles écoles arabes, la rédaction de tous les documents officiels en français et arabe, l’application des lois sociales et ouvrières, le Droit au secours de chômage aux familles algériennes en Algérie et aux allocations familiales. Il revendique aussi l’indépendance de l’Algérie, le retrait total des troupes françaises, la constitution d’une armée nationale algérienne, d’un gouvernement national, d’une assemblée constituante élue au suffrage universel… Ce discours révèle au public Messali Hadj, jusque-là inconnu. En 1929, la France dissout l’ENA. Mais le parti continue d’exister en clandestinité. Messali Hadj devient son président. L’ENA est à nouveau dissoute en 1937 et ses dirigeants sont poursuivis. Messali Hadj crée le Parti du peuple algérien (PPA) en mars 1937, qui poursuit les mêmes objectifs que ceux de l'ENA.

4-      Le WANS

En décembre 1945, juste après le congrès panafricain de Manchester, Kwame Nkrumah crée le West African National Secretariat (WANS) et voyage en Grande-Bretagne et en France, où il rencontre les nouveaux élus africains tels que Sourou Migan Apithy, Lamine Guèye, Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor. Le WANS compte parvenir à l’union des pays de l’Afrique de l’ouest. Il revendique l'indépendance complète et absolue des peuples d'Afrique occidentale comme l'unique solution aux problèmes soulevés par la domination coloniale. Nkrumah et son organisation sont ouvertement accusés d'être communistes dans les métropoles occidentales. Au sein du WANS, Nkrumah forme un groupe secret de socialistes révolutionnaires appelé le cercle. Le WANS dispose d’un organe de presse appelé The new Africa (La nouvelle Afrique), rédigé en trois langues (Anglais, Français et Belge). Le journal est centré sur les problèmes de l’Afrique de l’ouest.

Le retour de Kwame Nkrumah au Ghana fragilise considérablement le WANS.

5-      Le RDA

En 1946, l’union française autorise les colonisés à se faire représenter en métropole. Les élections sont organisées dans les colonies et en France. Les élus africains décident d’organiser un congrès à Bamako, malgré l’opposition de la France. Alors que le dernier congrès panafricain de Manchester de 1945 a tablé sur les revendications de l’indépendance, Houphouët Boigny et quelques leaders, à l’issue du congrès de Bamako de 1946, créent le RDA (Rassemblement Démocratique Africain), pour unir tous les mouvements indépendantistes africains afin d’arriver à l’indépendance en formant un seul Etat. Les principaux mouvements indépendantistes de l’Afrique francophone adhèrent au RDA : UPC (Union des Populations du Cameroun), l'Union démocratique sénégalaise, l'Union soudanaise, l'Alliance pour la démocratie et la fédération de Haute-Volta, Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI)… La base de regroupement est l’anticolonialisme. Le but du RDA est de rassembler la plus large union de forces politiques africaines, au-delà des clivages politiques, religieux, et culturels.

Le RDA devient la principale force anticoloniale de l’Afrique francophone. L’adhésion des intellectuels les plus influents comme Cheikh Anta Diop renforcent la notoriété du mouvement.

Le RDA est une double rupture. Elle est une rupture dans la continuité de la vision panafricaine initiée par les pères fondateurs. En fait elle est une rupture dans le mouvement panafricaniste mondiale, en se centrant uniquement sur les pays francophones. Cette logique a divisé le mouvement panafricaniste mondial. Elle est aussi rupture parce qu’elle donne une autre orientation aux partis politiques africains. Beaucoup de partis politiques en Afrique étaient affiliés aux partis politiques français ou aux organisations françaises. Beaucoup avaient été créées avec le soutien du parti communiste français qui les préparait à mieux affronter la colonisation française. La RDA vient fragiliser ces liens en proposant une plateforme de regroupement africaine aux partis politiques de l’Afrique française.

La France empêche les activités et initiatives du RDA. A son deuxième congrès de 1949 à Abidjan en présence de centaines de délégués, le RDA exprime sa solidarité avec les peuples du Vietnam en guerre contre la France et au peuple de Madagascar qui vient de subir une brutale répression sanglante de la France. Le RDA ressemble plus à un cadre de concertation des élus locaux. Houphouët Boigny prend la tête de l’organisation.

