Chair à canon hier, chair à canon aujourd’hui : l’urgence d’une organisation africaine autonome
La publication par le collectif d’investigation All Eyes On Wagner, dans son enquête Le Business du désespoir, d’une liste de combattants africains recrutés pour la guerre en Ukraine révèle une réalité brutale : des jeunes Africains meurent loin de chez eux, dans un conflit qui n’est pas le leur. Au-delà de la bataille médiatique entre puissances occidentales et russes, un fait demeure. Depuis des siècles, les Africains sont enrôlés, déplacés, utilisés, sacrifiés dans des affrontements dictés par des intérêts extérieurs.
Une constante historique
Durant les deux guerres mondiales, des centaines de milliers d’Africains furent envoyés sur les fronts européens. Tirailleurs sénégalais, travailleurs coloniaux : ils ont versé leur sang pour des empires qui leur refusaient la liberté et l’égalité. Ils furent la plupart de temps envoyés en première ligne, exposés aux combats les plus meurtriers. Après la victoire, beaucoup furent oubliés, marginalisés, parfois même massacrés lorsqu’ils réclamaient leurs droits. L’histoire coloniale ne fut pas seulement celle de l’exploitation économique. Elle fut aussi celle de l’exploitation militaire.
De nouveaux fronts, les mêmes logiques
Aujourd’hui, le décor change, mais la logique persiste. Des Africains sont recrutés pour des opérations militaires liées aux intérêts des États-Unis, de puissances européennes ou désormais de la Russie. La guerre en Ukraine révèle l’existence de réseaux qui ciblent des jeunes Africains souvent précarisés, leur promettant salaire, régularisation ou avenir meilleur. Le moteur de ce phénomène n’est pas idéologique. Il est social et économique : pauvreté, chômage massif, absence de perspectives. Quand une jeunesse ne trouve pas de dignité sur sa propre terre, elle devient vulnérable aux stratégies militaires des autres.
Le vrai problème : l’absence d’autonomie stratégique
La question fondamentale n’est pas de savoir si telle puissance est plus coupable qu’une autre. Le problème est plus profond : l’Afrique reste un espace où les intérêts étrangers peuvent recruter, extraire, instrumentaliser. Tant que les États africains resteront fragmentés, dépendants économiquement et faiblement industrialisés, ils produiront une jeunesse disponible pour les guerres des autres.
L’histoire nous enseigne une vérité simple : aucune puissance ne respecte un peuple qui ne s’organise pas pour défendre ses propres intérêts.
S’organiser ou subir
L’heure n’est ni à la résignation ni à l’attente d’un sauveur providentiel. Les peuples qui ont conquis leur souveraineté réelle l’ont fait par l’organisation, la discipline, l’investissement collectif et la construction d’institutions solides. Il ne suffit pas de dénoncer l’impérialisme occidental ou russe. Il faut bâtir une alternative africaine : une coopération militaire africaine autonome,
une politique industrielle créatrice d’emplois, des mécanismes panafricains de protection sociale, un investissement massif dans l’éducation stratégique. Sans cela, le continent continuera d’exporter sa jeunesse vers des champs de bataille étrangers.
Une avant-garde panafricaine
Des organisations panafricaines d’avant-garde, comme la Ligue Associative Africaine, affirment qu’il est temps de structurer une conscience politique nouvelle, capable de transformer l’indignation en organisation concrète. Le choix est collectif : renforcer les structures autonomes africaines, investir dans des projets continentaux
ou continuer à dépendre des agendas militaires et économiques des grandes puissances. L’histoire est sévère avec les peuples qui ne prennent pas en main leur destin. Mais elle offre aussi des exemples lumineux de renaissance lorsque la conscience collective s’éveille. L’Afrique ne doit plus être un réservoir d’hommes pour les guerres des autres. Elle doit devenir un espace de puissance organisée au service de ses propres peuples.





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