Ebola en RDC : entre urgence sanitaire et crise de confiance, l’Afrique face à elle-même

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Dans les couloirs improvisés des centres de traitement de l’est de la République démocratique du Congo, les combinaisons de protection croisent les regards épuisés des familles. L’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement le pays est ravivé par les lacunes politiques, sociales, économiques et humaines. L’Organisation mondiale de la santé a qualifié la situation d’« urgence de santé publique de portée internationale », tout en précisant que l’épidémie n’était pas encore une pandémie mondiale. Le risque est désormais considéré comme « très élevé » en RDC et « élevé » dans la région africaine. À ce jour, l’épidémie liée à la souche rare Bundibugyo aurait provoqué plus de 750 cas suspects et au moins 177 décès.

Mais derrière les chiffres se cache une autre réalité : celle d’un continent qui lutte avec des moyens insuffisants contre des maladies qui prospèrent sur la pauvreté, les conflits armés et l’abandon des systèmes de santé publics.

Une riposte scientifique mondiale est en cours

Face à cette flambée, des mesures de lutte sont déjà engagées. Les autorités sanitaires congolaises, avec l’appui de l’OMS et de plusieurs organisations internationales, renforcent le traçage des contacts, la vaccination en anneau, les quarantaines ciblées et la surveillance épidémiologique.

Dans les laboratoires de Université d'Oxford, des chercheurs travaillent dans l’urgence à la mise au point d’un vaccin expérimental contre cette souche rare d’Ebola, pour laquelle aucun vaccin éprouvé n’existe encore. Le vaccin développé utilise la technologie ChAdOx1, déjà employée lors de la pandémie de Covid-19.

Les scientifiques espèrent pouvoir lancer des essais cliniques d’ici deux à trois mois. Rien ne garantit encore son efficacité, et des essais sur les animaux comme sur les humains restent nécessaires. Mais la rapidité de la recherche montre que la communauté scientifique internationale a tiré certaines leçons des précédentes crises sanitaires. 

Autre élément majeur : Institut du sérum de l'Inde, le plus grand producteur mondial de vaccins, s’est déclaré prêt à produire massivement le vaccin dès que les chercheurs d’Oxford fourniront le matériel médical nécessaire. Cette perspective pourrait permettre d’éviter les retards catastrophiques observés dans l’accès aux vaccins pendant la pandémie de Covid-19.

L’Afrique doit construire sa propre souveraineté sanitaire

Pourtant, l’urgence ne doit pas masquer une question fondamentale : pourquoi l’Afrique continue-t-elle de dépendre presque entièrement des laboratoires étrangers lorsqu’une crise éclate sur son propre territoire ? L’épidémie actuelle rappelle la nécessité pour les États africains de bâtir de véritables systèmes publics de recherche médicale, de production pharmaceutique et de réponse sanitaire rapide. Cheikh Anta Diop recommandait aux Africains de constituer un corps de sciences où toutes les disciplines sont représentées pour développer la science sur le continent. Cette recommandation est plus urgente maintenant. Pour celà un remplacement des dirigeants africains est nécessaire, parce qu'un tel corps ne peut être financé que par des dirigeants nationalistes. Les premières ripostes aux maladies africaines ne peuvent pas toujours attendre les décisions de Londres, Genève, Washington ou New Delhi.

La RDC, comme de nombreux pays du continent, paie aujourd’hui des décennies de sous-investissement dans les infrastructures hospitalières, la recherche scientifique et la médecine de proximité. Or, aucune nation ne peut faire face durablement à des crises sanitaires sans souveraineté scientifique. Les gouvernements africains devront également comprendre qu’un peuple bien informé vaut parfois autant qu’un vaccin.

La crise de confiance, l’autre virus

Ebola ne combat pas seulement les corps : il frappe aussi la confiance collective. Dans plusieurs régions d’Afrique, les populations gardent en mémoire les traumatismes de la pandémie de Covid-19. Au Cameroun notamment, de nombreuses rumeurs et accusations avaient circulé autour de décès attribués au Covid. Des familles affirmaient avoir récupéré des corps présentant des parties manquantes, alimentant des soupçons de trafic d’organes. Des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux avaient profondément marqué l’opinion publique. 

Aucune crise sanitaire ne peut être gérée correctement lorsque la population pense que l’hôpital peut devenir un lieu de disparition plutôt qu’un lieu de soin. C’est dans ce climat de méfiance que naissent parfois les violences contre les centres de santé, les attaques contre les médecins ou les refus de prise en charge médicale. Lorsque l’information officielle apparaît opaque ou contradictoire, les rumeurs occupent le vide. Les autorités sanitaires ont donc une responsabilité immense : dire la vérité, rapidement, clairement et avec transparence. Même dans l’urgence, la confiance ne peut être imposée par la force. Elle se construit. L' incendie d'un hôpital au Congo par la population qui réclamait le corps d'un des leurs est la preuve de cette crise de confiance.

Une solidarité populaire plutôt qu’une gestion autoritaire

Les images venues de l’est congolais montrent déjà des soignants mobilisés, des campagnes de prévention relancées et des équipes médicales travaillant dans des conditions extrêmement difficiles. Beaucoup risquent leur vie pour empêcher une catastrophe plus grande. Mais la lutte contre Ebola ne peut pas reposer uniquement sur des mesures sécuritaires ou des injonctions internationales. Elle doit s’appuyer sur les communautés locales, les associations, les chefs religieux, les enseignants, les radios communautaires et les travailleurs de terrain capables de parler aux populations dans un langage de confiance.

L’Afrique a souvent été décrite comme le continent des épidémies. Elle pourrait devenir celui des solidarités sanitaires populaires si ses dirigeants décident enfin d’investir autant dans les hôpitaux que dans les appareils sécuritaires, autant dans la recherche que dans les sommets diplomatiques. L’épidémie actuelle en RDC est un avertissement. Non seulement contre Ebola, mais contre la fragilité des systèmes publics et l’abandon des peuples lorsqu’arrivent les crises.

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