Les années 1949 et 1950 sont des années d’effervescence en Afrique, et plus précisément en Côte d’Ivoire. Les grèves se multiplient dans ce pays. La France réagit brutalement, faisant des assassinats, et fait enfermer plus de 3000 personnes parmi lesquels les élus du RDA. En 1950, Houphouët Boigny fait volte-face et est reçu à la présidence de la France. Il décide de collaborer avec la France. Alors que les députés du RDA au parlement français étaient dans le groupe communiste, en octobre, le RDA rejoint le groupe UDSR (parti centriste auquel étaient notamment affiliés René Pleven et François Mitterrand), et appartient dès lors officiellement à la majorité gouvernementale. En France, le RDA ne fait donc plus partir de l’opposition au gouvernement colonial. Il fait désormais partie intégrante du système colonial français. Face aux critiques, Houphouêt Boigny parle de repli stratégique. Le vice-président du RDA, Gabriel d'Arboussier, dénonce cette attitude et la considère comme une trahison. L'Union des populations du Cameroun et l'AERDA (Association des Etudiants du RDA), branche étudiante du RDA dirigée par Cheikh Anta Diop critiquent de manière virulente cette trahison d’Houphouët Boigny. Les principaux dirigeants du mouvement (Gabriel d'Arboussier, Djibo Bakary, etc) démissionnent. Houphouët Boigny profite pour exclure l'UPC du Cameroun et l'UDS du Sénégal en 1955.

En 1960, les territoires d’Afrique française deviennent indépendants. Les différents chefs d'État, imposés presque tous par la France, peinent à s'entendre sur l'application du fédéralisme prôné par le RDA. Presque tous les présidents imposés ont suivi la voie de la trahison initiée par Houphouët Boigny, et sont devenus des sortes de sous-préfets de la France en Afrique. De son coté, Houphouët-Boigny s'active à neutraliser politiquement les dirigeants les plus nationalistes du RDA et à les remplacer par d'autres, mieux disposés à défendre les intérêts du gouvernement français.

6-      La NAACP

La NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), Association nationale pour la promotion des gens de couleur est créée en 1909 sous l’impulsion de William Dubois. Elle dérive du Mouvement de Niagara, toujours initié sous l’impulsion de William Dubois. Le mouvement de Niagara visait à mettre fin au racisme dont était victimes les noirs. En 1908 aux Etats-Unis, les émeutes raciales éclatent entre les Blanc et les Noirs à Springfield, dans l’Illinois. Les Noirs sont les principales victimes. Le mouvement de Niagara ne peut pas agir. Il n’a pas assez de moyens et pas assez structuré. Le besoin d’une organisation d’avant-garde pour la lutte contre le racisme anti-noir se pose avec insistance. Ce qui pousse les principaux dirigeants du mouvement de Niagara à se réunir le 30 mai 1909 pour créer la National Negro Committee. Le 30 mai 1910, le National Negro Committe devient la NAACP.

Dès sa création, la NAACP s’est fixée pour objectifs : de promouvoir l'égalité des droits et éradiquer les préjugés raciaux ou les préjugés de classe parmi les citoyens des États-Unis ; promouvoir les intérêts des citoyens de couleur ; leur garantir des élections impartiales ; accroître leurs capacités à faire valoir leurs droits devant les tribunaux, à obtenir une éducation pour leurs enfants, et à trouver un emploi, en fonction de leurs compétences et dans le respect d'une complète égalité de tous les citoyens devant la loi. Elle s’oppose au refus du droit de vote aux noirs dans les Etats du Sud des Etats-Unis. Pour pallier aux difficultés économiques qui ont fait la faiblesse du groupe de Niagara, des demandes de soutiens sont envoyées à des personnalités américaines. Le mouvement veut défendre les droits de toute personne victimes de l’injustice, et plus précisément les non blancs. Dans sa première équipe dirigeante, il y a un seul noir, William Dubois lui-même. C’est en 1975 qu’un noir est devenu président de l’organisation.

