Jean-Claude Tchouankap : le savoir au service du peuple
Il existe dans toute société des individus qui brillent par leurs rangs sociaux, leurs diplômes, leurs richesses, leurs forces matérielles ou leurs réseaux d’influence. Ceux-là occupent l’espace, s’imposent par le pouvoir qu’ils détiennent et par ce que le système leur a accordé. Mais il existe une autre catégorie, plus rare, plus discrète et pourtant plus décisive dans l’histoire des peuples : ceux qui brillent par leurs connaissances, par la rigueur de leur pensée et par leur capacité à mettre le savoir au service des masses. Jean-Claude Tchouankap appartenait sans conteste à cette seconde catégorie.
Sa principale force ne résidait ni dans l’argent, ni dans le statut, ni dans la proximité avec les cercles du pouvoir. Sa force était celle de l’intellectuel de gauche, conscient de sa mission historique : servir la société, éclairer les consciences, armer les peuples par les idées.
Un intellectuel organique au service des luttes populaires
Jean-Claude Tchouankap donnait son savoir gratuitement. Il se mettait à la disposition de toutes les sollicitations émanant des mouvements progressistes et des organisations de gauche dont il faisait partie, sans calcul, sans attente de récompense matérielle.
À Dschang, alors que l’AUDA (Association pour l' Unité et le Développement de l' Afrique), jeune association panafricaine portée majoritairement par des étudiants, en était à ses débuts, il a répondu présent. Il aidait à organiser et à animer des conférences, contribuant à transformer la ville en un espace de débats, de formation politique et d’éveil panafricain. Là où d’autres intellectuels regardaient de haut ou exigeaient des contreparties, lui venait avec humilité et engagement. Il s’est particulièrement illustré lors de la crise ivoirienne, prenant des positions claires et tranchées sur les causes réelles du conflit, dénonçant les manipulations impérialistes et accompagnant l’AUDA dans son soutien indéfectible à Laurent Gbagbo. Ce soutien n’était ni opportuniste ni intéressé. Il s’inscrivait dans une lecture historique et politique cohérente, portée également au sein d’ASA (Action Sociale Africaine), organisation dont il était membre actif. La Ligue Associative Africaine a elle aussi largement bénéficié de l' appui désintéressé du Dr Tchouankap, notamment lors de ses conférences publiques, où sa présence suffisait à crédibiliser le débat et à attirer l’attention populaire.
Transmettre l’histoire pour éveiller les consciences
Sur les médias et notamment sur sa page Facebook, Jean-Claude Tchouankap diffusait, sans rétribution, ses connaissances sur l’histoire, les luttes africaines, les résistances anticoloniales. Il appartenait à cette race d’intellectuels rares qui offrent gracieusement leur savoir. Il marquait les consciences. L’évocation seule de son nom dans une conférence suffisait à attirer la foule. Non par culte de la personnalité, mais parce qu’il avait développé une méthode ludique, accessible et rigoureuse de transmettre l’histoire. Une pédagogie populaire, maîtrisée avec un talent que peu possédaient.
La modicité matérielle, richesse morale des intellectuels de gauche
Comme beaucoup d’intellectuels de gauche dans un monde dominé par la droite, Jean-Claude Tchouankap n’a pas tiré de profit matériel de ses connaissances encyclopédiques. Le système récompense ceux qui le servent, pas ceux qui le questionnent.
Mais il a laissé bien plus durable que la richesse : il a inspiré des générations, il a encouragé quand le doute planait, il a été une source permanente de motivation politique et morale. Il a prouvé que la valeur d’un homme ne se mesure pas à ce qu’il accumule, mais à ce qu’il transmet. Et si aujourd'hui tellement d'organisations lui rendent hommage, c'est à cause de ce rôle qu'il a joué pour façonner la pensée.
L’homme s’en va, la trace demeure
Aujourd’hui, alors qu’il quitte ce monde, Jean-Claude Tchouankap ne disparaît pas. Il entre dans la mémoire collective des luttes intellectuelles et populaires. Il rejoint cette lignée d’hommes pour qui le savoir n’est pas un privilège, mais un outil de libération. Nous nous souviendrons de lui. Parce que les peuples n’avancent pas seulement grâce aux armes et aux richesses,
mais surtout grâce aux consciences éveillées. Et Jean-Claude Tchouankap fut de ceux qui éveillent.





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Le professeur Tchouankap ♥️ reste un maître dans son domaine. Son œuvre immense impactera davantage les masses car il a pris le temps de bien semer en bonne terre.
Le professeur Tchouankap ♥️ reste un maître dans son domaine. Son œuvre immense impactera davantage les masses car il a pris le temps de bien semer en bonne terre.