Épreuve de langue française
Texte :
(Chateaubriand vécut, de seize à dix-huit ans, au Château de Combourg avec ses parents et sa sœur.)
Les soirées d’automne et d’hiver étaient d’une autre nature. Le souper fini et les quatre convives revenus de la table à la cheminée, ma mère se jetait, en soupirant, sur un vieux lit de jour1 de siamoise flambée 2 ; on mettait devant elle un guéridon avec une bougie. Je m’asseyais auprès du feu avec Lucille ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient. Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu’à l’heure de son coucher. Il était vêtu d’une robe de ratine blanche, ou plutôt d’une espèce de manteau que je n’ai vu qu’à lui. Sa tête, demi-chauve, était couverte d’un grand bonnet blanc qui se tenait tout droit. Lorsqu’en se promenant, il s’éloignait du foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu’on ne le voyait plus ; on l’entendait seulement encore marcher dans les ténèbres ; puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de l’obscurité, comme un spectre 3, avec sa robe blanche, son bonnet blanc, sa figure longue et pâle. Lucille et moi, nous échangions quelques mots à voix basse, quand il était à l’autre bout de la salle ; nous nous taisions quand il se rapprochait de nous. Il nous disait en passant : « De quoi parliez-vous ? » Saisis de terreur, nous ne répondions rien ; il continuait sa marche. Le reste de la soirée, l’oreille n’était plus frappée que du bruit mesuré de ses pas, des soupirs de ma mère et du murmure du vent.
Dix heures sonnaient à l’horloge du château : mon père s’arrêtait, le même ressort, qui avait soulevé le marteau de l’horloge semblait avoir suspendu ses pas. Il tirait sa montre, la montait, prenait un grand flambeau d’argent surmonté d’une grande bougie, entrait un moment dans la petite tour de l’ouest, puis revenait, son flambeau à la main, et s’avançait vers sa chambre à coucher, dépendante de la petite tour de l’est. Lucille et moi, nous nous tenions sur son passage ; nous l’embrassions en lui souhaitant une bonne nuit. Il penchait vers nous sa joue sèche et creuse sans nous répondre, continuait sa route et se retirait au fond de la tour, dont nous entendions les portes se refermer sur lui.
Le talisman4 était brisé ; ma mère, ma sœur et moi, transformés en statues par la présence de mon père, nous recouvrions les fonctions de la vie. Le premier effet de notre désenchantement se manifestait par un débordement de paroles ; si le silence nous avait opprimés, il nous le payait cher.
Ce torrent de paroles écoulé, j’appelais la femme de chambre, et je reconduisais ma mère et ma sœur à leur appartement.
François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe.
1) Sorte de divan ; 2) étoffe de soie et coton ; 3) fantôme. 4) charme.
QUESTIONS :
COMMUNICATION / 5pts
1. a- En vous appuyant sur des indices précis, identifie les voix émettrices de ce passage. 1,5pt.
b- Déduis-en le type de focalisation auquel nous avons affaire. 1pt
2. Soit l’extrait : « Mon père commençait alors une promenade … sa figure longue et pâle.»
a- En te fondant sur des indices précis, identifie la fonction du langage dominante dans cet extrait du texte. 1,5pt. b- Détermine son rôle dans la stratégie énonciative du locuteur. 1 pt.
MORPHOSYNTAXE / 5pts
1. a- Identifie le temps verbal dans la phrase : « Je m’asseyais auprès du feu avec Lucille ; les domestiques enlevaient le couvert et se retiraient.» 1pt.
b- Donne sa valeur d’emploi 1pt.
2. « Nous recouvrions les fonctions de la vie » (avant-dernier paragraphe)
a- Qui sont désignés par ce pronom personnel « nous » ? Quelle relation existe-t-il entre eux ? 1pt
b- Qui est désigné par les pronoms personnels « il » tout au long du texte ? Est-il inclus ou exclu du « nous » ? 1pt
c- En déduire l’état de cette famille. 1pt
SÉMANTIQUE /LEXICOLOGIE/ 5pts
1. a- Construis le champ lexical de la magie et celui de la peur. (1 x 2 =) 2pts
b- Quel effet de sens se dégage de leur association ? 0,5pt
2. a- Après avoir expliqué le mot « désenchantement», dis s’il est employé au sens connoté ou au sens dénoté. (1 x 2 =) 2pts.
b- Pourquoi le locuteur emploie-t-il ce mot ? 0,5pt.
STYLISTIQUE/ RHÉTORIQUE DES TEXTES / 5 pts.
a- Indique la figure de style contenue dans l’extrait : « Ce torrent de paroles écoulé ». 1,5pt.
b- Quel effet de sens produit-elle ? 1 pt
2. a- À l’aide de deux indices précis, déterminez le type de texte dans ce passage : « Dix heures sonnaient à l’horloge du château … dépendante de la petite tour de l’est.» 1,5pt.
b- Quelle est la fonction de ce type de texte ? Justifie ta réponse. 1 pt.