Pour véhiculer ses idées, la NAACP de dote d’un organe de presse qui est The Crisis. Le mouvement bénéficie d’un grand apport financier de la communauté juive. Mais Dubois y joue le rôle central. Le mouvement attaque en justice les lois ségrégationnistes, comme les lois Jim Crow qui ont légalisé la ségrégation raciale dans les Etats du sud des Etats-Unis. En 1913, la NAACP est la tête de file de l'opposition à l'introduction par le président Woodrow Wilson de la ségrégation raciale au sein du gouvernement fédéral. Elle mène un combat pour l’intégration des Noirs dans l’armée, et pour qu’ils se battent pendant la première guerre mondiale. 700 000 Afro américains s'engagent dans l’armée, et 600 d'entre eux sont faits officiers. L'année suivante, la NAACP lance de nouvelles manifestations nationales contre la sortie du film muet de D. W. Griffith, Naissance d'une nation, qui fait l'apologie du Ku Klux Klan, un mouvement militaire anti-noir aux Etats-Unis. Plusieurs villes boycottent le film.

En 1917, la NAACP mène un autre combat à la Cour suprême des États-Unis contre la séparation des quartiers résidentiels des noirs et ceux des blancs. La NAACP consacre une part importante de son énergie à combattre le lynchage des Noirs partout aux États-Unis. En 1919 dans l’Arkansas, plus de 200 fermiers noirs ont été exécutés par des milices blanches, avec le concours des troupes fédérales appelées en renfort. Les fermiers noirs s'étaient réunis pour exiger de meilleurs prix pour leurs produits de la part de leurs propriétaires blancs. Après cet incident, douze fermiers noirs sont jugés et condamnés à mort. La NAACP se saisit de ce dossier. Les douze fermiers sont rejugés et acquittés. Malgré ces multiples victoires, la NAACP ne parvient à faire voter une loi contre le lynchage des noirs. La NAACP mène la lutte contre le système électoral des Etats du sud qui exclue les noirs des primaires, donc de la compétition électorale. Elle obtient un succès en 1944. Les États du sud sont contraints de modifier leur législation, mais ils mettent rapidement en place d'autres méthodes pour empêcher aux noirs de participer au processus électif. La NAACP entreprend une longue campagne pour le renversement de la doctrine du « séparés mais égaux » qui a été instituée par la Cour Suprême en 1896. Elle obtient d'abord le 27 juin 1941 du Président Franklin Delano Roosevelt l'interdiction de la discrimination raciale dans les emplois de l'industrie militaire. Le 30 juillet 1948 le Président Harry S. Truman fait abroger dans l'armée la séparation des soldats noirs et blancs. La NAACP mène également un combat contre la discrimination à l’université et en 1954, la Cour Suprême des Etats-Unis déclare inconstitutionnelle la ségrégation dans les écoles élémentaires subventionnées par l'État.

Encouragée par cette victoire, la NAACP pousse ses actions en faveur d'une déségrégation complète dans l'ensemble des États du Sud. Le 5 décembre 1955, des militants de la NAACP, dont Rosa Parks, aident à organiser le boycott des bus de Montgomery, dans l'Alabama, pour protester contre la ségrégation dans les bus de la ville, dont les deux tiers des usagers étaient des noirs. Le boycott dure 381 jours. L'État de l'Alabama réagit en interdisant à la NAACP d'exercer ses activités sur son territoire, parce que celle-ci refuse de rendre publique la liste de ses membres. La NAACP redoute que ses membres ne soient licenciés de leur travail ou, pire, qu'ils fassent l'objet de représailles physiques en raison de leur engagement. La NAACP engage des poursuites contre l’Etat d’Alabama, mais perd le procès, et perd en même temps son leadership dans la défense des droits civiques des Noirs. Mais elle continue la bataille, et parvient à obtenir du président John Kennedy à déposer au congrès des Etats-Unis une loi en faveur des droits civiques avant d’être assassiné. En 1965, par la Civil Right Act, la loi fédérale, tous les noirs obtiennent le droit de vote dans tous les Etats. Depuis 1978, la NAACP finance les Afro-Academic, Cultural, Technological and Scientific Olympics (ACT-SO (Jeux olympiques afro académiques de la culture, de la technologie et des sciences).

