Le réel et l' imaginaire dans l' œuvre littéraire
Introduction
L’œuvre littéraire oscille entre le réel et l’imaginaire. Elle est souvent perçue comme un reflet de la société, mettant en lumière des événements historiques, des injustices et des réalités humaines marquantes. Toutefois, elle est aussi une création libre de l’auteur, qui invente des personnages, des intrigues et des univers qui n’ont jamais existé. Ainsi, la littérature joue sur cette tension entre le réel et l’imaginaire pour donner une vision à la fois fidèle et transfigurée du monde.
I- L’œuvre littéraire comme reflet du réel
L’œuvre littéraire s’inspire souvent du monde réel. À travers ses écrits, l’auteur dénonce des faits sociaux, témoigne d’une époque ou immortalise une culture. Les thèmes abordés comme le racisme, injustice, guerre, tribalisme, la corruption, l' abus de pouvoir, les trafics d'influence s’ancrent dans des réalités qui ont existé ou qui persistent encore aujourd’hui.
1- Le racisme et l’apartheid
La ségrégation raciale a profondément marqué l’histoire de l’Afrique du Sud. Des écrivains comme André Brink dans Une saison blanche et sèche (1979) ou Alex La Guma dans L'oiseau meurtrier ont décrit avec réalisme les injustices subies par les Noirs sous l’apartheid. Ces œuvres ne sont pas de simples fictions : elles retranscrivent une réalité tragique vécue par des millions de Sud-Africains.
L’écrivain Chinua Achebe, dans Le monde s’effondre (1958), relate l’arrivée des colons en Afrique et les bouleversements qu’ils ont imposés aux sociétés traditionnelles. Cette œuvre, bien que romancée, repose sur des faits historiques avérés. Le Clezio précise à cet effet : « l' artiste est celui qui nous montre du doigt une parcelle du monde».
2- L’injustice et la peine de mort
Dans Le dernier jour d’un condamné (1829), Victor Hugo critique la peine de mort en France en donnant la parole à un prisonnier qui attend son exécution. Ce thème est également abordé en Afrique, où l’on retrouve des œuvres engagées contre la violence d’État et les exécutions arbitraires. Mongo Beti, dans Perpétue et l’habitude du malheur (1974), met en scène une femme condamnée par un système injuste. L’injustice judiciaire, loin d’être un simple motif romanesque, est une réalité dont témoignent ces écrivains. Michel Butor écrit : « le roman c'est la vie de tous les jours dans le langage de tous les jours.»
3- Le tribalisme et la politique en Afrique
Le tribalisme, qui gangrène encore de nombreux pays africains, est un sujet récurrent en littérature. Ombété Bella, dans Les tribus de Capitoline, met en lumière les conflits ethniques qui divisent le Cameroun et d’autres nations africaines. De même, Ahmadou Kourouma, dans Les Soleils des indépendances (1970), dénonce la corruption et le népotisme dans les régimes postcoloniaux africains.
Ainsi, l’œuvre littéraire, en s’inspirant du réel, devient un miroir de la société et une arme de dénonciation sociale. Blaise Cendrars précise : «je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie.» Autrement dit, l' artiste écrit la réalité qu'il observe.
II- L’œuvre littéraire comme expression de l’imaginaire
Si l’œuvre littéraire puise dans le réel, elle n’en demeure pas moins une construction imaginaire. L’auteur invente des personnages, des intrigues et des mondes fictifs qui échappent aux cadres stricts du réalisme.
1- Les personnages fictifs et les histoires inventées
Les protagonistes des romans, bien que souvent inspirés de personnes réelles, sont des êtres de papier. Ils n’ont jamais existé et n’existeront jamais en dehors de l’univers créé par l’écrivain. Victor Hugo, parlant du théâtre, écrit : « Le théâtre n’est pas le pays du réel ! Il y a des arbres de carton, des palais de toile, un ciel de haillon, des diamants de verre, de l’or de clinquant, du fard sur la pêche, du rouge sur la joue, un soleil qui sort de dessous terre. » Cette citation souligne que l’art littéraire repose sur l’illusion. Sony Labou Tansi, écrivain congolais, dans La Vie et demie (1979), crée un univers totalement décalé et absurde, où les dictateurs ressuscitent après leur mort et où la réalité est déformée par le grotesque et l’imaginaire. Dans le même ordre d'idées, Claude Ollier précisait : « si j' écris, c'est pour inventer un monde.»
2- Les mondes fictifs et l’irréalité du cadre spatial
Dans de nombreuses œuvres, le cadre géographique est inventé. Il ne peut être situé sur une carte réelle. Dans L’Enfant noir (1953), Camara Laye décrit des paysages idéalisés de la Guinée, qui, bien que ressemblant à des lieux existants, sont recomposés par le prisme de la mémoire et du mythe. Jean Giono écrit : « la réalité est sans intérêt, j' ai besoin d'inventer absolument tout.»
D’autres écrivains, comme Amos Tutuola, dans L'Ivrogne dans la brousse (1952), plongent le lecteur dans un monde onirique où les créatures fantastiques et les esprits hantent la forêt. Ce type de récit, inspiré du folklore africain, relève d’un imaginaire totalement débridé.
L’écrivain est donc un créateur qui transcende la réalité pour inventer des mondes et des personnages qui n’existent que dans l’esprit du lecteur.
III- L’œuvre littéraire, un mélange de réel et d’imaginaire
Loin d’être une simple copie du réel ou une pure invention, l’œuvre littéraire combine habilement ces deux dimensions. Même lorsqu’il s’évade dans la fiction, l’écrivain s’inspire toujours, consciemment ou non, du réel.
