Correction des exercices: "A la différence du penseur occidental qui peut s’enfermer dans ses idées…

Blog Single

Texte:

A la différence du penseur occidental qui peut s’enfermer dans ses idées, les consigner dans un ouvrage sans même que ses concitoyens en soient avertis, le penseur wolof vit sa pensée au milieu de la vie des autres. Ses propos remarquables sont d’emblée retenus, répétés, commentés et finissent par devenir un proverbe ou la matière d’un conte didactique. Ainsi, dans la conscience collective, dans les comportements socioculturels, dans les convictions morales, dans les institutions sociales et politiques, dans la logique du raisonnement des wolofs, se trouvent déposés des matériaux suffisants pour notre construction.

Assane Sylla, la philosophie morale des wolofs, contribution à la critique de la philosophie africaine, atelier Reproduction des Thèses, Université de Lille III, 1980.

I-           Travail préliminaire

1-      Eléments de l’introduction

a-      Recherche du thème

Le thème est l'idée générale du texte. C’est ce sur quoi le texte est centré. Pour le trouver, on pose la question : De quoi parle le texte ? Sur quoi est centré le texte ? Un texte peut parler de la philosophie, du sous-développement, de l'art, de la science, de l'ethnophilosophie. Chaque texte a son thème sur quoi la réflexion de l'auteur est centrée.

Thème de notre texte : La pensée occidentale et la pensée wolof

b-      Recherche du problème philosophique :

Le problème est la question centrale du texte. Le texte est le point de vue ou la réponse de l'auteur à un problème. Le problème est donc la manière dont le thème est orienté dans le texte. Il se donne de manière déclarative. Le problème peut par exemple être : La définition de la philosophie, le rôle du philosophe dans la société, le rapport entre la philosophie et la science...  Si je dis que Kamgang ne sait pas jouer au football, et que Mayanni dit qu’il est le meilleur joueur du monde, Mayanni et moi  réagissons à un problème posé. Et ce problème est la performance de Kamgang. En disant que Kamgang ne sait pas jouer au football, je donne mon point de vue (ma thèse) sur le problème de sa performance. Quand Mayanni dit qu'il est le meilleur joueur du monde, elle donne sa part de thèse sur le même problème.

Problème philosophique de notre texte : Le rapport entre la pensée occidentale et la pensée wolof

c-      La thèse de l’auteur :

La thèse est le point de vue de l'auteur sur le problème. C’est ce qu'il pense, c'est sa réponse. Elle peut être explicite (formulée clairement) ou implicite (ne pas être formulée clairement). Parfois une phrase dans le texte ou une partie de la phrase du texte est la thèse de l'auteur. Au cas où son point de vue est implicite, il revient à l'élève de le formuler, de manière à rester le plus proche possible de la pensée de l’auteur.

Thèse de notre texte : La pensée occidentale est dans les livres alors que la pensée wolof se vit au milieu de la vie des autres

2-      Recherche des éléments de l’examen analytique

a-      Le postulat

Beaucoup d'enseignants préfèrent ne pas parler du postulat. Très peu d’enseignants d’ailleurs parlent du postulat. Donc si l’enseignant ne parle pas du postulat, il n’y a pas de soucis. A la place du postulat, beaucoup d’enseignants mettent la thèse de l'auteur. Le postulat est en fait ce que l'auteur veut démontrer en écrivant son texte. Le postulat est l’idée première, l'idée qui n'a pas encore été vérifiée et que le texte vise à vérifier. Le postulat d'un texte par exemple peut être que le philosophe est utile à la société. Donc c'est l'idée que l'auteur veut démontrer, et son texte vise à confirmer. Le postulat est comme une idée à vérifier, le but que visait l’auteur en écrivant le texte.

Postulat de notre sujet. La pensée occidentale est différente de la pensée wolof

b-     Les arguments et leurs éléments.

