La mort d'Anicet Ekane en détention est un test pour franchir la ligne rouge

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La mort d’Anicet Ekane survenue ce 1er décembre 2025 alors qu'il était en détention n’est pas un accident biologique mais un acte politique. Ce serait une erreur de ne pas reconnaitre celà, sinon nous commettons les mêmes erreurs qui, depuis trente ans, permettent à un régime incompétent de survivre par la peur, l’habileté et la division méthodique de ses adversaires. Le régime de Paul Biya a atteint le stade où l’État cesse d’être un arbitre pour devenir une machine de coercition pure, une forteresse opposée au peuple. C’est une structure qui ne survit que par la violence préventive et par la terreur calculée. Et dans ce stade, chaque acte du pouvoir n’est pas un geste administratif : c’est une opération militaire contre la conscience populaire.

Le régime biyaïste : une école de manipulation politique et de tests graduels

Le régime ne gouverne pas, il expérimente. Il ne dirige pas, il teste. Il ne décide pas, il calcule l’onde de choc. Avant chaque hausse de taxe, avant chaque violence, avant chaque décision impopulaire, il procède comme le propriétaire qui frappe un esclave pour jauger sa capacité de révolte. Il utilise la rumeur comme son laboratoire pour tester la réaction du peuple. La peur est sa science, la résignation sa victoire. Quand il prend une décision et le peuple bouillonne dans les murmures, mais ne se lève pas, le régime avance. Lorsqu’il sent que la colère est grande mais désorganisée, il temporise et tente des mécanismes de division du peuple. Il finance des personnalités et journalistes qui tentent de justifier la décision, créant un débat politique sur la question. C’est la tactique du diviser pour régner, épuiser pour frapper, sonder pour écraser.

L’élimination de Maurice Kamto des élections présidentielles du 12 octobre 2025 : une répétition générale avant l’épreuve finale

Quand le régime a isolé Maurice Kamto dans le débat sur la participation aux élections et le mandat impératif, ce n’était pas une manœuvre improvisée. C’était la démonstration de force. C'était pour briser la résistance du MRC en l'épuisant dans des débats, et au moment de frapper, il avait assez préparé le peuple à la possibilité de ne pas voir Maurice Kamto aux élections. C'est comme celà que le régime agit. Il prend le temps de préparer le peuple quand il veut prendre une décision d'envergure nationale impopulaire.

Dans le cas de Maurice Kamto, les autres forces politiques ne se sont pas très senties impliquées dans le débat sur le mandat impératif. Et quand la candidature de Maurice Kamto a été finalement rejetée, les autres forces politiques n' ont pas témoigner une véritable résistance parce que celà ne les touchait pas particulièrement. Elles ont juste condamné verbalement cette éviction antidémocratique. C'est la stratégie du régime de segmenter des adversaires, de les diviser et éviter à tout prix qu'ils ne constituent un front commun. Il encourage chacun à cultiver son petit prestige, son égo politique, son illusion de grandeur. Et lui, note, calcule, rit.

Quand Kamto fut écarté, la réaction fut segmentée : un parti protestait, les autres observaient. Le régime en conclut que la contestation ne serait jamais nationale. Et c’est cela qui lui donna l’assurance de s’imposer dans les élections malgré la contestation, d’emprisonner sans crainte, de réprimer sans hésiter. Maurice Kamto évincé des élections, il avait désormais en face de lui Issa Tchiroma qui ne pouvait pas avoir le total appui du MRC évincé. Il avait évité l' union de deux adversaires qui pouvaient le faire basculer.

Les assassinats dans la rue : la pédagogie de la peur

Beaucoup ont affirmé que les morts dans les marches de protestation des élections par l' armée étaient inutiles, et que le régime de Paul Biya n' avait pas de raison de tirer sur la population qui marchait sans armes pour témoigner leur contestation des élections. Ceux qui pensent ainsi ne connaissent pas le régime qu'ils veulent combattre. Un pouvoir dictatorial qui se prépare à une succession explosive doit briser la psychologie du peuple. Il doit montrer qu'il n’a pas de sentiments. Il doit montrer au peuple qu'il veut dominer que ce dernier n' a aucun protecteur, et qu'il doit assumer ses actes sans lui résister. Pour celà il doit briser tous ses leaders. En tirant sur le peuple, le régime sait que l' opposition fera des condamnations verbales, et le peuple réalisera que son opposition ne peut pas le protéger contre le régime. C'est le plus grand message sur le régime voulait passer au peuple. Les morts étaient nécessaires pour son objectif : terroriser, paralyser, disperser pour briser toute résistance. Un peuple qui a peur de mourir ne résiste pas.

