AES : Soutenir sans aveuglement, critiquer sans trahir
Le combat dépasse les frontières
L’Alliance des États du Sahel (le Niger, le Mali et le Burkina Faso) représente aujourd’hui, pour des millions d’Africains et pour le tiers-monde, une tentative historique de rupture avec l’ordre néocolonial.
Nous le disons sans ambiguïté : nous soutenons fondamentalement l’AES.
Nous soutenons leur refus de la tutelle. Nous soutenons leur volonté de souveraineté. Nous soutenons leur aspiration à briser la logique de dépendance monétaire, militaire et économique imposée depuis plus d’un siècle. Mais soutenir n’est pas idolâtrer. Soutenir, c’est aussi exiger la profondeur stratégique. Soutenir, c’est rappeler que la révolution n’est pas un cri, mais une construction.
La leçon russe : préparer avant d’affronter
Lorsque la Russie a annexé la Crimée en 2014, elle n’était pas prête à supporter une rupture totale avec l’Occident. En 2022, avant l’offensive du 24 février, Moscou avait préparé une stratégie énergétique tournée vers la Chine, des mécanismes de contournement financier en cas de gels, une capacité de résilience monétaire autour du rouble. Ce n’est pas l’émotion qui déclenche une épreuve de force. C’est la préparation. Frantz Fanon précisait que dès qu'on décide de démanteler un système, aussi primitif soit-il, on s'apprête du même coup à supporter tout pour aller jusqu'au bout, et même les options militaires. Donc les États de l' AES doivent se préparer à la guerre qui s'annonce. Wole Soyinka avait dit que le tigre ne crie pas sa tigritude. Accuser le France de vouloir accuser les pays de l' AES c'est en quelque sorte pleurnicher. Tous ceux qui lisent l' actualité savent que la France a pour objectif de renverser les régimes de l' AES et reprendre le contrôle des pays de l' Alliance. Toit doit maintenant se jouer sur la préparation de l' AES à ce conflit. Le temps mis pour accuser les France devra être mis à la préparation.
La guerre armée sera la dernière option. La guerre a déjà débuté
La France n’a pas besoin de bombarder les États de l' AES au début du conflit. La puissance néocoloniale moderne n’agit pas d’abord par les chars. Elle agit par les interrupteurs invisibles : la monnaie (Franc CFA), es réserves logées à l’extérieur, le système de transferts internationaux, les réseaux diplomatiques et militaires, les sanctions économiques. La France n’a pas nécessairement besoin d’une guerre classique contre le Niger. Elle ne pourra s'y résoudre que si toutes les autres options échouent. Elle va attendre, atendre la fatigue, attendre l’erreur, attendre la division interne. Elle peut utiliser ses relais régionaux en Côte d’Ivoire, au Togo, au Bénin ou au Tchad pour contenir, isoler, asphyxier. L’impérialisme moderne préfère l’étouffement progressif à l’affrontement frontal.
Révolution ou opportunisme ?
Il parler de révolution, elle doit être préparée idéologiquement, enracinée dans le peuple, porteuse d’un projet historique. Le danger pour toute révolution est de croire que prendre le pouvoir équivaut à détenir le pouvoir. Le vrai pouvoir c’est la machine productive, la maîtrise monétaire, la souveraineté technologique, l formation idéologique du peuple. Sans cela, on occupe le palais… mais on ne contrôle pas l’État.
Soutenir l’AES, c’est exiger la transformation des mentalités
Une révolution ne devient irréversible que lorsqu’elle transforme les mentalités, les structures économiques, les circuits financiers, les élites administratives, la culture politique. L’AES ne peut pas se contenter de dénoncer. Elle doit éduquer, former le peuple à comprendre le fonctionnement du système financier international, le rôle du Franc CFA, les mécanismes de déstabilisation, la guerre économique moderne. Car sans peuple conscient, il n’y a pas de révolution durable.
La critique n’annule pas le soutien
Que personne ne se trompe. Critiquer stratégiquement n’est pas trahir. Nous sommes du côté de la souveraineté. Mais nous refusons l’aveuglement. Un chef d’État révolutionnaire ne se plaint pas. Il anticipe, il organise, il consolide. La France ne lâchera jamais volontairement un système qui lui a profité pendant un siècle. Elle attend le moment favorable. La question n’est pas : “Va-t-elle frapper ?” La question est : “Serons-nous prêts quand elle frappera ?”
Un combat continental, pas sahélien
Le combat de l’AES dépasse le Sahel. Il concerne toute l’Afrique. Il concerne le tiers-monde. Ces États doivent intégrer tous les panafricanistes compétents, mobiliser les intellectuels stratèges, ouvrir les portes aux techniciens de la souveraineté, transformer le pouvoir d’achat en investissement productif, créer des alternatives monétaires crédibles, préparer la population à une épreuve de force prolongée. La révolution ne peut pas être portée par quelques hommes en uniforme. Elle doit devenir un mouvement structuré, discipliné, organisé. Il faut éviter le cas de Nasser qui n' avait pas mis sur pied un mouvement capable de capitaliser ses idées après sa mort.
Rendre la prise de pouvoir irréversible
Une révolution irréversible repose sur trois piliers : Souveraineté économique, indépendance monétaire et financière, conscience populaire élevée. Sans ces trois éléments, toute rupture reste fragile.
Avec ces éléments réunies, , même une grande puissance hésite.
Préparer l’Histoire. Nous soutenons l’AES. Mais nous exigeons la maturité stratégique. La France ne renoncera pas par bonté d’âme. Elle n’a jamais lâché volontairement un espace d’influence. L’histoire n’est pas un slogan.
Elle est un rapport de forces.
Si l’AES veut devenir un tournant irréversible pour le tiers-monde, elle doit passer : du discours à la planification, de la dénonciation à l’organisation, de l’émotion à la stratégie, de l’événement à la transformation historique. Car la véritable révolution n’est pas celle qui prend le pouvoir. C’est celle qui le transforme.




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