Il s'agit ici des articulations du texte. L’élève doit faire un découpage du texte et trouver ses différentes parties. La plupart de temps, le texte a donc deux arguments. L'argument est ce sur quoi une personne s'appuie pour défendre son idée. Si je soutiens la thèse selon laquelle la philosophie est inutile a la société, je peux m'appuyer sur son caractère théorique. Ce caractère théorique est l'argument que j'utilise pour défendre mon point de vue. De même, quand l'auteur du texte donne sa thèse ou quand son postulat est connu, il utilise des arguments dans le texte pour défendre cette thèse. L’élève doit donc lire le texte et repérer ces arguments. Il peut faire un découpage linéaire en délimitant son texte (de telle ligne à telle ligne il développe telle idée. Cette idée est l'argument). Mais tous les textes n'offrent pas cette facilité. Dans certains textes, les idées s'entremêlent. Dans ce cas l'élève fait un découpage thématique en fonction du thème et de la thèse. Il recherche les idées secondaires du texte qui constituent ses arguments. Tout texte philosophique a des arguments, puisqu'on soutient une thèse. Après avoir trouvé les arguments, l’élève trouve les éléments sur lesquels l’auteur s’appuie pour justifier ses arguments.

Argument 1: La pensée occidentale est fermée

Élément : Elle est dans les ouvrages

Argument 2: La pensée wolof est différente de la pensée wolof

Élément : Elle s’infiltre dans la conscience collective, dans les comportements socioculturels, dans les convictions morales et les institutions.

c-      La conclusion de l’examen analytique

Il ne s'agit pas ici de la conclusion du devoir, mais de la conclusion de l’examen analytique. La conclusion est le fait de résumer la pensée de l'auteur en une phrase. Généralement, la dernière phrase du texte résume tout le texte. Mais si la dernière phrase ne résume pas le texte, l'élève doit résumer le texte en une phrase.

Conclusion de l’examen analytique de notre devoir : dans la logique du raisonnement des wolofs, se trouvent déposés des matériaux suffisants pour notre construction.

3-      Recherche des éléments de la réfutation

Ici, l'élève doit être capable de critiquer le texte de l'auteur, de trouver des limites à la pensée de l'auteur. Ce qu’on attend plus de l'élève c'est qu'il puisse critiquer la thèse de l'auteur. S’il ne peut pas critiquer la thèse de l’auteur, il critique n'importe quel argument du texte. S’il ne parvient toujours pas, il critique n'importe quelle partie ou phrase du texte. Il n'est pas question ici de critiquer les fautes dans le texte. La critique est sur le fond et non la forme. La critique doit suivre une méthode. Il doit y avoir une idée, et l'argument pour défendre cette idée. L'élève peut trouver des incohérences dans le texte. Il peut, ce qui est très recommandé, utiliser un autre philosophe qui pense différemment que l'auteur du texte pour critiquer le texte. Cette méthode montre au correcteur que l'élève a une grande culture philosophique. L'élève n'a pas besoin d'utiliser les citations pour soutenir sa critique, Mais s'il peut le faire, ce serait un plus. Si à l'examen analytique l'élève est esclave du texte (il ne sort pas du texte), à la réfutation et à la réinterprétation, il peut sortir du texte. Pour mieux contredire l'auteur, il faut chercher l'antithèse. A quelle thèse l’auteur s'oppose- t-il ? Quel point de vue contredit celui de l'auteur du texte ?

Idée de réfutation de notre texte : Le fait que le penseur occidental consigne ses idées dans un ouvrage n’enferme pas ces idées.

Argument : Ces idées sont lues, partagées, et finissent aussi par faire partie de la vie de ses citoyens. C’est le cas par exemple des idées du socialisme, pensées par Karl Marx et Lénine, qui ont fini par grandement influencer le peuple européen.

4-      La Réinterprétation du texte

Réinterpréter le texte c'est lui redonner sa valeur. A la réfutation, on a en quelque sorte déconstruit le texte. On a donné ses limites. A la réinterprétation, on doit montrer que malgré ces limites, le texte garde de l'intérêt. Il s'agit donc de trouver les intérêts du texte, ce qu'on peut gagner en lisant ce texte, ce que le texte peut nous apporter. L'intérêt peut être philosophique si le texte enseigne sur une notion philosophique, révèle des thèses contradictoires sur une thématique... L'intérêt peut être social si le texte peut contribuer à l'harmonie sociale, à l'entente entre les diverses composantes de la société... L'intérêt peut être culturel s’il permet de défendre la culture, de la repenser ou de mieux la comprendre et la véhiculer... L'intérêt peut être historique si le texte enseigne sur une partie de l'histoire. Bref, l'élève doit chercher ce qu'on peut gagner en lisant le texte.

