Participation du MRC aux élections locales : entre polémique politique et nécessité stratégique

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Depuis que le FSNC d’Issa Tchiroma Bakary a décidé de boycotter les élections locales annoncées pour 2026, la scène politique camerounaise est secouée par un débat intense, passionné et souvent chargé d’émotions. Cette décision a ravivé une fracture profonde au sein de l’opposition et ouvert un vaste champ de controverses sur la stratégie à adopter face au régime du RDPC, au pouvoir depuis des décennies. Pour une partie des soutiens d’Issa Tchiroma, le boycott constitue un acte politique fort, une dénonciation radicale d’un système jugé illégitime. Selon eux, les élections présidentielles de 2026 auraient été remportées par Issa Tchiroma, mais le régime se serait imposé par la force, au prix du sang, des arrestations et de la répression. Dans cette logique, participer aux élections locales reviendrait à légitimer une dictature, à normaliser l’anormal, à accepter l’inacceptable.
C’est dans ce contexte explosif que la décision du MRC de participer aux élections locales a été interprétée par certains comme une trahison politique. Beaucoup auraient souhaité que le MRC, principal parti d’opposition aujourd’hui par sa popularité, choisisse lui aussi le boycott afin de renforcer la contestation, d’isoler davantage le régime et de donner plus de poids à la lutte politique.

L’autonomie politique du MRC : un principe fondamental

Mais cette lecture est politiquement erronée et historiquement faible. Le MRC est un parti politique autonome, souverain dans ses choix stratégiques. Il n’est ni une section du FSNC, ni son prolongement organisationnel. Il n’existe aucune coalition formelle entre les deux partis qui obligerait le MRC à s’aligner mécaniquement sur les décisions du FSNC. Mieux encore, l’histoire récente rappelle une vérité que beaucoup préfèrent oublier : lorsque le MRC a boycotté les élections locales en 2020, il n’a pas bénéficié du soutien actif du FSNC alors installé dans la majorité gouvernementale. Le FSNC était à cette époque du côté du pouvoir. Exiger aujourd’hui du MRC une solidarité rétroactive est donc une falsification politique. La décision du MRC n’est pas une trahison. Elle est l’expression d’un choix stratégique autonome, dicté par l’expérience, par les rapports de force et par la compréhension matérialiste du champ politique camerounais.

Le boycott : une illusion dangereuse dans une dictature

La tactique politique doit toujours être soumise à l’analyse concrète d’une situation concrète. Or, l’histoire politique du Cameroun démontre avec une constance implacable que le boycott électoral n’a jamais affaibli la dictature. Le SDF de John Fru Ndi, alors principal parti d’opposition, a boycotté des élections majeures. Le régime s’est fait élire partout, sans résistance, et en est sorti plus fort. Le boycott du MRC en 2020 a eu un impact quasi nul sur le pouvoir, mais un impact dévastateur sur le parti lui-même. Pire encore, cette absence aux élections locales a servi de prétexte juridique et politique à son éviction de la présidentielle de 2025. Croire qu’un nouveau boycott, même généralisé, paralyserait le régime relève d’un idéalisme politique. Dans une dictature, le pouvoir gouverne, même seul. Il élit ses représentants, contrôle ses institutions et reconduit son autorité sans demander la permission au peuple.

Les enjeux futurs : une question de survie politique

Nous sommes en 2026. Si les élections locales ont lieu, les mandats iront jusqu’en 2031. Or, tout est possible dans une dictature : report, glissement, manipulation du calendrier électoral. Si les élections locales prévues pour 2031 sont renvoyées, comme celles de 2025, le MRC pourrait à nouveau se retrouver privé de participation à l’élection présidentielle de 2032. Plus grave encore : en cas de vacance du pouvoir avant 2032, hypothèse réaliste au regard de l’âge avancé du président en exercice, le MRC, sans élus locaux, serait juridiquement et politiquement exclu de la succession. Ce serait une marginalisation stratégique irréversible. Dans ces conditions, participer aux élections locales n’est pas un choix de confort. C’est une nécessité historique, une question de survie politique.

La leçon de l’UPC de Ruben Um Nyobe 

L’histoire est sans pitié pour les illusions. En 1956, la France coloniale interdit l’UPC, pourtant le parti le plus populaire, le plus structuré et le mieux implanté du Cameroun. Malgré cela, des élections furent organisées, une assemblée fut élue, et elle fonctionna. La machine du pouvoir ne s’est jamais arrêtée à cause d’un boycott ou d’une exclusion. Le boycott n’arrête pas une dictature. Il la facilite.

Au-delà des élections : affronter le système sur tous les fronts

Face à une dictature, la question n’est pas seulement électorale. Elle est systémique. Il ne s’agit pas simplement de remplacer un homme, mais de renverser un système. Et ce système ne tombera pas par incantation morale ou par abstention stratégique. Il faut s’organiser, travailler, remplacer l’État là où il a échoué, construire des alternatives concrètes, visibles, efficaces. La lutte doit être menée sur tous les fronts : politique, social, économique, culturel, organisationnel. C’est en ce sens que la posture de la LIMARA est profondément révolutionnaire. Elle ne se limite pas à dénoncer. Elle bâtit, organise, forge, affronte. Elle montre, dans l’opposition même, ce que pourrait être un autre mode de gouvernance, une autre éthique politique, une autre manière de diriger.

Tenter autre chose, radicalement

Il faut avoir le courage de reconnaître une vérité dure : nos stratégies passées ont échoué. Le régime est toujours là. Plus vieux, plus brutal, mais toujours en place. Continuer à répéter les mêmes méthodes en espérant des résultats différents relève de l’illusion. L’heure est venue de tenter autre chose. Des solutions révolutionnaires, enracinées dans l’organisation, la discipline, la conscience politique et la rupture réelle avec les pratiques du système que nous combattons. La révolution ne se proclame pas. Elle se prépare, et il est temps de mieux préparer la nôtre.

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