Affaire Belka Tobis : quand un fait conjugal devient un révélateur politique et moral
Commençons par les faits tels qu’ils sont rapportés et tels qu’ils circulent dans l’opinion publique. Après plus de trente années de vie conjugale, une fille et une famille construite dans la durée, l’artiste camerounais Belka Tobis a décidé de mettre un terme à sa relation de couple et d’exiger le départ de sa compagne du domicile conjugal qu’elle occupe depuis près de trois décennies. Sa compagne affirme avoir construit cette maison, y avoir investi son énergie, son temps et ses maigres ressources. Elle refuse donc de quitter ce lieu qu’elle considère comme le fruit de sa vie entière.
Une tentative de changement de serrures, visant à la chasser avec ses enfants, a dégénéré en affrontement violent. Depuis lors, cette affaire alimente les débats, les réseaux sociaux et les plateaux de discussion. Elle défraie la chronique nationale.
Mais qu’on se comprenne bien : ce n’est pas parce qu’une affaire fait du bruit qu’elle mérite notre attention politique. Celle-ci aurait pu rester un simple fait divers, une dispute conjugale de plus dans une société déjà éprouvée. Si elle nous interpelle aujourd’hui, c’est parce qu’elle met à nu nos repères, expose la faillite morale de certains modèles et révèle une crise plus profonde : celle de la responsabilité sociale des icônes.
Quand la parole de la compagne devient un acte d’accusation sociale
La révélation la plus brutale vient de la compagne elle-même. Dans une vidéo devenue virale, elle affirme n’avoir jamais bénéficié d’un soutien financier réel de son compagnon, alors même que celui-ci vivait en Europe. Elle raconte s’être battue seule pour élever les enfants, prendre soin d’une belle-mère malade, assumer les charges quotidiennes, pendant que l’artiste construisait ailleurs sa carrière. Ces paroles ne sont pas anodines. Elles posent une question centrale : Quelle est la cohérence entre l’artiste public et l’homme privé ? Lorsqu’un individu s’élève au rang d’icône nationale, il cesse d’être seulement lui-même. Volontairement ou non, il devient un repère, un guide, un modèle. Ses actes façonnent la conscience collective, surtout celle d’une jeunesse déjà abandonnée à elle-même. Or notre monde musical, gangrené par l’apologie de la délinquance, de la marchandisation du corps et de la vacuité morale, ne peut se permettre de perdre ses rares figures encore crédibles. C’est précisément parce que Belka Tobis suscite encore confiance que cette affaire choque. Nous l’interpellons non pour le détruire, mais pour qu’il se ressaisisse, pour qu’il continue d’inspirer, au lieu de rejoindre la cohorte de ceux qui désorientent la jeunesse.
Le poison du tribalisme et la maturité du peuple
Au début, cette affaire a pris une tournure dangereuse. Des réflexes tribalistes ont surgi : des tribalistes bassa défendant Belka Tobis, des tribalistes bamiléké soutenant sa compagne. C’était le scénario classique de la division, celui que nos peuples connaissent trop bien. Mais un fait mérite d’être salué : après la diffusion de la vidéo, la majorité des Camerounais, toutes origines confondues, ont appelé l’artiste à la retenue et à la responsabilité. Cela prouve une chose essentielle : le peuple camerounais est capable de défendre la justice partout où elle est menacée. Nous devons nous souvenir que les colons et leurs relais locaux, Ahmadou Ahidjo et Paul Biya ont toujours prospéré sur notre division. Leur parrain, la France, n’a qu’un intérêt : un peuple fragmenté est un peuple dominé. Analyser nos problèmes sous un prisme tribal, comme y poussent certains réseaux parfois entretenus par le régime, c’est accepter de rester faibles. La question est simple : qui gagne quand nous nous divisons ? Certainement pas le peuple.
Un couple, une nation, une leçon politique
Il s’agit avant tout de l’histoire d’un couple ayant vécu plus de 30 ans ensemble, acceptant leurs différences, travaillant côte à côte, sans se définir par leurs origines ethniques. Rien que cela est déjà un acte politique fort, un exemple d’unité nationale vécue. La LIMARA a toujours défendu ce type d’unions, convaincue que le brassage humain est un levier puissant pour construire rapidement la nation et neutraliser les stratégies de division. C’est pourquoi, si les propos attribués à Belka Tobis selon lesquels « un Bamiléké ne peut hériter d’un Bassa » pour justifier le départ de sa compagne sont avérés, alors ils sont gravement condamnables. L’artiste doit se prononcer clairement. S’il les a tenus, il doit présenter des excuses non seulement à sa compagne, mais au peuple camerounais tout entier. Car sa musique est consommée, aimée et célébrée sans distinction de tribu. Si ces propos existent, ce n’est pas seulement une femme qu’il offense : c’est la République.
La justice, la raison et l’humanité
Nous affirmons ceci avec fermeté : Il n’est ni humain, ni moral, ni juste de vivre 30 ans avec une femme, bâtir une vie avec elle, bâtir une maison avec elle, et à 65 ans, alors qu’elle n’a plus la force de recommencer ailleurs, la jeter à la rue. Mariage officiel ou non, la réalité sociale existe. La dignité humaine ne se résume pas à un acte administratif. Que ceux qui défendaient aveuglément une tribu imaginent un instant que cette femme soit leur mère. Où irait-elle ? Que deviendrait-elle ? Le fait que Belka Tobis ait accepté des enfants issus d’une autre union ne lui donne aucun droit moral de déposséder cette femme de ce qu’elle a contribué à construire. Ce conflit doit être réglé par la loi, sans pression, sans influence, sans favoritisme. Et surtout, les Camerounais doivent apprendre à raisonner avant de réagir, à juger les faits et jamais les origines.
Combattre l’injustice pour espérer changer
Nous devons être capables de combattre l’injustice d’où qu’elle vienne. Sinon, nous resterons soumis toute notre existence. La libération d’un peuple commence par la libération de son jugement, par le refus du tribalisme, par la défense de la dignité humaine, même quand cela dérange nos idoles. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que le Cameroun pourra espérer changer.





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