(Publié pour la première fois en 1932, Voyage au bout de la nuit, roman de Louis-Ferdinand CELINE fait le récit des mésaventures du personnage, Bardamu, engagé dans la Première Guerre mondiale au sein de l’armée française. Dans l’extrait suivant, alors que toute sa compagnie est tombée dans une embuscade tendue par l’armée allemande, survient un messager porteur d’une mauvaise nouvelle…)
Sous ce regard d’opprobre, le messager vacillant se remit au « garde à vous », les petits doigts sur la couture du pantalon, comme il se doit dans ce cas-là. Il oscillait ainsi, raidi, sur le talus, la transpiration lui coulant le long de la jugulaire, et ses mâchoires tremblaient si fort qu’il en poussait de petits cris avortés, tel un petit chien qui rêve. On ne pouvait démêler s’il voulait nous parler, ou bien s’il pleurait.
Nos Allemands accroupis au fin bout de la route venaient justement de changer d’instrument. C’est à la mitrailleuse qu’ils poursuivaient à présent leurs sottises ; ils en craquaient comme de gros paquets d’allumettes et tout autour de nous venaient voler des essaims de balles rageuses, pointilleuses comme des guêpes.
L’homme arriva tout de même à sortir de sa bouche quelque chose d’articulé :
« Le maréchal des logis Barousse vient d’être tué, mon colonel, qu’il dit tout d’un trait.
Et alors ?
Il a été tué en allant chercher le fourgon à pain sur la route des Etrapes, mon colonel !
Et alors ?
Il a été éclaté par un obus !
Et alors, nom de Dieu !
Et voilà ! Mon colonel…
C’est tout ?
Oui, c’est tout, mon colonel.
Et le pain ? » demanda le colonel
Ce fut la fin de ce dialogue parce que je me souviens bien qu’il a eu le temps de dire tout juste : « Et le pain ? » Et puis ce fut tout. Après ça, rien que du feu et puis du bruit avec. Mais alors un de ces bruits comme on ne croirait qu’il en existe. On en a eu tellement plein les yeux, les oreilles, le nez, la bouche, tout de suite, du bruit, que je croyais bien que c’était fini, que j’étais devenu du feu et du bruit moi-même.
Et puis non, le feu est parti, le bruit est resté longtemps dans ma tête, et puis les bras et les jambes qui tremblaient comme si quelqu’un vous les secouait de par-derrière. Ils avaient l’air de me quitter, et puis ils me sont restés quand même mes membres. Dans la fumée qui piqua les yeux encore pendant longtemps, l’odeur pointue de la poudre et du soufre nous restait comme pour tuer les punaises et les puces de la terre entière.
Louis – Ferdinand CELINE, Voyage au bout de la nuit, roman, 1932
COMMUNICATION 5points
1. En vous aidant du texte et du paratexte, dites qui raconte l’histoire. A quels indices peut-on reconnaître sa présence dans le texte ? 2,5pts
2. A partir de quel point de vue l’histoire est-elle racontée ? Quel intérêt ce choix présente-t-il pour le lecteur ? 2,5pts
MORPHOSYNTAXE 5pts
1. Repérez les occurrences des points d’exclamation dans ce texte. Quels sont les effets produits par ce signe de ponctuation ? 2,5pts
2. a-Quel type de discours le narrateur a-t-il choisi pour rapporter les paroles des personnages ? 1pt
b-Qui sont les différents interlocuteurs ? Quel rôle joue ce type de discours dans le texte ? 1,5pt
SEMANTIQUE 5points
Par le repérage et l’analyse du champ lexical dominant, dont vous relèverez les éléments, dites quel est le titre de ce passage (votre titre doit avoir plus de deux mots). 3pts
Dans les deux derniers paragraphes, le vocabulaire est-il péjoratif ou mélioratif ? Dans quelle intention le narrateur utilise-t-il ce vocabulaire ? 2pts
IV – RHETORIQUE DES TEXTES 5points
Soit l’extrait : « … des essaims de balles rageuses… ».
a-Identifiez la figure de style dans ce passage et justifiez votre réponse. 1,5pt
b-Qu’exprime cette figure de style ? 1pt
2. a-À partir de deux indices textuels pertinents dites à quel type appartient ce texte ? 1,5pt
b- Quelle est la fonction de ce type de texte ? Justifie ta réponse. 1pt
Texte :
(Georges Duroy va bientôt se marier avec Madeleine Forestier. Il vient rompre avec sa maîtresse Mme Clotilde de Marelle.)
Il avait baissé les yeux ; il préparait son début. Il commença d’une voix lente :
« Ma chère amie, tu me vois fort troublé, fort triste et fort embarrassé de ce que j’ai à t’avouer. Je t’aime beaucoup, je t’aime vraiment du fond du cœur, aussi la crainte de te faire de la peine m’afflige-t-elle plus encore que la nouvelle même que je vais t’apprendre. »
Elle pâlissait, se sentant trembler, et elle balbutia : « Qu’est-ce qu’il y a ? Dis vite ! »
Il prononça d’un ton triste mais résolu, avec cet accablement feint dont on use pour annoncer les malheurs heureux : « Il y a que je me marie. »
Elle poussa un soupir de femme qui va perdre connaissance, un soupir douloureux venu du fond de la poitrine, et elle se mit à suffoquer, sans pouvoir parler, tant elle haletait.
