Nigeria : coopération militaire ou nouvelle étape d’ingérence stratégique ?
Le gouvernement du Nigeria a annoncé l’arrivée d’une centaine de militaires américains à l’aérodrome de Bauchi, dans le nord-est du pays. Selon les autorités, ces soldats ne sont pas des troupes de combat mais des « spécialistes techniques » chargés de formation et d’appui consultatif dans la lutte contre les groupes djihadistes. Cette coopération intervient dans un contexte sécuritaire extrêmement tendu : recrudescence des attaques dans le Nord-Est, enlèvements de masse dans le Nord-Ouest, violences intercommunautaires dans le Centre-Nord et tensions séparatistes dans le Sud-Est. Mais derrière l’argument de la formation, une question stratégique majeure se pose : que signifie réellement le retour visible de l’armée américaine sur le sol nigérian ?
Une insurrection qui dure depuis plus de seize ans
Depuis 2009, le Nigeria affronte l’insurrection de Boko Haram, puis sa fragmentation et l’émergence de l’État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP). Malgré des offensives répétées, le conflit s’est prolongé, muté et complexifié. Les États-Unis ont déjà été impliqués indirectement, notamment par des frappes aériennes ciblées, comme celles menées dans l’État de Sokoto. Washington justifie son engagement par la lutte contre le terrorisme international et la stabilisation régionale. Le président américain Donald Trump a récemment affirmé que les chrétiens du Nigeria seraient victimes d’un « génocide », une affirmation rejetée par Abuja et par de nombreux experts, qui rappellent que les violences frappent indistinctement chrétiens et musulmans.
Formation ou ancrage stratégique ?
Officiellement, il ne s’agit pas d’une force de combat. Les autorités nigérianes insistent : les opérations se feront « sous l’autorité et le contrôle du gouvernement nigérian ». Cependant, l’histoire contemporaine montre que les missions de formation peuvent constituer la première étape d’un ancrage militaire durable. L’Afrique de l’Ouest est devenue un espace de recomposition géopolitique : retrait ou affaiblissement de la présence française dans le Sahel, montée de l’influence russe dans certains pays, compétition stratégique croissante entre grandes puissances. Dans ce contexte, le Nigeria ( première économie et pays le plus peuplé d’Afrique ) représente un pivot stratégique majeur.
Entre souveraineté et dépendance sécuritaire
La question centrale n’est pas seulement militaire, elle est politique. Le Nigeria renforce-t-il sa capacité autonome de défense ? Ou s’inscrit-il dans une logique de dépendance stratégique vis-à-vis de Washington ? L’expérience d’autres pays africains montre que l’assistance militaire peut améliorer certaines capacités techniques (renseignement, drones, formation spécialisée), mais qu’elle ne règle pas les causes profondes des conflits : pauvreté structurelle, marginalisation régionale, tensions foncières, gouvernance défaillante. La lutte contre les groupes armés ne peut être uniquement militaire.
Un tournant régional ?
L’arrivée annoncée de 200 soldats américains au total suggère que la coopération pourrait s’inscrire dans la durée. Pour Washington, cela signifie consolider une présence dans une région stratégique. Pour Abuja, cela représente un pari : celui de renforcer son armée sans perdre le contrôle politique de la situation. Le Nigeria est à un carrefour :consolider sa souveraineté sécuritaire ;
ou entrer dans une nouvelle phase d’internationalisation du conflit. L’Afrique observe. Car ce qui se joue à Bauchi dépasse largement le cadre d’une simple mission de formation. La présence des États-Unis d'Amérique au Nigéria vise un dessein plus grand, un dessein qui pourrait être celui d'encerclement des États de l' AES.





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