Italie–Afrique : derrière les sommets diplomatiques, la bataille pour les ressources du continent

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Deux ans après le sommet Italie–Afrique organisé à Rome en 2024, la cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, se rend à Addis-Abeba pour participer à la 39e session de l’Union africaine. Officiellement, il s’agit de renforcer la coopération, d’approfondir les investissements et de mettre en œuvre le « plan Mattei ». Officieusement, il s’agit d’une chose bien plus fondamentale : sécuriser les intérêts stratégiques de l’Italie en Afrique. Car dans le monde capitaliste contemporain, les sommets ne sont jamais neutres. Ils sont des instruments de positionnement dans le grand échiquier impérial.

Le « plan Mattei » : coopération ou redéploiement stratégique ?

Le discours officiel parle d’« égalité », de « partenariat gagnant-gagnant », de « traitement des causes profondes de l’immigration ». Mais que signifie réellement « traiter à la racine » les flux migratoires ? Cela signifie garantir l’accès aux ressources énergétiques africaines. Cela signifie sécuriser les approvisionnements en gaz, en pétrole, en minerais stratégiques. Cela signifie stabiliser politiquement des zones d’intérêt afin de contrôler les routes commerciales. L’Italie, comme d’autres puissances européennes, cherche à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis d’autres blocs. L’Afrique devient alors un pivot géopolitique. Le langage de la coopération masque une réalité brutale : la concurrence pour les matières premières. Il ne s’agit pas d’amitié. Il s’agit de rapports de force.

Aucun sommet n’est innocent

Les sommets Italie–Afrique, Chine–Afrique, Russie–Afrique, Union européenne–Afrique... tous se succèdent avec la même rhétorique : partenariat, développement, respect mutuel. Pourtant la Chine sécurise des concessions minières, la Russie renforce son influence sécuritaire, l’Union européenne verrouille les politiques migratoires, les États-Unis consolident leur présence militaire, l’Italie cherche sa place dans cette compétition. Dans le système mondial, chaque puissance agit selon ses intérêts nationaux et économiques. Les grandes puissances exportent leurs capitaux pour capter des ressources et élargir leurs zones d’influence. L’Afrique n’est pas courtisée par amour. Elle est courtisée parce qu’elle détient les minerais stratégiques de la transition énergétique, les terres agricoles, les réserves de gaz et de pétrole, une démographie dynamique.

La vraie question : que valent les Africains dans ce jeu ?

Le drame n’est pas que les puissances étrangères défendent leurs intérêts. C’est leur nature. Le drame serait que les élites africaines ignorent la valeur stratégique du continent. L’Afrique est aujourd’hui l’un des espaces les plus convoités du monde. Elle possède un levier gigantesque : ses ressources naturelles, sa position géographique, son poids démographique futur. Mais ce levier n’a de valeur que si les dirigeants négocient en bloc, les peuples sont politiquement formés, les contrats sont maîtrisés, les ressources sont transformées localement. Sans conscience politique, le continent restera un terrain de chasse. Avec conscience stratégique, il deviendra un centre de gravité mondial.

Il n’ y a pas d’amitié entre États, seulement des intérêts

Les États n’ont pas d’amis. Ils ont des intérêts. Cette vérité est brutale mais nécessaire. Lorsque l’Italie parle de partenariat égal, elle parle depuis une position de puissance industrielle cherchant des ressources. Lorsque la Chine parle de coopération Sud-Sud, elle parle en puissance manufacturière cherchant des débouchés et des matières premières. Lorsque la Russie parle de solidarité anti-impérialiste, elle consolide ses zones d’influence. Le problème n’est pas qu’ils viennent. Le problème est : comment l’Afrique les accueille-t-elle ?

La clé : conscience et unité

Si les États africains négocient séparément, ils sont faibles. S’ils négocient collectivement, ils deviennent un bloc incontournable. La 39e session de l’Union africaine à Addis-Abeba pourrait être autre chose qu’une tribune diplomatique. Elle pourrait être le lieu où l’Afrique affirme la transformation locale obligatoire des ressources, la renégociation des contrats inéquitables, l’industrialisation continentale, la maîtrise des flux migratoires par le développement interne. Le continent ne manque pas de partenaires. Il manque d'une stratégie unifiée de puissance. Il faut urgemment un autre leadership formé politique capable de défendre les intérêts du continent.

L' heure de la maturité historique

Le monde est entré dans une nouvelle phase de compétition géopolitique. L’Afrique est au centre du jeu. Toutes les puissances s’y pressent, non par générosité, mais par nécessité stratégique. La question n’est donc pas : « Qui est notre ami ? » La question est :
« Savons-nous combien nous valons ? » Tant que les Africains ne prendront pas pleinement conscience de leur poids historique et économique, les sommets resteront des vitrines diplomatiques masquant une lutte silencieuse pour le contrôle des richesses. Mais le jour où le continent parlera d’une seule voix, alors ce ne sera plus l’Afrique qui sera courtisée : ce sera elle qui fixera les conditions. Et pour celà il faut urgemment formé un autre type d'homme capable de comprendre tous les enjeux et pouvoir négocier dans le concert des nations. Et ce rôle de formation est révolu surtout aux partis politiques progressistes comme la LIMARA au Cameroun.

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