Voyant qu’elle ne disait rien, il reprit : « Tu ne te figures pas combien j’ai souffert avant d’arriver à cette résolution. Mais je n’ai ni situation ni argent. Je suis seul, perdu dans Paris. Il me fallait auprès de moi quelqu’un qui fût surtout un conseil, une consolation et un soutien. C’est une associée, une alliée que j’ai cherchée et que j’ai trouvée ! »
Il se tut, espérant qu’elle répondrait, s’attendant à une colère furieuse, à des violences, à des injures.
Elle avait appuyé une main sur son cœur comme pour le contenir et elle respirait toujours par secousses pénibles qui lui soulevaient les seins et lui remuaient la tête.
Il prit la main restée sur le bras du fauteuil ; mais elle la retira brusquement. Puis elle murmura comme tombée dans une sorte d’hébétude : « Oh !… mon Dieu… »
Guy de Maupassant, Bel-Ami (1885), chapitre 1, deuxième partie.
Questions:
I- Communication : 5pts
1. Quelles sont les différentes voix qui s'expriment dans ce texte? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur des marques personnelles. 2pts
2. Soit l'énoncé suivant : « Tu ne te figures pas combien j’ai souffert avant d’arriver à cette résolution. Mais je n’ai ni situation ni argent. Je suis seul, perdu dans Paris. Il me fallait auprès de moi quelqu’un qui fût surtout un conseil, une consolation et un soutien. C’est une associée, une alliée que j’ai cherchée et que j’ai trouvée ! »
a) Indiquez le principal référent de cet énoncé à partir d'un relevé lexical pertinent. 1pt
b) En déduire la fonction du langage dominante dans cet énoncé et dites quelle est l'intention de celui qui parle. 2pts
II- Morphosyntaxe : 5pts
1. À partir de la ponctuation, dites à quel type de discours sont rapportées les paroles des personnages? Quel est l'effet produit par le choix de ce type de discours. 2pts
2. Qu'expriment les signes de ponctuation dans les énoncés suivants : «Qu’est-ce qu’il y a ? Dis vite ! », « Oh !… mon Dieu… » ? 3pts
III- Sémantique : 5pts
1. « Il me fallait auprès de moi quelqu’un qui fût surtout un conseil, une consolation et un soutien. C’est une associée, une alliée que j’ai cherchée et que j’ai trouvée ! »
Le vocabulaire utilisé dans cette phrase est-il péjoratif ou mélioratif? Qui est désigné par ce vocabulaire? Quelle image donne Georges Duroy de cette personne? 3pts
Relevez dans le texte le champ lexical de l'accablement et dites ce qu'il exprime. 2pts
IV- Rhétorique des textes : 5pts
1. À quel type appartient ce texte ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur des indices textuels pertinents. 2pts
2. Identifiez les différentes figures de style utilisées dans ces énoncés et interprétez-les : «les malheurs heureux», « ... s’attendant à une colère furieuse, à des violences, à des injures.» 3pts
Texte :
(Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, l’interdiction de l’utilisation de tout objet connecté dans les écoles ont été adoptée le 7 juin à l’Assemblée Nationale. Cette loi suscite un débat quant à son utilité.)
Je comprends qu’il y ait de très bonnes raisons d’interdire les téléphones portables en classe, comme vient de le faire adopter par une loi le populaire ministre français de l’éducation nationale Jean Michel Blanquer (elle doit encore être étudiée par le sénat).
J’imagine la difficulté et même l’énervement aujourd’hui de l’enseignant qui voit ses élèves pianoter en pouffant de temps à autre. Je sais que ça déconcentre le prof et le jeune écolier. Après avoir reposé son portable, il faudrait même neuf minutes pour que le cerveau soit à nouveau complètement focalisé sur ce qui se passe en dehors du monde virtuel. En Suisse aussi, la tentation d’une telle interdiction grimpe, elle est de compétence cantonale, et de nombreuses écoles ou collèges la pratiquent déjà.
Mais sachant que 99 % des 12-19 ans ont un téléphone portable, en Suisse, et y passent entre trois et quatre heures par jour, interdire son usage relève de la prestidigitation. Les profs devront-ils se transformer en police du Smartphone chaque matin pour les collecter, les confisquer, fouiller les sacs ?
J’aurais détesté qu’on m’interdise le portable à l’école ! J’aurais alors passé mon temps à braver cela, à le cacher, à prétendre que je n’en avais pas, à envoyer des messages sous la table, à essayer de tricher avec, à rigoler avec les copines en passant par WhatsApp, à regarder les vidéo pendant les cours ennuyeux, à faire des photos.
Je plaide donc pour la stratégie inverse : tous les portables sur les pupitres, comme des instruments de travail. Bien sûr, ce n’est pas toujours aussi simple. Mais je crois plus à un enseignement avec le portable que contre lui, même si j’aime Pagnol et l’odeur de la craie.
