La focalisation en français

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Introduction
La focalisation, ou point de vue narratif, désigne la manière dont les informations sont présentées au lecteur dans un récit. Elle concerne ce que le narrateur sait, voit ou ressent par rapport aux personnages et aux événements. Gérard Genette, théoricien de la narratologie, distingue trois types principaux de focalisation : externe, interne, et zéro.

I- Définition des types de focalisation

1- La focalisation externe

Définition : Le narrateur adopte une position d’observateur extérieur. Il raconte ce qu’il voit et entend, mais il ne connaît ni les pensées ni les émotions des personnages. 
Caractéristiques :
Le narrateur est objectif. Le lecteur ne connaît que les actions et les dialogues visibles ou audibles. Les pensées des personnages restent cachées.
Exemple :
« L’homme entra dans la pièce. Il s’assit et regarda autour de lui. Un silence pesant régnait. »

2- La focalisation interne
Définition : Le narrateur adopte le point de vue d’un personnage. Il ne montre que ce que ce personnage sait, voit ou ressent. 
Caractéristiques :
Le narrateur partage les perceptions, pensées et émotions d’un personnage. Les autres personnages restent perçus à travers ce point de vue limité.
Exemple :
« Elle observait la foule, anxieuse. Que faisaient-ils tous là ? Elle sentait son cœur battre à toute vitesse. »

3- La focalisation zéro
Définition : Le narrateur est omniscient, c’est-à-dire qu’il sait tout. Il connaît les pensées, les émotions et le passé de tous les personnages, et il peut dévoiler des informations que les personnages eux-mêmes ignorent.
Caractéristiques :
Le narrateur a une vue complète et globale sur les événements et les personnages. Le lecteur a accès à des détails cachés ou à des explications générales.
Exemple :
« Pierre avançait, confiant, sans savoir que Marie, derrière lui, planifiait déjà sa vengeance. »

II- Usage des focalisations dans la narration

1- Focalisation externe :
Utilisée pour maintenir le suspense ou donner une impression d’objectivité.
Exemples : romans policiers ou récits journalistiques.

2. Focalisation interne :
Permet une immersion dans la psychologie d’un personnage. Fréquente dans les récits intimistes ou psychologiques.
Exemple : Madame Bovary de Gustave Flaubert.

3- Focalisation zéro :
Favorise les récits épiques ou historiques où le narrateur domine l’ensemble de l’histoire.
Exemple : Les Misérables de Victor Hugo.

III- Indices supplémentaires pour déterminer les trois focalisations 

1- La focalisation externe
Le narrateur est extérieur aux personnages. Il décrit seulement ce qui est visible (gestes, actions, apparence, paroles). Aucune pensée, aucun sentiment, aucune motivation interne des personnages n’est révélée. On a l’impression que le narrateur est comme une caméra qui filme la scène.
Exemple d’indice :
"Il entra dans la pièce, posa son sac sur la table, regarda autour de lui."
Pas d’éléments sur ce qu’il ressent ou pense.

2- La focalisation interne
Le narrateur adopte le point de vue d’un personnage. Il nous donne accès aux pensées, sentiments, perceptions d’un personnage précis. Le récit est limité à ce que ce personnage sait, voit, ressent, comprend.
Utilisation fréquente de verbes de perception ou de cognition : "penser", "croire", "voir", "sentir", "imaginer"...
Exemple d’indice :
"Il entra dans la pièce, persuadé qu’il y trouverait son ami. Mais un doute le saisit aussitôt."
Ici, on est dans sa tête.

3- La focalisation zéro (omnisciente)
Le narrateur est omniscient : il sait tout. Il connaît les pensées et sentiments de plusieurs personnages à la fois. Il a accès au passé, présent, futur. Il donne parfois des informations que les personnages eux-mêmes ignorent.
Exemple d’indice :
"Il entra dans la pièce, persuadé qu’il y trouverait son ami. Mais celui-ci, à ce moment-là, était déjà en route pour Paris."
Le narrateur en dit plus que ce que le personnage peut savoir.

Donc, pour identifier la focalisation, les élèves doivent se demander :
1- Est-ce que je n’ai que ce qui est visible/extérieur (caméra) ? → Externe
2- Est-ce que je suis dans la tête d’un seul personnage ? → Interne
3- Est-ce que je sais tout, même ce que les personnages ignorent ? → Zéro (omnisciente)

Conclusion
La focalisation est un outil narratif essentiel pour orienter le lecteur dans un récit. Chacune des focalisations (externe, interne, zéro) a des effets distincts sur la perception des événements et des personnages. Leur choix dépend des intentions de l’auteur et du type d’expérience qu’il souhaite offrir au lecteur.

