Ecole gratuite, fondement du patriotisme et du nationalisme

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Quel Cameroun voulons-nous pour nos enfants ? Se demandait le Président de la République du Cameroun Paul Biya après le coup d’Etat manqué de 1984. Et nous pouvons aussi nous demander quel Cameroun voulons-nous pour nous-mêmes ? Par ces questions, nous reconnaissons implicitement que notre avenir ne sera que ce que nous aurons voulu que l’école soit. Il en va de même de notre esprit patriotique ou nationaliste. L’école gratuite, dans ce grand chantier, a la part la plus importante.

Chacun d’entre-nous agit en fonction de ce qu’il a dans la tête. Ainsi tout se construit. Le patriotisme, l’amour de son pays ou le nationalisme, l’amour de ses concitoyens, n’échappent pas à cette règle. Sans ces valeurs, aucun pays ne peut se développer. Que doit faire l’Etat sur le plan éducatif pour ancrer ces valeurs dans nos habitudes ? L’Etat doit créer les conditions pour que tous ses fils et filles aient accès à l’éducation de qualité. La gratuité de l’école en est la voie royale. Mais qu’entendons-nous par gratuité de l’école ? Cette dernière passe par:

-la création, la construction, l’équipement  et l’ouverture en nombre suffisant des établissements scolaires et universitaires dignes de ce nom (avec bibliothèque, aires de jeu, infirmerie, laboratoires, salle informatique avec connections internet, bus de transport…) ;

-la formation en nombre suffisant des enseignants ayant une vocation, consciencieux, conscients des enjeux de l’éducation et motivés par une formation décente et une rémunération digne;

-attribution des livres et cahiers aux élèves et étudiants;

-la dotation des établissements et universités en cantine scolaire et restaurants où les repas sont servis gratuitement ;

-attribution des bourses scolaires et universitaires.

Un tel choix crée chez le jeune citoyen un sentiment de reconnaissance et de redevabilité vis-à-vis de son pays. Il ne peut susciter en lui que des sentiments nobles par rapport à son pays à qui il doit tout. C’est ainsi que l’on sème très tôt dans l’esprit du futur adulte le patriotisme ou le nationalisme. L’Anglais Wordsworth disait : « L’enfant est le père de l’homme », affirmant par-là que les événements de l’enfance ont une importance capitale pour la formation de la personnalité adulte. C’est donc dès la prime enfance que l’Etat doit construire l’esprit patriotique ou nationaliste des citoyens.            

Dans notre pays, dans les discours, l’école est gratuite à l’éducation de base ;  l’Etat crée et ouvre les établissements régulièrement. Au-delà du discours, la réalité est toute autre. Beaucoup d’établissements de la base ou du secondaire sont sans infrastructures et enseignants. Ils ne peuvent donc fonctionner sans APEE dont les frais sont supérieurs à 30.000 F CFA dans certaines institutions. Dans de telles situations, c’est le chacun pour soi qui charrie avec lui l’individualisme et ses conséquences néfastes. Que signifie amour de la patrie pour un élève dont la scolarité est le fruit du dur labeur de ses parents si ce n’est du sien ? Pour un fonctionnaire dont la famille a déboursé d’énormes sommes d’argent pour son entrée dans une école de formation ?

L’« école-marchandise » ne génère que des comportements antipatriotiques. L’une des manifestations inquiétantes de cet état de choses de nos jours est cette réaction spontanée des élèves :    « c’est pour lui et sa famille », quand un éducateur apprécie un bon élève ou un bon exemple. Pour eux, on ne travaille que pour soi et sa petite famille. Dans l’esprit de la majorité d’élèves, notre pays n’est qu’une véritable foire d’empoigne. Le contexte qui est le nôtre aujourd’hui oxyde et rouille le « fer » de lance de la Nation.

Le pire moyen de tuer le patriotisme ou le nationalisme dans un pays, c’est de tout vendre en commençant par les services sociaux (éducation, santé…) comme le disait déjà Tenkeng Maurice dans la « Tribune de l’éducateur » n°6. Un tel choix tue la conscience patriotique ou nationaliste du citoyen. Et le pays de ce dernier, loin d’être un édifice à construire, devient tout simplement le « gâteau national » à partager entre les puissants bien-sûr. Cet état de choses n’est pas une fatalité mais la conséquence de nos choix. Nous avons encore toutes nos cartes en main. Nous devons changer de perspective en rendant l’école gratuite pour que servir le Cameroun devienne le seul but du citoyen d’aujourd’hui et de demain.