Aïna Skjellaug, Le Temps Lausanne, publié le 13 juin.
COMMUNICATION. 5pts
1° a- Qui est l’émetteur ici ? Sa présence est-elle explicite ou implicite ? Justifiez votre réponse à l'aide d'un relevé d’indices textuels dont vous indiquerez la nature et les occurrences. 3pts
2° Identifiez le principal référent de ce texte à partir des indices textuels pertinents. 2pts
MORPHOSYNTAXE. 5pts
1° Relevez dans le dernier paragraphe deux connecteurs logiques. Indiquez leur nature et leur valeur d’emploi respectives. 3pts
2° a- Relevez dans le texte une phrase interrogative. 0,5pt
b- De quelle interrogation s’agit-il ? Donnez sa valeur d’emploi. 1,5pt
SÉMANTIQUE. 5pts
1° Quel est le sens lexical du mot « prestidigitation ». Dans quelle intention l’énonciateur utilise-t-il ce mot ? 2pts
2° Relevez, dans l’avant dernier paragraphe, le vocabulaire de l’utilisation du téléphone portable et caractérisez le (péjoratif ou mélioratif). Que traduit ce vocabulaire ? 3pts
RHÉTORIQUE. 5pts
1° Identifiez la figure de style utilisée dans l’énoncé souligné et interprétez-la. 2pts
2° a- Quelle est la thèse soutenue par l’émetteur ? Contre quelle thèse s’oppose-t-il ainsi ? 2pts
b- En déduire le type de ce texte. 1pt
Seigneur, je reconnais que l’homme est en délire,
S’il ose murmurer ;
Je cesse d’accuser, je cesse de maudire,
Mais laissez-moi pleurer !
5 Hélas ! laissez les pleurs couler de ma paupière,
Puisque vous avez fait les hommes pour cela !
Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre
Et dire à mon enfant : Sens-tu que je suis là ?
Laissez-moi lui parler, incliné sur ses restes,
1O Le soir, quand tout se tait,
Comme si, dans sa nuit rouvrant ses yeux célestes,
Cet ange m’écoutait !
Hélas ! vers le passé tournant un œil d’envie,
Sans que rien ici-bas puisse m’en consoler,
15 Je regarde toujours ce moment de ma vie
Où je l’ai vue ouvrir son aile et s’envoler !
Je verrai cet instant jusqu’à ce que je meure,
L’instant, pleurs superflus !
Où je criai : L’enfant que j’avais tout à l’heure,
20 Quoi donc ! je ne l’ai plus !
Victor Hugo, Les Contemplations (1856), extrait du poème « À Villequier ».
Communication /5pts
a- À partir des marques personnelles (pronoms et déterminants) relevées et des indices paratextuels, identifiez l’émetteur et les différents récepteurs. 1,5pt
b- Ce texte peut avoir d’autres récepteurs : lesquels ? Justifiez votre réponse. 1pt
De qui parle-t-on principalement dans ce texte ? Relevez quatre substituts lexicaux de ce référent, puis dites quels sentiments sont ainsi mis en relief. 2,5pts
Morphosyntaxe /5pts
Relevez dans le texte les interjections et dites ce qu’elles traduisent. 3pts
Relevez dans la strophe 2 un connecteur logique de cause et indiquez sa nature grammaticale. De quoi le poète accuse-t-il Dieu ? 2pts
Sémantique /5pts
Construisez le champ lexical de la douleur et celui des larmes. Qu’exprime l’association de ces champs lexicaux. 3pts
Soit le vers : « Laissez-moi me pencher sur cette froide pierre ». A quoi renvoie l’expression en gras ? Pourquoi le poète l’emploie-t-il ? 2pts
Rhétorique des textes /5pts
a- Combien de strophes compte ce texte ? Nommez-les. 1pt
b- Quels sont les différents mètres utilisés dans ce poème ? 1pt
c- Relevez dans le vers 5 une allitération marquante et interprétez-la. 1pt
Comment sont disposées les rimes dans cet extrait de poème ? Que vise le poète par le choix de cette disposition ? 2pts
Texte:
Ô amour, ô pensées…
Ô amour, ô pensées, ô désirs pleins de flamme,
Une dame, un objet, un brasier que je sens
Me blesse, me nourrit, conduit mes jeunes ans
À la mort, aux douleurs, au profond d’une lame1.
5 Ô amour, ô pensées, courez tôt à ma Dame,
Adressez, racontez, montrez comme présents
À son cœur, à son âme, à ses yeux tout puissants,
Mes passions, mes maux, les douleurs de mon âme.
Poussez, faites-lui voir, forcez sa résistance
10 Sa beauté, sa rigueur et sa fière constance3
À plaindre, à soupirer, à reconnaître mieux
Les douleurs, les ennuis4, les extrêmes supplices,
Que j’ai, que je nourris, que je tiens pour délices5,
En aimant, en pensant, en désirant ses yeux.
Étienne Durand, Méditations, 1611.
1. Une lame : ici, un tombeau ; 2. Constance : son obstination à refuser son amour au poète ; 3. Ennuis : souffrances ; 4. Que je tiens pour délices : que je considère comme des délices.
