Paul Biya : contradiction secondaire à évincer

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Il est temps de parler sans trembler. Il est temps d’appeler les choses par leur nom, comme le firent Nkrumah ou Sankara lorsqu’ils éclairaient notre peuple : un pays ne se libère pas en abattant seulement un homme ; il se libère en brisant le système qui fabrique ces hommes. Le Cameroun suffoque, non pas parce que Paul Biya existe, mais parce que le capital financier international a fait de notre pays un État vassal, un appendice docile à sa domination mondiale. Voilà la contradiction principale : l’impérialisme étranger. Voilà l’ennemi fondamental. Paul Biya n’est qu’un rouage, une créature du système, un commis administratif chargé de garder ouverte la saignée néocoloniale. Il faut le renverser, oui. Mais le renverser seul n’est pas une victoire révolutionnaire : ce n’est qu’une étape. Car si après Biya, un autre valet du capital s’installe, alors le peuple aura été trompé, comme tant de fois dans l’histoire.

Le régime : Verrouillage total, mais fenêtres à ouvrir

Le régime de Paul Biya a verrouillé l’espace politique avec la précision d’un geôlier obsédé. Il a étouffé les mobilisations, fracturé les solidarités, paralysé l’imagination politique, organisé le découragement national. Voilà sa force. Mais, comme l’enseigne la dialectique révolutionnaire, à chaque verrou correspond une fissure. À chaque mur correspond une brèche.
Et ces brèches existent. Elles se nomment : dynamiques citoyennes, énergies culturelles, initiatives économiques, résistances sociales. Elles n'ont de force qu’à une seule condition : qu’elles convergent vers un objectif commun. Cet objectif n’est pas seulement de faire tomber Biya : c’est de libérer le Cameroun du néocolonialisme étranger. Sans cette boussole, toute lutte n’est que gesticulation.

Les élections : Spectacle trompeur, mais terrain à occuper 

Il faut cesser l’auto-illusion. On ne bat pas le régime actuel par les élections. Ce système électoral est conçu pour une seule fonction : reconduire l’ordre néocolonial. Les élections galvanisent, unissent momentanément, créent une euphorie populaire, mais toujours suivie d’une chute brutale, d’une désillusion glacée. Car tout y est calibré pour la victoire du régime. Pourtant, dire cela ne signifie pas abandonner les élections. Cela signifie
les utiliser comme un espace de mobilisation, jamais comme un outil de libération. Elles ne renverseront pas Biya ; elles peuvent préparer la masse à comprendre pourquoi il faut aller plus loin.

Hiérarchiser les priorités : d' abord la contradiction principale 

Un peuple qui confond l’ennemi principal et l’ennemi secondaire ne gagne jamais. La contradiction principale au Cameroun est le néocolonialisme étranger et la contradiction secondaire est son relais local qui est le régime néocolonial de Paul Biya. Il faut donc :

1- organiser la lutte contre l’impérialisme, car sans cela aucune transformation n’est possible ;

2- renverser Biya, mais pour le remplacer par un régime nationaliste, non par un serviteur supplémentaire du capital ;

3- si aucune figure révolutionnaire n’est prête, aller vers un gouvernement de transition inclusif, où les progressistes auront voix et force.

Tout autre stratégie n’est que naïveté politique.

Segmenter la lutte : frappes là où nous pouvons gagner

L’histoire révolutionnaire est sans ambiguïté : le combat frontal se livre à la fin, jamais au début. Le Viet Cong n’a pas commencé par Dien Bien Phu. Voilà pourquoi il faut segmenter la lutte, frapper le régime là où il est faible, l’éviter là où il est fort, accumuler les victoires périphériques avant l’assaut final. La révolution est un art. Elle ne se gagne pas par la colère, mais par l’intelligence, la méthode, la théorie.

L' unité des forces progressistes : condition de victoire 

Aucune force politique camerounaise, seule, ne peut vaincre le régime actuel. C’est un fait. Et s’obstiner à le nier est un suicide politique. Il faut unir les forces progressistes. Il faut briser l’orgueil. Il faut reprendre la voie de la théorie révolutionnaire. Comme disait Nkrumah : « La pratique sans théorie est aveugle. » Le Cameroun souffre d’une carence dramatique de théorie. C’est pourquoi les actions politiques partent dans tous les sens. C’est pourquoi aucune victoire en profondeur ne s'obtient jusqu'à présent. La LIMARA travaille avec l’UPC-MANIDEM ; c’est dans ce type de dynamique que se construit l’espoir.

Changer Biya ne suffit pas : il faut changer le système

Regardons le Gabon : Bongo est tombé, Odinga Nguema est arrivé. Rien n’a changé. Regardons l’Algérie avec une indépendance formelle. Ahmed Ben Bella lui-même l’a avoué : « Nous avons récupéré un drapeau et un hymne. Mais le système économique restait contrôlé de l’extérieur. » Tant que le Cameroun reste une colonie financière, il n’y aura ni justice, ni souveraineté, ni développement.

Le cas burkinabè : exemple d'insoumission

Le Burkina Faso n’a pas été reconfiguré par Paris. Il a secoué la contradiction principale, il a expulsé le représentant de l’impérialisme. C’est pourquoi les choses changent là-bas. S’ils avaient mis un néocolon après Compaoré, rien ne serait différent. La leçon est claire : secouez la contradiction principale, et les transformations arrivent. Le pays souffre néanmoins d'un manque de théorisation de la lutte qui pourra lui être fatal demain si rien n' est fait.

Ce que le Cameroun doit comprendre 

Le peuple camerounais doit ouvrir les yeux : Paul Biya n’est pas l’ennemi principal. Il n’est qu’une pièce. Et cette pièce peut être remplacée demain par le même système qui l’a fabriquée. Si nous chassons Biya sans empêcher le capital financier international de lui trouver un successeur, nous aurons perdu. Le seul combat conséquent est celui qui vise à renverser le représentant, arracher l’État aux griffes du capital, bâtir un régime nationaliste, instaurer une transition si aucun leader révolutionnaire n’est prêt. Le reste n’est que bavardage.

L' heure n' est plus aux illusions

Nous perdrons 2000 fois si nous continuons dans le désordre, la spontanéité, l’absence de théorie. Il faut penser, organiser, unir, frapper là où c’est possible, avancer méthodiquement, renverser le régime, mais surtout lui retirer la possibilité d’être remplacé par un autre vassal de l’impérialisme. Sans cela, rien ne changera. Et comme Sankara le disait : «L' esclave qui n' est pas capable d'assumer sa révolte ne mérite pas que l' on s’apitoie sur son sort. » Le Cameroun doit choisir : rester un vassal ou devenir un peuple debout. Et la LIMARA est prête à l' accompagner à la victoire sur le Néocolonialisme.