Avez-vous bien lu le cours ? Traitez les exercices suivants :

Extraits de textes
1- « Sidoine regardait l’horizon en silence. Les montagnes semblaient le défier. Il savait que le chemin serait difficile, mais il serra les poings et avança. »

2- « À travers le marché bruyant, on entendait les rires des enfants et les cris des marchands. Personne ne se doutait que, caché derrière les étals, Malik planifiait son prochain coup. »

3- « Sous le grand baobab, les villageois s’étaient réunis. On murmurait des choses à voix basse, mais personne n’osait regarder dans les yeux le chef Koumba. »

4- « Fatou s’assit sur la berge, les pieds dans l’eau. Elle repensait aux paroles de sa mère : "Ne cherche pas trop loin, la réponse est souvent sous tes yeux." »

5- « Le désert s’étendait à perte de vue. L’homme marchait sans se retourner, ignorant que ses poursuivants gagnaient du terrain. »

6- « Personne ne pouvait deviner ce que pensait Amadou en cet instant précis. Son regard fixe sur l’enfant endormi trahissait pourtant une profonde inquiétude. »

7- « Lorsque la pluie commença à tomber, l’enfant se mit à courir. Ses petits pieds nus frappaient la boue, mais il ne pleurait pas. Quelque chose dans son regard brillait : une détermination pure. »

8- « Aliya avait peur. Elle n’osait pas le dire, mais tout en elle tremblait. Le vieux sage lui avait bien conseillé de ne pas traverser la forêt seule. »

9- « La savane s’éveillait lentement. Les animaux sortaient de leurs cachettes, tandis que les chasseurs préparaient leurs armes. Tout semblait paisible, mais l’orage, lui, approchait. »

10- « Bintou se leva brusquement. Elle n’en pouvait plus de ces disputes incessantes. Son cœur battait la chamade, mais elle savait que partir était la seule solution. »

11- « Les cases du village semblaient vides, mais l’agitation montait. Derrière les murs, on pouvait entendre les tambours résonner. Le rituel allait bientôt commencer. »

12- « Sous l’arbre, Mariama observait les enfants jouer. Elle souriait, mais son cœur était ailleurs. "Ils grandissent si vite", pensait-elle en silence. »

13- « L’homme s’arrêta devant la rivière. Ses vêtements étaient trempés, et son regard, perdu. À cet instant, il ne pensait qu’à tout ce qu’il avait laissé derrière lui. »

14- « Le vent soufflait fort, emportant avec lui les feuilles mortes. Tout semblait paisible, mais quelque chose d’invisible pesait sur les cœurs des habitants. »

15- « Moussa courait dans les rues du quartier. Il entendait les rires derrière lui. "Ils me rattraperont jamais", pensa-t-il, un sourire au coin des lèvres. »

16- « Les anciens racontaient souvent cette histoire. Ils disaient que le génie du fleuve protégeait les pêcheurs, mais seuls les initiés savaient ce que cela signifiait réellement. »

17- « Les éclats de voix montaient dans la nuit. À l’intérieur de la case, personne ne dormait. Chacun attendait, le souffle suspendu, que le verdict tombe. »

18- « Elle tenait la lettre dans ses mains tremblantes. Les mots semblaient danser sous ses yeux. Une larme coula sur sa joue. »

19- « Le grand marché de Dakar était en effervescence. Les couleurs, les odeurs, les bruits formaient un mélange enivrant. Au milieu de cette foule, personne ne faisait attention à l’homme au manteau noir. »

20- « Bakary savait qu’il n’avait pas beaucoup de temps. Il lança un dernier regard à sa famille avant de s’engouffrer dans la nuit, le sac sur l’épaule. »

Réponses aux focalisations et indices
1. Interne : Les pensées et les sensations de Sidoine sont décrites (« il savait que le chemin serait difficile »).

2. Zéro : Le narrateur sait ce que Malik planifie, ce que les autres ignorent.

3. Externe : On décrit les actions et murmures des villageois sans accès à leurs pensées.

4. Interne : Les réflexions de Fatou sont partagées (« Elle repensait aux paroles de sa mère »).

5. Zéro : Le narrateur connaît les poursuivants que l’homme ignore.

6. Externe : Le narrateur observe Amadou sans révéler explicitement ses pensées.

7. Externe : On ne pénètre pas les pensées de l’enfant, mais ses actions et son regard sont décrits.

8. Interne : Les émotions et pensées d’Aliya sont clairement exposées (« Elle avait peur. »).

9. Zéro : Le narrateur sait tout, y compris l’approche de l’orage invisible aux personnages.

10. Interne : Les émotions de Bintou sont exprimées (« Son cœur battait la chamade »).

11. Externe : On décrit les tambours et l’agitation sans entrer dans la pensée des personnages.

12. Interne : Les pensées de Mariama sont décrites (« Ils grandissent si vite »).

13. Interne : Le narrateur accède aux pensées de l’homme à cet instant.

14. Externe : Le narrateur observe la scène sans explorer les pensées.

15. Interne : Les pensées de Moussa sont exprimées (« Ils me rattraperont jamais, pensa-t-il »).

16. Zéro : Le narrateur révèle des informations générales que les personnages ignorent.

17. Externe : On décrit une attente collective sans accéder aux pensées individuelles.

18. Interne : Les émotions et réactions de la femme sont décrites (« Les mots semblaient danser sous ses yeux »).

19. Externe : Le narrateur observe la scène du marché sans pénétrer les pensées des personnages.

20. Interne : Les pensées et actions de Bakary sont décrites (« Bakary savait qu’il n’avait pas beaucoup de temps »).