Questions :
I- Communication : 5pts
1. a- Qui est le locuteur dans ce poème ? Quels sont les indices qui permettent de le savoir ? Relevez et classez ces indices en fonction de leur nature grammaticale. 1,5pt
b- A qui s'adresse-t-il ? Justifiez votre réponse. 1pt
2. De qui parle-t-on ? Relevez et classez les procédés par lesquels ce référent est repris tout au long du texte. Quel est l'effet produit par l'emploi de ces procédés de reprise? 2,5pts
II- Morphosyntaxe : 5pts
1. À quelle classe grammaticale appartient le mot «ô » ? Que traduit-il ? 2pts
2. La deuxième strophe du texte est une phrase. Est-elle simple, composée ou complexe ? Pourquoi le poète emploie-t-il cette structure de phrase ? 1,5pt
3. Quelle est la ponctuation dominante du texte ? Indiquez sa valeur d'emploi. 1,5pt
III- Sémantique : 5pts
1. Quels sont les deux principaux champs lexicaux du texte ? Quel est le lien entre ces deux champs lexicaux ? 3pts
2. «… montrez comme présents … » (vers 6)
a-Que signifie le nom « présents » dans le vers 6 ? 1pt
b-Pourquoi le locuteur l’emploie-t-il ? 1pt
III- Rhétorique des textes : 5pts
1. À quelle forme poétique se rattache ce texte ? Justifiez votre réponse en vous appuyant sur trois indices pertinents. 1pt
2. a-Quelle figure de style identifiez-vous dans le vers 1 ? Qu'exprime-t-elle ici ? 1pt
b-Relevez une antithèse dans ce poème, puis dites quel est son rôle. 1pt
Indiquez la tonalité dominante dans ce texte et ses caractéristiques. Quelle est la visée de l'émetteur par le choix de ce registre littéraire ? 2pts
Texte :
Dès qu’il le peut, Harpagon se précipite dans son jardin pour vérifier que l’argent qu’il y a enterré y est toujours. Mais voilà qu’il arrive, seul, en hurlant sur scène : on lui a volé son trésor !
Harpagon. (Il crie au voleur dès le jardin, et vient sans chapeau.) - Au voleur ! Au voleur ! À l'assassin ! Au meurtrier ! Justice, juste ciel ! Je suis perdu, je suis assassiné ! On m'a coupé la gorge, on m'a dérobé mon argent ! Qui peut-ce être ? Qu'est-il devenu ? Où est-il ? Où se cache-t-il ? Que ferai-je pour le trouver ? Où courir ? Où ne pas courir ? N'est-il point là ? N'est-il point ici ? Qui est-ce ? Arrête ? (Il se prend lui-même le bras.) Rends-moi mon argent, coquin !... Ah ! C’est moi. Mon esprit est troublé, et j'ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas ! Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi ! Et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré ! N'y a-t-il personne qui veuille me ressusciter en me rendant mon cher argent, ou en m'apprenant qui l'a pris ? Euh ! Que dites-vous ? Ce n'est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu'avec beaucoup de soin on ait épié l'heure ; et l'on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice et faire donner la question1 à toute ma maison : à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! De quoi est-ce qu'on parle là ? De celui qui m'a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l'on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l'on m'en dise. N'est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu'ils ont part, sans doute, au vol que l'on m'a fait. Allons, vite, des commissaires, des archers2, des prévôts3, des juges, des gênes4, des potences et des bourreaux ! Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après !
Molière, L'Avare, Acte IV, scène 7, 1668.
Torture. – 2. Soldats de la police. – 3. Officier de la police. – 4. Instruments de torture.
Communication/5pts
Qui parle dans le texte ? À quoi le voyez-vous ? 2pts
Quels sont les différents récepteurs de cette réplique ? Justifiez votre réponse à partir des indices textuels. 3pts
Morphosyntaxe/5pts
Après avoir indiqué les occurrences respectives des interrogations et des exclamations dans les cinq premières lignes du texte, dites ce qu’elles expriment ici. 3pts
Dans ces cinq premières lignes du texte, Harpagon utilise deux fois le mot « on ». Quelle est la nature de ce mot ? Pourquoi l’utilise-t-il ? 2pts
Sémantique/5pts
Soit la phrase : « Mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami, on m'a privé de toi ! »
Quel est le synonyme du mot « argent » dans cette phrase ? Que peut-on en déduire ? 2pts
À partir du texte, construisez le champ lexical de la mort, puis dites ce qu’exprime l’emploi de ce champ lexical dans le texte. 3pts
Rhétoriques des textes/10pts
À quel genre littéraire appartient ce texte ? Justifiez votre réponse à partir de trois indices textuels et paratextuels. 2pts
Soit l’énoncé : « Et, puisque tu m'es enlevé, j'ai perdu mon support, ma consolation, ma joie ; tout est fini pour moi, et je n'ai plus que faire au monde ! Sans toi, il m'est impossible de vivre. C'en est fait, je n'en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré ! »
Identifiez deux figures de styles dans cet énoncé et interprétez-les. 3pts
Épreuves de littérature française ou de culture générale :
Sujet de type I : Contraction de texte et discussion
Sujet 1 Internet et les rumeurs
La réputation d’Internet comme moyen de communication particulièrement propice à la production et à la circulation de rumeurs est-elle justifiée ?