7-      La FEANF et le WASU

Les étudiants ne restent pas en marge de cette vaste tendance panafricaniste qui secoue l’Afrique et le monde noir en général. Parmi les multiples organisations qui se créent pour contenir ces idées panafricaines, deux jouent un rôle déterminant. Il s’agit de la FEANF (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France) et le WASU (West African Students Union).

La Fédération des Etudiants d'Afrique Noire en France a été créée en 1950 afin de regrouper toutes les associations d'étudiants africains en France. Cette fédération dispose d’un organe médiatique appelé Le journal L'étudiant d'Afrique noire. Dans une période marquée par la lutte pour la décolonisation et l’émergence des idées panafricanistes, l’association sort rapidement de son objectif social et culturel pour prendre position sur l'actualité politique de l’Afrique. Elle prend des positions anticoloniales. Sous la direction du juriste togolais Noé Kutuklui et de l’économiste camerounais Osendé Afana, la FEANF opte pour la poursuite de la lutte pour l'indépendance et l'unité africaine en 1958. Elle dénonce les crimes commis par l'armée française en Algérie. Les autorités françaises réagissent et augmentent les loyers des étudiants africains, réduisent leurs bourses et surveillent les principaux leaders. Les étudiants qui militent dans l'organisation sont systématiquement fichés et leurs candidatures écartées dès qu'elles concernent des emplois publics.

La FEANF est de loin l’organisation estudiantine des étudiants d’Afrique la plus imposante en France. Elle a précédé beaucoup de partis politiques en Afrique francophone et a contribué grandement à la formation des leaders indépendantistes du continent. Si pendant la colonisation elle revendiquait l’indépendance, à partir de 1960 elle maintient ses méthodes et revendique désormais l’indépendance réelle. Elle considère les républiques africaines issues de ces indépendances comme des républiques fantoches. Avec l’OUA, elle dénonce l’échec du panafricanisme et estime que l’unité africaine doit être basée sur l’abandon volontaire de la souveraineté des différents peuples d’Afrique au profit de la Patrie africaine. Elle demande la suppression des bases militaires étrangères en Afrique, l’unité de l’Afrique, la participation à la gérance des fonds distribués par la France au titre de bourses d’études, l’orientation des études en France de façon plus conforme aux besoins de l’Afrique. La rupture entre la Chine et la Russie a de l’impact sur le mouvement. Les prochinois prennent le contrôle de la FEANF, ce qui crée des tensions entre la FEANF et sa plateforme l’UIE (Union Internationale des Etudiants). L’UIE cesse d’attribuer à la FEANF des bourses pour l’Europe de l’Est. Mais malgré cette divergence, tous les membres de la FEANF, toute tendance confondue, restent soudés dans la lutte contre le néocolonialisme et l’impérialisme. Après l’assassinat de Patrice Lumumba, la FEANF organise une grande manifestation qui se solde par de nombreuses arrestations et des expulsions.

Le WASU (West African Students’ Union) est créé en 1925 par Ladipo Solanke et Herbert Bankole-Bright à Londres en Angleterre. Avec l’arrivée des leaders comme Kwame Nkrumah, il devient un mouvement très puissant en même temps en Angleterre et en Afrique de l’ouest. Il a grandement influencé l’Afrique. Ses fondateurs ont voulu qu’il soit une organisation panafricaine. Il s’oppose au racisme anti-noir, et un de ses premiers soutiens est Marcus Garvey. Alors que les étudiants africains avaient du mal à trouver les logements en Angleterre, le WASU crée beaucoup d’Hôtels pour les recevoir. Le WASU disposait aussi d’un organe médiatique appelé The Journal of the West African Students’ Union. Comme la FEANF, le WASU finit par sortir de son simple rôle estudiantin pour toucher les questions politiques. Il demande d’abord la réforme du système colonial et finit par contester ce système et exiger sa fin. En 1942, le WASU demande au gouvernement britannique de donner l’indépendance aux colonies d’Afrique. Même si l’association dans son sigle porte Afrique de l’ouest qui renvoie à une partie de l’Afrique, le WASU recevait les étudiants de tous les coins d’Afrique. Parmi ses membres, on peut citer ceux qui n’appartenaient pas à l’Afrique de l’ouest, et qui ont joué un rôle politique de premier plan dans les colonies britanniques comme Jomo Kenyatta du Kenya ou and Hastings Banda du Malawi.

