La France face à ses démons coloniaux : l’heure des comptes a-t-elle sonné ?
L’histoire frappe toujours à la porte des puissants. Et lorsque cette porte reste fermée trop longtemps, elle finit par céder sous la pression des peuples. Aujourd’hui, la France se trouve confrontée à ses propres démons : ceux de la colonisation, de la répression, des massacres, des guerres menées pour maintenir un empire à bout de souffle. La relation tendue entre Paris et Alger n’est pas une simple querelle diplomatique. Elle est le symptôme d’un conflit mémoriel profond. L’Algérie exige que la France reconnaisse clairement les crimes commis durant la guerre de libération (1954-1962) : tortures systématiques, enfumades, exécutions sommaires, déplacements forcés. Ce n’est pas une demande symbolique. C’est une exigence de justice historique.
Le passé colonial : une dette politique et morale
Pendant cent trente-deux ans, l’Algérie a été soumise à un système colonial fondé sur la dépossession des terres, la hiérarchisation raciale et la violence structurelle. La guerre d’indépendance n’a pas été un « conflit » ordinaire : elle fut une guerre coloniale, où l’appareil d’État français mobilisa tous les instruments de domination pour écraser un peuple en lutte. Reconnaître ces crimes ne signifie pas s’auto-flageller. Cela signifie rompre avec l’amnésie organisée. Mais l’Algérie n’est pas un cas isolé.
Le précédent camerounais : une brèche dans le mur du silence
Au Cameroun, la guerre menée contre les nationalistes de l’UPC dans les années 1950-1960 a longtemps été occultée. Villages incendiés, exécutions, bombardements, internements : une guerre coloniale dissimulée sous le vernis de la « pacification ». Sous la pression des historiens et des militants, la France a fini par créer une commission d’historiens chargée d’examiner ses responsabilités. Certes, le rapport rendu a été critiqué, jugé partiel, parfois timoré. Mais une brèche s’est ouverte : la reconnaissance partielle des crimes constitue déjà un précédent politique. Or, dans l’histoire, les précédents deviennent des leviers.
L’Algérie presse, l’Afrique observe
L’Algérie demande davantage qu’une reconnaissance partielle. Elle réclame une reconnaissance officielle des crimes coloniaux et, pour certains, la question des réparations est désormais posée. Derrière Alger, d’autres nations observent attentivement : Madagascar, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Tchad, Haïti… Partout où la domination coloniale s’est accompagnée de violences, la mémoire travaille. La France découvre progressivement qu’on ne peut indéfiniment célébrer les « valeurs universelles » tout en esquivant les pages sombres de son histoire impériale.
Le retour du refoulé colonial
Les nations dominées finissent par se dresser contre l’oppression impériale. L’histoire contemporaine le confirme : la question coloniale n’est pas close. Elle ressurgit sous la forme de revendications mémorielles, de demandes de justice, de redéfinition des relations économiques et politiques. Ce qui se joue entre Paris et Alger dépasse le cadre bilatéral. C’est le procès du système colonial lui-même. La France est confrontée à un choix historique : Continuer à minimiser, à fragmenter, à temporiser ; Ou assumer pleinement la vérité historique, reconnaître les crimes, ouvrir les archives, engager un travail sincère de réparation morale et politique.
Car les peuples n’oublient pas. Et l’histoire, tôt ou tard, exige des comptes.
L’Algérie n’est qu’un cas. Demain, c’est l’ensemble du passé colonial qui se dressera devant l’ancienne puissance impériale. Et plus l’attente sera longue, plus la pression sera forte. Le temps de l’amnésie touche à sa fin. La visite officielle du ministre de l' intérieur français Laurent Munez en Algérie peut réchauffer les relations franco-algérienne pour un temps, mais pas indéfiniment, tant que ce passé colonial n' est pas épuré. En esquivant cette page de son Histoire, le France tente de fuir son ombre.





Commentaires (0)
Laisser un commentaire