Et maintenant, la mort d’Anicet Ekane : la ligne rouge franchie

Depuis 1982, Paul Biya a arrêté, torturé, exilé ses opposants, mais il n’avait jamais franchi ce seuil : tuer un dirigeant politique en exercice, un chef d’opposition connu. C'est son premier geste dans ce sens. Le régime prépare déjà la succession de Paul Biya, et il sait que le peuple n'acceptera pas facilement une succession de palais comme celà se prépare. Il faut donc montrer au peuple que le régime est prêt à tout pour cette succession. Pour celà il multiplie des actions pour briser toute résistance et préparer le chemin à un vide politique qui va faciliter son projet. Avec la mort d'Anicet Ekane, le message passé est clair : il est prêt à éliminer physiquement les leaders politiques qui se mettront sur son chemin. Pour passer ce message et tester l'opinion publique, il fallait un homme affaibli, vulnérable, dépendant de machines respiratoires bref, un homme dont la mort pourrait être déguisée en fatalité biologique.
Mais la fatalité n’est qu’un masque. La réalité est politique. En privant Ekane de ses appareils respiratoires, le régime a commis un homicide politique destiné à tester la réaction nationale s'il éliminait physiquement ses leaders. Et la période est très bien choisie. Le peuple sort d'une épreuve de force qu'il a perdu contre le régime. Il est encore assez affaibli, et ne peut plus facilement reprendre une autre épreuve de force. Il a encore beaucoup de personnes en prison et pleure encore ses morts. En plus il n' est pas organisé. Bien évidemment sa réaction est un bruissement, une émotion brève, quelques messages, quelques cris étouffés. Exactement ce qu’espérait le régime. Ce dernier a voulu savoir si le Cameroun se lèverait si un chef était tué. Il a constaté que non. Et maintenant, il sait qu’il peut aller plus loin. On ne sera pas surpris que des chefs de l' opposition soient tués les années à venir. Il a déjà montré qu'il peut emprisonner les leaders impunément, les exiler, les torturer. Il lui restait savoir s'il peut les éliminer physiquement.

 Le peuple doit comprendre : le régime est centralisé, nous sommes dispersés

Le régime est une machine, une machine froide, cynique, méthodique. Il ne connaît ni fatigue ni sentiment. Il avance par stratégie, jamais par émotion. Et face à cette machine, nous voyons des partis qui se méprisent, des leaders obsédés par leur propre prestige, des militants qui croient aux illusions électorales, des querelles tribales et partisanes, incapables de comprendre le moment historique. Nous subissons parce que nous sommes divisés. Nous sommes divisés parce que nous refusons d’analyser le régime qui nous écrase. Nous refusons d’analyser le régime parce que nous refusons la discipline révolutionnaire. Nous sommes émotifs et croyons aux hommes-messis. Nous refusons de voir et soutenir ceux qui se battent vraiment pour nous, parfois sans moyens, et nous cherchons des raccourcis. Nous cherchons des personnes qui crient sur le régime. Ce qui nous a conduit dans une telle impasse. Voilà la vérité qu’il faut dire. Depuis que la LIMARA travaille, elle n' a pas le soutien du peuple parce qu'elle parle de stratégies, de sacrifice pour la dignité, de lutte, de formation, d'organisation, bref de discipline révolutionnaire.

Ce que nous devons faire : unité organique, discipline de fer, conscience stratégique

L' heure n' est plus aux simples critiques du régime dans les médias ou l' utilisation des méthodes traditionnelles de résistance. Nous le dénonçons, mais il se renforce. Nous sommes actuellement dans une phase pré-dictatoriale avancée où le régime prépare déjà un transfert du pouvoir hors du contrôle du peuple, et il met les moyens pour réussir ce transfert de pouvoir. Soit nous nous organisons maintenant, soit nous serons écrasés demain.

L’unité doit être idéologique (comprendre le régime), stratégique (définir une ligne de lutte), organique (coopération de tous les partis qui refusent la tyrannie). Nous n’avons plus le luxe de la division. Nous n’avons plus le luxe de l’orgueil. Hier des partis se sont considérés comme des grands partis politiques parce qu'ils étaient plus populaires et avaient plus d'élus. Depuis 1990, ces grands partis politiques n' ont pas pu venir à bout du régime. Et en 2025 encore, à 92 ans, Paul Biya a encore vaincu toutes les forces politiques, y compris ceux qui se considéraient comme de grands partis politiques, preuve que personne ne peut vaincre seul ce régime. Il faut donc joindre les forces en collaborant sur une base d'égalité, en voyant ce que chaque force politique peut apporter au lieu de se baser sur la popularité pour chercher à discréditer les autres partis et croire qu'on est les seuls partis politiques d'opposition.

La mort d’Anicet Ekane doit être pour nous le moment où les illusions se brisent, et où commence la lutte réelle, où chacun réalise enfin qu'il a besoin des autres, et qu'il ne peut pas seul. La pire des erreurs serait de sous-estimer le régime. L' heure où Fru Ndi haranguait les foules et leur demandait s'il part à la présidence attraper le président est passé. Il est l' heure d'organiser le peuple et lui faire comprendre que c'est lui le moteur de tout. L' heure des harangueurs de foule est révolu. L' heure actuelle est aux stratégies politiques, à le formation, à l' organisation du peuple pour éviter ce que le régime prépare déjà. Et la LIMARA a un rôle important à jouer. Le peuple aussi doit jouer un rôle déterminant. L' organisation du peuple coûte cher et l' opposition camerounaise doit bénéficier du soutien financier de sa diaspora. Le président Anicet Ekane du MANIDEM est l' une des premières victimes du projet engagé par les dirigeants de remplacer Paul Biya s'il meurt au cours du mandat ou à la fin de son mandat.

La situation est d'autant plus urgente qu'un régime qui ose tuer les chefs de l' opposition ose tout. Et un peuple qui ne répond pas est condamné. L’histoire nous observe. Le régime avance vers son renouvellement. Le temps de la révolution approche. Organisons-nous ou disparaissons.