II-                Les initiatives intellectuelles

1-      La revue Présence Africaine

Influencés par les efforts pour l’émergence du panafricanisme qui se manifeste à travers la planète,  Alioune Diop fonde en 1947 la revue Présence Africaine, éditée par la maison d’édition du même nom. Le but est de donner la parole aux noirs, de permettre aux Africains de penser leur continent. Alioune Diop souligne l’influence du congrès de Manchester dans la création de la revue Présence Africaine. Il avait pour but de vulgariser les idées panafricaines à travers la planète. Tels que défini par son créateur, la revue vise à définir l'originalité africaine et de hâter son insertion dans le monde moderne. La revue a un succès retentissant, et les Africains de renom y publient.

Alioune Diop sait que la France ne tolère aucune initiative venant des noirs, et il est conscient que la France, enfermé dans son statut de puissance coloniale, fermera la revue. Pour éviter la censure, il s’entoure de figures intellectuelles dont la légitimité est incontestable: Jean-Augustin Maydieu, Michel Leiris, Jean-Paul Sartre, André Gide, Albert Camus, Emmanuel Mounier, Théodore Monod, Georges Balandier, Marcel Griaule. Il met ces intellectuels français de renom dans le comité de patronage. La France ne peut donc pas facilement censurer la revue sans susciter une colère dans le monde intellectuel. Toujours pour éviter la censure de la France, il fait de Présence Africaine une revue culturelle et non politique. Il ne choisit aucune idéologie. Présence Africaine réunit tous ceux qui veulent s’exprimer sur l’Afrique. Une évocation politique aurait été fatale à la revue. A cette époque, la France vient de noyer dans le sang une revendication à Madagascar. Cette stratégie d’Alioune Diop porte des fruits.

En 1949, Alioune Diop crée la maison d'édition Présence Africaine, qui publie les livres les plus influents du monde noir à l’époque. Le premier ouvrage publié est celle du missionnaire belge Placide Tempels intitulé La Philosophie bantoue. Cet ouvrage suscite une vive polémique sur l’existence d’une philosophie africaine. Cette polémique renforce la renommée de la maison d’édition. L'année suivante, La Rue Cases-Nègres de Joseph Zobel est publiée par la maison d’édition. Ce roman revient sur la vie des Noirs aux Antilles, et reçoit aussi un écho retentissant en France.

Pendant les années 1950 et 1960, la revue milite activement en faveur de l'émergence d'une culture africaine indépendante. Elle offre une tribune de choix aux figures montantes du monde littéraire et politique. Dans cette revue, les intellectuels africains revendiquent l’indépendance d’une manière ou d’une autre, et contestent le colonialisme. En 1951, la revue produit un documentaire, réalisé par Chris Marker et Alain Resnais, Les Statues meurent aussi. Ce documentaire dénonce les méfaits de la colonisation. Le film a un succès et la même année, il reçoit le prix Jean-Vigo, mais il est censuré pendant une dizaine d'années. En 1956, Présence Africaine organise le premier Congrès des écrivains et artistes noirs, pour faire le point sur les avancées des Africains en terme d’écriture et d’art, et pour permettre aux artistes et écrivains de se concerter, d’échanger pour mieux orienter la pensée africaine. En fin 2009, on dénombre près de 300 numéros de la revue et environ 400 ouvrages parus. La revue et la maison d’édition Présence Africaine ont sans aucun doute boosté la pensée nègre. Parmi les africains qui ont publié, on peut citer : Mongo Beti, Amadou Hampaté Ba, Aimé Césaire, Bernard Dadié, Cheikh Anta Diop, Fatou Diome, Kwame Nkrumah, Wole Soyinka…

