Ecole de qualité et enseignants épanouis sont inséparables
L’école de qualité passe avant tout par la mise en place d’un corps enseignant bien payé et épanouis.
Tout observateur averti qui s’intéresse aux conditions de travail et de vie des enseignants camerounais aujourd’hui, serait inéluctablement amené à crier haro sur les employeurs dont l’Etat en tête, pour le mépris que ceux-ci ont vis-à-vis de ceux qui façonnent, fabriquent même la jeunesse et les citoyens intègres et serviables. Et pour cause ! Pour joindre leur lieu de service, ils n’assurent leur transport qu’avec amertume. Ils n’ont droit qu’à des salaires de misère. Ils ne retardent pas la mort quand ils sont malades, faute d’argent pour se soigner. Pourtant ils sont des fonctionnaires ou tout simplement des travailleurs qui, à ce titre, devraient être capables de satisfaire au moins le besoin, l’un des vices que le travail éloigne de nous.
En effet, s’il y a un corps de métier qui peut réclamer le monopole du permis de la marche à pied pour son lieu de service, c’est bien celui des enseignants. Quand leurs lieux de service sont éloignés, ils le font à motos et bientôt probablement à vélos. Même des Proviseurs, Sous-directeurs de l’administration centrale vont à moto, surtout en zones rurales. Certains ont garé les véhicules achetés avant 1993, d’autres qui gardent les leurs ne s’en servent qu’une fois par semaine à l’occasion des déplacements urgents vers les villages. Pourquoi ces cadres de la fonction publique ne connaissent pas les véhicules CA (Corps Administratif) ? Peut-être à cause du mépris de cette catégorie de travailleurs par les pouvoirs publics. Pour preuve, tenez : dans chacun de nos départements, une institution publique comme ELECAM qui n’a pas cinq ans d’âge, dispose d’au moins un véhicule Pick up CA pour les courses de cette structure. Alors que, les quatre délégations départementales réunies (MINESEC, MINEBASE, MINESUP, MINJEUN) qui ont en charge l’instruction publique, n’en ont pas un seul ! Ce ne sont pas non plus les motos CA dont dispose pourtant chaque cadre du MINADER, qui permettent aux Instituteurs d’arpenter les pistes rurales pour aller assumer leur devoir d’encadreurs de la jeunesse. Ce sont leurs propres motos entretenues par leurs propres moyens au demeurant modiques qu’ils utilisent. Pourquoi les enseignants n’ont-ils pas droit à la même sollicitude de la part de l’Etat que leurs compatriotes de l’Agriculture ou même de la Sécurité publique ? Les enseignants sont des travailleurs abandonnés. Ils sont également abandonnés à la maladie parce que paupérisés.
A propos de maladie, les enseignants ne se soignent pas véritablement quand ils tombent malade. Ils jonglent avec la maladie en attendant la mort qui leur fait toujours payer cher leur pauvreté. S’ils avaient des salaires dignes et à la mesure de leur utilité dans la société, ils pourraient s’offrir comme d’autres travailleurs et personnels de l’Etat, des soins de santé solidifiant et vivifiant.
La majorité des enseignants ne joint les deux bouts qu’à la faveur d’un enfoncement dans l’endettement. La baisse drastique des salaires survenue en novembre 1993, assortie de la dévaluation du F CFA de janvier 1994 leur a laissé à peine de quoi survivre. Les enseignants en service dans leurs ministères et exerçant sur le terrain sont comparables en matière de salaires aux catéchistes d’autres fois. On n’est donc pas surpris que trois jours après leur passage à la banque, qu’ils aient les poches déjà délestées par les problèmes qui les accablent. Et les revoilà dans le cycle de l’endettement. Ils ne connaissent pas le petit déjeuner, et quand ils déjeunent, ils disputent les beignets et le haricot avec leurs élèves dans les tournedos spécialisés dans leurs écoles. Ils mangent donc mal et sont par conséquent exposés à l’avitaminose et à une mort proche. Les enseignants sont comparables à des matelots qui, bien que capables de défier victorieusement vents et vagues maritimes, laisseraient chavirer leur bateau parce que préoccupés par des problèmes de bas échelle. L’enseignant vit stressé, il vit angoissé par ses difficultés financières quotidiennes. Il ne comprend pas que salarié, il ne puisse pas s’offrir des repas de qualité. Même sa tenue vestimentaire n’est pas digne, elle laisse à méditer parce qu’il se ravitaille à la friperie où il trouve des chaussures et des vêtements de seconde ou troisième main. A force de porter la même chaussure, elle s’use au point à pouvoir servir de support didactique au cours de Mathématiques ou de Physique sur le plan incliné. Comment peut-on vouloir que des affamés n’oublient pas la science dont ils sont censés être les dépositaires? La science évolue rapidement. Pour être à la ligne, il faut des recherches incessantes. Les ouvrages ne se distribuent pas, ils s’achètent et chers. La condition financière des enseignants doit être l’une des préoccupations urgentes des pouvoirs publics. Une école de qualité passe par la dignité et la respectabilité de l’enseignant. La valeur, la crédibilité du message scientifique qu’ils délivrent dans les salles de classes passe aussi par leur aspect physique. Les élèves qu’ils forment les regardent comme des modèles, ils observent leurs moindres faits et gestes, discutent d’eux, de leur savoir, de leur habillement, de leurs maisons, de leurs enfants. Le Cameroun, ce beau et riche pays n’a pas besoin de fonctionnaires poussiéreux que sont actuellement les enseignants.