Cette réputation est un peu surfaite, pour deux raisons. Tout d’abord, parce qu’il est difficile de mesurer la part des rumeurs dans le nombre total de nouvelles qui circulent. Ensuite, parce qu’il me semblerait étonnant qu’un média ou un moyen de communication concentre plus de rumeurs qu’un autre : la télévision, la radio, la presse véhiculent tous des rumeurs (volontairement ou non), et Internet… autant que les autres. La question mérite néanmoins qu’on s’y arrête. Internet présente en effet une véritable spécificité, qu’on peut étudier sous trois angles : le Web se distingue par l’extension géographique qu’il donne à toute information, puisqu’il opère à l’échelle de la planète. Il se distingue également par l’extension temporelle : la transmission d’une nouvelle est quasi instantanée. Enfin, par sa capacité de stockage considérable, le Web induit une véritable extension mémorielle : tout semble consultable, en tout lieu, et en tout temps. Il devient possible de faire des recoupements, des enquêtes, bref, de jouer au détective ou au journaliste en chambre. Le texte d’une rumeur se retrouve en quelques clics. Nuançons néanmoins ces particularités : ce n’est pas parce que la possibilité existe que l’on s’en sert ! La plupart des gens ne vérifient pas une information avant de la rendre publique.
Il existe pourtant des sites exclusivement dédiés aux rumeurs et qui testent leur véracité. C’est là en effet la plus grande originalité d’Internet : il existe désormais des sites spécialisés qui référencent et valident (ou non) les rumeurs. Ces sites ont existé avant même la création du World Wide Web.
C’est donc le côté ludique, d’une part, et côté utilitaire de l’autre qui expliquent le succès de tels sites ? On consulte en effet les sites de référence autant pour chercher des émotions que des informations. Dans tous les cas, ça marche : l’audience des sites comme snopes.com aux Etats-Unis ou hoaxbuster.com en France est supérieur à certains sites d’informations financières par exemple ! L’autre particularité, qui laisse songeur, c’est qu’aucun de ces sites n’est officiel ou même professionnel. Ils sont tous animés par des bénévoles, sans formation particulière, avec des moyens d’investigation limités. Dans l’avenir, cela posera inévitablement une question sur la légitimité de leurs informations, les manipulations possibles de la part de services gouvernementaux ou de grandes entreprises pour faire passer leur message en sollicitant la vénalité ou la naïveté des animateurs. Ce poids de l’amateurisme éclairé, propre à Internet, est fascinant. L’autre originalité d’Internet, c’est que la rumeur s’y trouve également sous forme d’images. C’est en effet tout à fait spécifique. Il existe dorénavant une circulation massive d’images sans auteur pertinent que j’ai nommée « rumeur visuelle ». Dans les boites aux lettres électroniques, dans les Chats, dans les sites, des images un peu folles apparaissent : elles font rire, elles font peur, elles laissent songeur… Le succès de ces images tient à la qualité de leur réalisation, au plaisir de l’œil, et sans doute également à leurs sujets. Quand on classe ces sujets en catégories, on s’aperçoit que ce qui revient le plus souvent, c’est le motif de la prouesse ou du comble : un surfeur qui s’approche d’un requin dans le rouleau d’une vague (en fait, il s’agissait d’un dauphin et l’image prise de loin donne l’impression de la proximité) ; un chat de 40kg, un squelette humain de la taille d’un éléphant, etc.
« Internet et les rumeurs, Entretien avec Pascal Froissart », Propos recueillis par Benoît Richard, Sciences Humaines n°164, Octobre 2005.
Résumé : 9pts
Ce texte compte 622 mots. Vous le résumerez en 156 mots. Une marge de 16 mots en plus ou en moins sera tolérée. Vous mentionnerez, à la fin de votre résumé, le nombre exact de mots utilisés.
Discussion : 9pts
Pensez-vous qu’internet soit le seul outil de communication qui contribue à la dépravation de la jeunesse ?
Présentation : 2pts
Sujet N°1 :
Texte :
Dès la naissance du numérique, la lecture paraît avoir été quelque peu reléguée au second plan, sinon encore plus loin, dans les habitudes de certains. Néanmoins, soyons réalistes, ceux qui aiment lire ne se sont pas laissé happer par l’ère du numérique au détriment d’un bon livre, préférant répartir leur temps entre l’un et l’autre pour un grand nombre. Le constat est sans équivoque lorsqu’on côtoie les groupes de lecture, sur les réseaux sociaux en l’occurrence. S’adonner à la lecture est avant toute chose une distraction à part entière, par conséquent, elle doit provoquer chez le sujet un plaisir certain, et non être pratiquée dans un esprit d’obligation, auquel cas, l’effet inverse sera pratiquement inévitable.
