Enseignants du Cameroun tout entier, syndiquez-vous

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L’adhésion de chaque enseignant à un syndicat apparaît aujourd’hui comme un impératif. Nous avons huit raisons de vous le demander. Et pour vous, c’est autant de raisons de le faire :

1.           Nombreux sont les enseignants qui ne comprennent rien du syndicalisme et n’ont qu’une vision tronquée des réalités de celui-ci. Certains accueillent, avec enthousiasme et même ferveur, les descentes des représentants syndicaux dans les établissements scolaires dans le cadre de la sensibilisation et de l’implantation. Mais, par la suite, ne suivent plus les activités du syndicat initiateur de la rencontre. Soit qu’ils ne sont pas très conscients de ce que leur engagement permanent dans les activités de leur syndicat peut déboucher sur la réussite du légitime combat que celui-ci mène pour que les conditions de tout le monde changent en bien ; soit qu’ils ont été trompés ou intimidés, donc découragés  par des poltrons ou des chefs de structures scolaires transformés en collaborateurs furieux de l’employeur.  Pourtant, nous ne le dirons pas assez, syndicalisme, humanisme, patriotisme et progressisme ont des affinités et, à notre sens, vont ensemble. Car, quand le syndicaliste revendique ses droits légitimes et l’amélioration de ses conditions de travail, il veut ipso facto, la bonne marche de l’entreprise et le progrès de celle-ci, et partant, de son pays. L’activité syndicale est régie et encouragée dans notre pays par des lois dont la loi suprême qu’est la Constitution. A côté des lois de notre pays, on souligne aussi les multiples conventions internationales prônant la liberté syndicale, lesquelles conventions sont ratifiées par notre pays. De grâce, plus de peur, chers collègues. Syndiquez-vous !

2.           Certains enseignants estiment à tort qu’ils ont un salaire suffisant. Pour cela, ils mènent une vie "paisible" et ne prêtent aucune oreille attentive aux sirènes qui crient haro sur le mauvais traitement salarial des enseignants. Ce sont ceux-là qui ont parfois eu de la peine à sortir d’un long chômage et qui se croient soulagés après avoir eu un revenu. Il y en a même qui ont été sorties de leurs cuisines pour recevoir diplômes et concours, et qui se contentent du peu qu’ils reçoivent à la fin de chaque mois. Ils se contentent ainsi de rester tranquilles. Pas question, pensent-ils, de risquer son matricule en menant la moindre activité "compromettante". Ce qu’il faut dire, c’est que, ce sont ceux-là aussi qui, pour joindre les deux bouts, sont souvent obligés de transformer leurs véhicules (voitures ou motos) en taxis, même quand ils effectuent un déplacement personnel obligatoire ; ou qui se transforment en barman chaque soir au  retour du boulot. Ils mènent alors de nombreuses activités parallèles pour arrondir leurs fins de mois. Pas question d’attirer sur eux la moindre attention de l’administration pour quelque raison que ce soit. Si vous êtes de l’une ou de l’autre de ces catégories, sachez que vous n’avez aucune raison de renoncer à vos droits et de ne pas être solidaires de vos autres collègues qui luttent pour nous tous. Syndiquez-vous !

3.           D’autres croient qu’il est impossible pour le gouvernement d’ajouter le moindre franc aux salaires actuels. Et pourtant, c’est sous leurs yeux qu’il y a eu une revalorisation des salaires de près de 15% en février 2008 en plein exercice budgétaire. C’est toujours en plein exercice que fut décidé l’octroi des primes de documentation et les 5% d’augmentation de salaire de juillet 2014. Ils savent que l’unité de détournement de fonds publics chez nous est le milliard et que les primes de rendement au Ministère des Marchés Publics s’expriment en termes de centaines de milliers de francs par trimestre, etc. Comme quoi, le problème de ressources ne se pose pas chez nous. C’est celui de leur répartition. Le Cameroun, pays le plus riche de l’Afrique Centrale, ne serait pas parmi  les derniers de la sous-région en matière de rémunération des enseignants si cette répartition était bonne. Les enseignants ne demandent que de quoi mener une vie décente et non de quoi la rendre opulente. Pour cela, chers collègues syndiquez-vous !

4.           Les plus calculateurs adoptent la stratégie de Free Rider ou du ticket gratuit en laissant les leaders syndicaux se battre puisque, pensent-ils, les retombés reviendront ou profiteront à tout le monde. Ils minimisent ainsi leurs risques pour conserver les acquis et espèrent profiter d’éventuels succès du sacrifice des autres. C’est lâche et malhonnête. Engagez-vous aussi, chers collègues !

5.           Beaucoup estiment qu’il ne faut pas risquer en militant, par peur de se faire affecter, de perdre son poste ou d’être révoqué. Un peu comme si les syndicats étaient des groupes de rebelles dont les objectifs sont opposés à ceux du gouvernement. Confortés en cela par les sautes d’humeur des fascistes néocoloniaux tapis dans l’ombre dans nos administrations  qui confondent la syndicalisation du personnel de l’Etat à celle des employés de la plantation de leur papa. Ils prolongent par ces fanfaronnades, les réflexes coloniaux qui consistaient à museler les colonisés dont les volontés d’émancipation salariale contredisaient celles de l’exploitation capitaliste. Chers collègues, ne vous y laisser pas tromper. L’égoïsme ne doit plus être de mise. Syndiquez-vous, c’est la voie, la seule, de faire entendre votre voix !

6.           Certains pensent à tort, qu’il ne revient pas aux syndicats de revendiquer une éducation de qualité ; mais qu’il s’agit du devoir régalien de l’Etat qui est le maître absolu en matière de politique éducative. Ils ignorent le rôle clé de l’enseignant dans l’orientation de l’éducation au Cameroun et partout dans le monde. Qui, mieux que l’enseignant, devrait dire comment et ce qu’il faut enseigner à notre jeunesse ? Enseigner et aller s’asseoir pour attendre que les réformes de l’éducation tombent du ciel renvoie simplement au mercenariat. Chers collègues, évitons le ponce-pilatisme professionnel. Syndiquons-nous !

7.           D’autres espèrent régler leurs problèmes en occupant des postes de responsabilité où ils pourront, en toute impunité, se servir de deniers publics. Ces postes étant limités, il est hors de question de croire qu’on peut apporter les solutions à tous nos problèmes en étant Directeurs d’école ou de CES/CETIC, ou Proviseurs/Délégués. Inutile de parler des services centraux qui ressemblent à une chasse gardée. En gros, il n’y a que 23 000 postes à la base et au secondaire en dehors de la craie. Eloignons donc toute idée des postes comme panacée à nos problèmes et syndiquons-nous !

8.           Enfin, depuis que nous écrivons aux plus hautes autorités de notre pays pour demander l’amélioration substantielle de nos revenus d’une part et d’autre part pour requérir d’elles une sollicitude patriotique, engagée et soutenue vis-à-vis  de l’école au Cameroun, nous n’avons jusque là reçu de celles-ci pour réponse que silence, donc mépris. En conséquence, nous pensons que seule une syndicalisation totale, du moins maximale des enseignants peut faire entendre les voix patriotiques de ceux-ci, nos voix en somme, aux dites autorités. Afin qu’elles se soucient concrètement de l’école camerounaise et de ceux qui y exercent pour bâtir, construire, modeler chaque jour la jeunesse et les citoyens de demain pour un lendemain meilleur.

Chers collègues, à demain pour votre syndicalisation sans leurre ni peur, pour un lendemain meilleur comme ailleurs.