Présence Africaine n’est donc pas une simple revue et une simple maison d’édition, elle est instrument de combat et de solidarité des peuples africains. Les premiers venus comme Aimé Césaire, Senghor et Alioune Diop lui-même font les notes de lectures des ouvrages des nouveaux venus comme Mongo Beti. Plus tard, les derniers venus font les notes de lectures de ceux qui viennent après eux. Cette stratégie encourage les étudiants africains à publier des ouvrages. Alioune Diop fait partie des rares intellectuels sous domination coloniale à créer, diriger et imposer une revue consacrée au monde négro-africain. Si au début de la revue il utilise le label culturel pour échapper à la censure, à partir de 1949, la politique occupe une place forte dans la revue. Alioune Diop est parvenu à réunir autour de Présence africaine l’élite noire afro-américaine (Richard Wright, Countee Cullen), afro-antillaise (René Maran, Aimé Césaire, Léon Gontran Damas, René Ménil, L. T. Achille) ou africaine (Léopold Sedar Senghor, Sembène Ousmane, Cheikh Anta Diop, Bernard Dadié). Malgré les dissensions politiques, il a également su s’entourer d’intellectuels français pour proposer une perception nouvelle du temps présent.

Présence Africaine a donné aux Africains noirs, diaspora incluse, la possibilité de parler en leur nom, pour eux et à partir d’eux, de leur culture, de leurs arts, de leur littérature, de leur histoire, sans pour autant exclure l’héritage commun.

2-      La Société Africaine de Culture

Elle a été également fondée sous l’instigation d’Alioune Diop en 1956. Elle est créée au premier Congrès des Écrivains et Artistes Noirs tenu à la Sorbone en France. Ses initiateurs sont surtout les rédacteurs de la maison d'édition Présence africaine, qui devient l'organe de communication de la SAC. En 1958, la SAC devient une organisation consultative de l’UNESCO. Des sections nationales sont mises sur pied au Burkina Faso, au Burundi, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Gabon, au Ghana, au Mali, aux États-Unis (en), en Haïti.

La SAC a pour mission d'unir par des liens de solidarité et d'amitié les hommes de culture du monde noir, de contribuer à la création des conditions nécessaires à l'épanouissement des cultures noires par les noirs eux-mêmes, de contribuer au développement et à l'assainissement de la culture universelle. Pour la défense de la culture africaine dont elle s’est fixée pour mission, la SAC organise des colloques comme ceux de 1958 et 1959 à Paris, celui de 1959 à Dakar, l’organisation du deuxième congrès des écrivains et artistes noirs à Rome, les colloques de 1961 (Abidjan, Paris et Venise), 1972 (Abidjan), 1973 (Yaoundé), 1974 (Dakar, Ouagadougou et Abidjan). Elle multiplie des publications pour faire entendre sa voix et réussir la défense de la culture dont il s’est fixé comme objectif.

Mais la SAC se transforme en un mouvement exhibitionniste, pour répertorier les cultures africaines et montrer au monde que les Africains possèdent aussi une culture. La SAC est contestée par les intellectuels comme Frantz Fanon.

Conclusion

Toutes ces initiatives rencontrent l’opposition des puissances occidentales, et plus précisément la France, qui s’organisent pour empêcher par tous les moyens ce rêve d’arriver à son terme. Les panafricanistes entrent dans une épreuve de force militaire et stratégique avec les puissances occidentales qui décident de mettre un terme à l’initiative panafricaine. L’enthousiasme panafricain est rompu avec la création de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine), et de son successeur l’UA (Union Africaine), dominées par les ennemis du panafricanisme que la France a pris le soin de sélectionner pour imposer à la tête des pays africains à qui elle a fait semblant d’accorder les indépendances. Ces ennemis de l’Afrique vont faire échouer le grand rêve panafricain. L’Etat africain uni n’a pas encore vu le jour.

 

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