1- Une transfiguration du réel
Même dans les œuvres les plus fantastiques, on retrouve des éléments ancrés dans la réalité. Les récits d’Ahmadou Kourouma, bien que remplis de métaphores et d’exagérations, peignent avec précision les violences politiques en Afrique. De même, les dystopies (récits imaginaires qui décrivent un monde sombre et cruel) comme En attendant le vote des bêtes sauvages (1998) de Kourouma exagèrent des situations réelles pour mieux les dénoncer. Henri Lopes écrivait : « Écrire, c'est transfigurer la réalité.» Albert Camus ajoutait : « le réalisme ne peut se passer d'un minimum de subjectivité.»
2- L’art littéraire : un équilibre entre vérité et invention
L’écrivain Léopold Sédar Senghor disait : « L’imaginaire est une autre forme de la réalité. » Cette phrase résume parfaitement la nature hybride de la littérature. Un roman, une pièce de théâtre ou un poème ne sont jamais totalement réels ni totalement fictifs. Ils réinterprètent le monde, le transfigurent, pour mieux en exprimer les vérités profondes.
L’œuvre littéraire est donc un dialogue permanent entre le réel et l’imaginaire. C’est par cette alchimie que naît la richesse de la littérature.
Conclusion
L’œuvre littéraire oscille entre réalisme et imagination. Elle reflète les réalités sociales, politiques et historiques de son époque, tout en laissant place à la créativité et à l’invention. L’écrivain est à la fois témoin de son temps et architecte d’univers inédits. Cette dualité fait de la littérature un art unique, où le vrai et le fictif se mêlent pour donner naissance à des œuvres intemporelles. En somme, la littérature est à la fois une fenêtre ouverte sur le monde et un miroir déformant qui nous permet d’en percevoir les contours sous un angle nouveau.
Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :
1- Quel est le principal rôle de l’œuvre littéraire lorsqu’elle reflète le réel ?
A- Inventer des mondes imaginaires sans lien avec la réalité
B- Témoigner des réalités sociales et historiques
C- Faire rêver sans aucun ancrage réel
D- Détourner les faits historiques pour les embellir
2- Quel auteur sud-africain a dénoncé l’apartheid dans Une saison blanche et sèche ?
A- Chinua Achebe
B- André Brink
C- Ahmadou Kourouma
D- Mongo Beti
3- Dans Le dernier jour d’un condamné, Victor Hugo critique :
A- Le colonialisme
B- L’injustice raciale
C- La peine de mort
D- La censure
4- Quel thème est abordé dans Les tribus de Capitoline ?
A- La décolonisation
B- Le tribalisme
C- La dictature
D- La pauvreté
5- Les Soleils des indépendances d’Ahmadou Kourouma dénonce :
A- L’influence des religions
B- La colonisation
C- La corruption et le népotisme
D- Le rôle des femmes en politique
6- Que signifie la citation de Victor Hugo : « Le théâtre n’est pas le pays du réel » ?
A- Le théâtre reflète fidèlement la réalité
B- Le théâtre mélange réalité et illusion
C- Le théâtre est un pur produit de l’imagination
D- Le théâtre ne peut être compris par tous
7- Dans La Vie et demie, Sony Labou Tansi introduit un élément imaginaire en présentant :
A- Des dictateurs immortels
B- Un procès historique réel
C- Des récits inspirés de faits divers
D- Une autobiographie politique
8- Quel roman d’Amos Tutuola plonge le lecteur dans un univers fantastique ?
A- Une vie de boy
B- L'Ivrogne dans la brousse
C- Le vieux nègre et la médaille
D- Le monde s’effondre
9- Pourquoi peut-on dire que les personnages de roman sont « de papier » ?
A- Parce qu’ils ont existé dans la réalité
B- Parce qu’ils sont toujours inspirés d’individus réels
C- Parce qu’ils sont purement fictifs
D- Parce qu’ils sont des symboles de la vérité
10- Camara Laye, dans L’Enfant noir, reconstruit :
A- Un monde totalement imaginaire
B- Une version idéalisée de son enfance
C- Une biographie rigoureusement exacte
D- Un univers inspiré du fantastique
11- Pourquoi peut-on dire que l’œuvre littéraire est un mélange de réel et d’imaginaire ?
A- Parce que l’auteur s’inspire du réel tout en le transformant
B- Parce que tout roman raconte exclusivement des faits réels
C- Parce que l’imaginaire est toujours plus important que le réel
D- Parce que la littérature n’a aucun lien avec la réalité
12- Selon Léopold Sédar Senghor, que représente l’imaginaire ?
A- Une fuite hors de la réalité
B- Une autre forme de la réalité
C- Une illusion sans fondement
D- Une manipulation de l’histoire
13- Dans quelle œuvre Ahmadou Kourouma exagère-t-il la réalité pour mieux la dénoncer ?
A- Le dernier jour d’un condamné
B- En attendant le vote des bêtes sauvages
C- Une saison blanche et sèche
D- L’Enfant noir
14- Pourquoi la littérature africaine utilise-t-elle souvent le mythe et le folklore ?
A- Parce qu’ils permettent d’embellir la réalité
B- Parce qu’ils servent à critiquer la société de manière détournée
C- Parce qu’ils sont plus intéressants que l’histoire réelle
D- Parce qu’ils empêchent toute forme de censure
15- Pourquoi peut-on dire que l’écrivain est à la fois témoin et créateur ?
A- Parce qu’il raconte uniquement des faits réels
B- Parce qu’il est un journaliste du passé
C- Parce qu’il transforme la réalité en fiction
D- Parce qu’il ne s’intéresse qu’au réel