C’est un moment où l’on se pose dans une détente absolue, où l’on ferme les portes du quotidien pour, en quelque sorte, partir en voyage. Cette plage de temps offre toutes les libertés pour des instants d’exception insoupçonnés. Dans cette idée, il va de soi que les œuvres choisies doivent avoir un intérêt garanti pour la personne. Elles doivent donc correspondre à ses goûts, mais pas seulement. Parfois, l’état d’esprit ne concède pas au lecteur « d'entrer » dans certains livres. Si l’on est triste, on privilégiera un ouvrage léger, drôle ou décalé, par exemple. Lorsqu’on n’accroche pas sur un titre précis, c’est souvent du fait que l’état d’esprit n’est pas en adéquation avec l’histoire, et pas toujours parce que le livre en question n’est pas bon. Revenir dessus à un autre moment permettra de l’apprécier, car la réceptivité sera plus en harmonie ou en tout cas plus en accord que précédemment.
Le processus qui vient ensuite est totalement inconscient chez la personne, car en s’adonnant à son plaisir, il va se produire toute une série d’actions cérébrales positives dont le lecteur n’a parfois même pas idée. L’imaginaire ouvre ses persiennes pour faire entrevoir les scènes, les paysages, les situations, les personnages, puis ressentir les émotions, les joies, les peines… Mais surtout, le cerveau se met en marche pour absorber et enregistrer la succession de mots dont le lecteur l’alimentera, de phrases, de locutions et autres tournures que contient le livre, ce qui conduit le liseur à enrichir son vocabulaire sans en avoir l’impression.
Il retiendra également l’orthographe, la grammaire, les conjugaisons, l’amenant à améliorer son niveau. Bien sûr, les résultats ne se constatent pas dès le premier ouvrage achevé et refermé, néanmoins, avec le temps, les portées seront visibles. Et bien entendu, à la longue, les lectures pourront être de plus en plus complexes puisque la compréhension aura acquis un degré supérieur. Lire est donc bénéfique pour tous et à tout point de vue, il faut juste se laisser aller au plaisir de la distraction !
Marie Barrillon, dans l’article publié le 28 juin 2017 «Lire est bénéfique, mais à quoi sert la lecture?».
Analyse : 9pts
Ce texte comporte 518 mots. Vous l’analyserez en 172 mots avec une marge de tolérance 17 mots en plus ou en moins. Vous indiquerez à la fin de votre analyse le nombre exact de mots utilisés.
Discussion : 9pts
Marie Barrillon déclare : « Lire est donc bénéfique pour tous ». Qu’en pensez-vous ?
Vous répondrez dans une argumentation logique et bien structurée.
Présentation : 2pts
Sujet de type II : Commentaire composé
Sujet N°1 :
La grande puissance était surtout la publicité. Mouret en arrivait à dépenser par an trois cent mille francs de catalogues, d'annonces et d'affiches. Pour sa mise en vente des nouveautés d'été, il avait lancé deux cent mille catalogues, dont cinquante mille à l'étranger, traduits dans toutes les langues. Maintenant, il les faisait illustrer de gravures, il les accompagnait même d'échantillons, collés sur les feuilles. C'était un débordement d'étalages, le Bonheur des Dames sautait aux yeux du monde entier, envahissait les murailles, les journaux, jusqu'aux rideaux des théâtres. Il professait que la femme est sans force contre la réclame, qu'elle finit fatalement par aller au bruit. Du reste, il lui tendait des pièges plus savants, il l'analysait en grand moraliste. Ainsi, il avait découvert qu'elle ne résistait pas au bon marché, qu'elle achetait sans besoin, quand elle croyait conclure une affaire avantageuse ; et, sur cette observation, il basait son système des diminutions de prix, il baissait progressivement les articles non vendus, préférant les vendre à perte, fidèle au principe du renouvellement rapide des marchandises. Puis, il avait pénétré plus avant encore dans le cœur de la femme, il venait d'imaginer « les rendus », un chef d'œuvre de séduction jésuitique. « Prenez toujours, madame : vous nous rendrez l'article, s'il cesse de vous plaire ». Et la femme, qui résistait, trouvait-là une dernière excuse, la possibilité de revenir sur une folie : elle prenait, la conscience en règle. Maintenant, les rendus et la baisse des prix entraient dans le fonctionnement classique du nouveau commerce.
Émile Zola, Au Bonheur des Dames (1883), extrait du chapitre 9.
Vous ferez de ce texte un commentaire composé sans séparer le fond et la forme. Vous montrerez, par exemple, comment s’expriment le génie commercial de Mouret et la critique du nouveau commerce. Vous pourriez être attentifs aux classes de mots, aux champs lexicaux, aux figures de style, aux connotations, etc.
Sujet N°2 :
« Marcinelle, 1956 »
[…]
Nous disons, -comme dit l’Ecriture, -
Il faut que l’homme vive et croisse à son tour,
Nous demandons seulement,
Pour ceux qui seront - et pour leurs enfants, -
5 Un toit moins branlant,
Un chemin plus sûr,
Mais nous,
Nous disons :
O Dieu, qui es notre Dieu !