Réinterprétation de notre texte : Le texte nous enseigne sur le système de transmission de connaissances en Afrique, à savoir les faire vivre dans la vie de ses concitoyens. Il nous enseigne sur le risque de transmission de l’école occidentale, et ce risque est de consigner les idées dans les ouvrages qui risquent ne pas être lus. Pour notre développement, l’auteur nous invite à adopter le système wolof pour notre construction. Ce système pourra corriger les lacunes liées au fait que les Africains ne lisent pas beaucoup.

5-      La problématique

La problématique est une partie de l’introduction. Il est mieux de le formuler à la fin du travail préliminaire pour qu’il puisse facilement intégrer tous les éléments du travail préliminaire. Comme en dissertation philosophique, la problématique fait office d’annonce du plan. Elle doit donc ressortir les différentes parties du devoir : Examen analytique, réfutation et réinterprétation. Pour la classe de terminale, la question de la réfutation est suffisante.

Problématique de notre devoir : Sur quoi se base Assane Sylla pour soutenir une telle thèse ? Cependant, le fait que le penseur occidental consigne ses idées dans un ouvrage enferme-t-il vraiment ces idées ? Que pouvons-nous en définitive retenir de ce texte d’Assane Sylla?

II-                Exemple de commentaire rédigé (modèle de 1ère A4)

Notre texte à commenter est tiré de l’œuvre La philosophie morale des wolofs. Contribution à la critique de la philosophie africaine. Son auteur est Assane Sylla. Le texte est centré sur la pensée occidentale et la pensée wolof, et soulève le problème du rapport entre ces deux pensées. Pour l’auteur, la pensée occidentale est dans les livres alors que la pensée wolof se vit au milieu de la vie des autres. Sur quoi se base Assane Sylla pour soutenir une telle thèse ? Cependant, le fait que le penseur occidental consigne ses idées dans un ouvrage enferme-t-il vraiment ces idées ? Que pouvons-nous en définitive retenir de ce texte d’Assane Sylla?

L'auteur part de l'idée selon laquelle la pensée occidentale est différente de la pensée wolof. Dans une première partie, il montre que la pensée occidentale est fermée, car elle est dans les ouvrages. Dans une deuxième partie, il montre la pensée wolof est vivante parce qu’elle s’infiltre dans la conscience collective, dans les comportements socioculturels, dans les convictions morales et les institutions. Bref, dans la logique du raisonnement des wolofs, se trouvent déposés des matériaux suffisants pour notre construction.

Nous venons de voir que la pensée occidentale est fermée parce qu’elle est consignée dans les ouvrages. Mais le fait de la mettre dans les ouvrages l’enferme-t-elle vraiment ?

Assane Sylla semble oublier le fait que quand le penseur occidental consigne ses idées dans les ouvrages, ces idées ne s’enferment pas car elles sont lues, partagées, et finissent aussi par faire partir de la vie de ses citoyens. C’est le cas par exemple des idées socialistes développées par Karl Marx et Lénine et consignées dans les ouvrages. Ces idées ont fini par influencer grandement le peuple européen. En plus, les écrits traversent facilement le temps sans s’altérer.

Le texte admet donc des lacunes. Mais faut-il s’appuyer sur ces lacunes pour le rejeter?

Malgré les réserves, le texte nous enseigne sur le système de transmission de connaissances en Afrique, à savoir les faire vivre dans la vie de ses concitoyens. Il nous enseigne sur le risque de transmission de l’école occidentale, et ce risque est de consigner les idées dans les ouvrages qui risquent ne pas être lus. Pour notre développement, l’auteur nous invite à adopter le système wolof pour notre construction. Ce système pourra corriger les lacunes liées au fait que les Africains ne lisent pas beaucoup.

Grosso modo, notre devoir portait sur le rapport entre la pensée occidentale et la pensée wolof. Nous avons vu avec Assana Sylla que la pensée wolof est vivante alors que la pensée occidentale est fermée. Mais nous avons aussi vu que le fait que la pensée occidentale soit consignée dans les ouvrages ne l’enferme pas, car elle agit aussi sur la conscience de ses concitoyens. Ce texte nous enseigne sur un pan de notre culture, à savoir la transmission de connaissances.