10 Au bord de ton Calice
Nous penchons nos calices,
Dans l’abîme de Toi
Nous versons nos néants
POUR QUE DESCENDE TA PAIX SUR LA TERRE DES HOMMES ! –
15 Nous disons :
Autour des banques sabotées,
Des canons menaçant l’embouchure du Canal,
Des Océans,
Qui furent Pacifiques –
20 Gonflés d’atomiques conflagrations,
Autour des peuples opprimés,
Des tribus décimées,
Autour des races dressées comme des chiens enragés
Sur des proies d’ombre,
25 Voici l’arc-en-ciel de notre ultime regard
POUR QUE REPOSE EN PAIX
CETTE TERRE DES HOMMES.
Engelbert Mveng, Balafon (1972), extrait du poème « Marcinelle, 1956 »
Sans dissocier le fond de la forme, faites de ce texte un commentaire composé. Vous pourrez, si vous le voulez, à partir des procédés d’écriture (marques d’énonciation, champs lexicaux, ponctuation, tons, rythme, figures de style, sonorités, etc.), montrer comment s’expriment la démarche de foi du poète dans sa communication avec Dieu et les visées de sa prière.
Sujet N°3 :
BITALA : (Essayant de se relever, les gardes le maintiennent à genoux). Inutile, Majesté. D’ailleurs il n’y a pas de témoins. Tu peux croire tes gardes. Ils n’ont point menti. Oui Majesté, j’ai contemplé la jeune épouse de l’honorable conseiller alors qu’elle se baignait. Mais je n’ai obéi qu’à un instinct qui n’est pas facile à réprimer, vous le savez bien. Je reconnais que j’ai désobéi à la loi ; mais je reconnais aussi que nous avons en nous quelque chose d’animal dont il est difficile de se défaire. D’ailleurs le garde qui m’a arrêté, n’est-il pas resté un bon moment à regarder, lui aussi ? Mais évidemment lui, il est garde de sa Majesté et moi un simple citoyen. La loi ne le concerne pas tandis qu’elle existe pour moi. Par ailleurs il a vingt ans. Je n’en ai que seize. Majesté, je ne cherche pas à me disculper ; je dis tout simplement les choses telles que je les vois et les pense. J’ai tort et personne ici ne peut prétendre le contraire. Mais pour en venir aux accusations de ton honorable conseiller Bobolo, je lui dirai qu’à part ce délit, je n’en ai point commis d’autres. Cependant, je sais, toute la jeunesse et tout le monde à Koka-Mbala, même toi, Majesté, le savent, que son propre fils, âgé seulement de quinze ans, a commis deux viols pour lesquels rien n’a été dit. Pourquoi ? Des têtes de sages comme les vôtres n’ont pas besoin qu’on le leur explique. Majesté, notables, encore une fois, je suis coupable, mon sort est entre vos mains.
BOBOLO : Majesté, je proteste contre la procédure que l’on veut instaurer ici aujourd’hui. Depuis quand l’inculpé prend-il la parole avant les juges ? Depuis le début de cette séance j’ai déjà noté deux irrégularités très importantes. D’abord sa Majesté a présenté le délinquant tout en essayant de le protéger et maintenant elle lui permet de parler avant les notables. Où veut-on en venir ? Pourquoi cherche-t-on à passer outre le règlement en vigueur ? Qui veut-on attendrir ici et pour quelle raison ? Pour quel intérêt ? Après la violation presque quotidienne de nos lois sacrées, permettra-t-on à ces jeunes gens de nous marcher sur les pieds et de ne point respecter nos têtes si dignes de vénération ? Jamais ! En tout cas pas aussi longtemps que mes narines humeront l’air de Koka-Mbala.
Guy Menga, La Marmite de Koka-Mbala, Yaoundé, Éditions CLÉ, 1966, Acte I, scène 4.
Sans dissocier le fond de la forme, vous ferez de ce texte un commentaire composé. En vous appuyant sur la didascalie, les répliques, les types de phrase, les champs lexicaux, etc., vous pourrez montrer, si vous le voulez, comment les aveux de Bitala suscitent le mécontentement de Bobolo.
Sujet de type II : Dissertation
Sujet 1 :
Dans la préface de Vertes collines d’Afrique (1935) Ernest Hemingway avertit son lecteur que, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup de romans, « aucun des personnages ou incidents de ce livre n’est imaginaire ». Il laisse ainsi entendre que le roman est tiré de la réalité.
Qu’en pensez-vous? Vous répondrez à cette question en vous appuyant sur des exemples précis et variés tirés des œuvres romanesques.
Sujet 2 :
Parlant des personnages romanesques, Alain Robbe-Grillet écrit : « Son caractère permet au lecteur de le juger, de l’aimer, de le haïr. »
Commentez cette affirmation à la lumière des œuvres romanesques lues ou étudiées.
Sujet 3 :
Simone de Beauvoir a déclaré : « La lecture est la clé qui m'ouvrait le monde ».
Partagez-vous ce point de vue sur le rôle des œuvres littéraires ? Vous construirez votre réflexion dans une argumentation bien structurée et illustrée d’exemples littéraires précis.

