Le Cameroun de 1960 à 1982
Introduction
L’indépendance du Cameroun en 1960 est marquée par une profonde fracture politique. La France, la puissance tutélaire, refuse de négocier avec l’Union des Populations du Cameroun (UPC), parti nationaliste engagé dans une lutte armée pour une indépendance véritable et unifiée. Elle préfère accorder l’indépendance à l’Union Camerounaise (UC) d’Ahmadou Ahidjo, un parti modéré qui n’avait pourtant pas revendiqué explicitement cette indépendance. L’UPC prônait l’unité du Cameroun avant toute indépendance afin d’éviter la division du pays en deux entités. Or, l’indépendance est accordée avant la réunification, créant un paradoxe qui aura de lourdes conséquences sur la vie politique.
Le Cameroun de 1960 à 1982 est ainsi dominé par le pouvoir autoritaire d’Ahmadou Ahidjo, président de la République, qui consolide son autorité autour de trois axes : l’unification politique, la pacification du pays, et le développement économique et social.
I- LA VIE POLITIQUE
1- La Réunification
La réunification fut un rêve ancien porté par plusieurs forces politiques :
Dans le Cameroun français : L’UPC milite pour l’unité de l’ancien territoire allemand.
Dans le Cameroun britannique : Plusieurs formations comme le Cameroon National Federation (CNF), puis le KNDP de John Ngu Foncha, soutiennent aussi cette ambition.
La dynamique s’accélère après l’indépendance de la République du Cameroun (1er janvier 1960).
Le 11 février 1961, un référendum organisé par les Nations unies dans le Cameroun britannique permet au Southern Cameroon d’opter pour le rattachement à la République du Cameroun.
Du 4 au 11 juillet 1961, la Conférence de Foumban réunit les délégations camerounaises pour discuter de la constitution de la future fédération.
Le 1er octobre 1961, le Southern Cameroon accède à l’indépendance et est intégré dans une nouvelle entité : la République Fédérale du Cameroun.
Par un paradoxe de l’histoire, c’est le président Ahmadou Ahidjo, considéré par l’UPC comme le protégé de la France, qui réalise le vieux rêve des upécistes.
2- La Pacification
Le régime d’Ahidjo doit faire face à une résistance armée menée par l’UPC qui considère que le pays n’est pas vraiment indépendant. Après l’assassinat de Um Nyobe (1958), c’est Félix Moumié qui prend la tête de l’UPC jusqu’à son assassinat à Genève en 1960 par les services secrets français. Moumie jusqu' à sa mort combat résiste contre le régime d'Ahmadou Ahidjo. Castor Osende Afana est aussi assassiné, tout comme Martin Singap, le chef d’état-major de l’ALNK (armée de libération nationale du Cameroun) et d'autres chefs et membres de la rébellion sont tués.
Ernest Ouandié, dernier leader actif de la guérilla, est arrêté, jugé et exécuté publiquement à Bafoussam le 15 janvier 1971.
Le régime d’Ahidjo, soutenu par la France dans le cadre des accords de coopération, mène une répression impitoyable : arrestations, exécutions sommaires, torture.
Toutefois, certains anciens militants sont ralliés et intégrés au gouvernement (ex. : Mathias Djoumessi, Théodore Mayi Matip), contribuant à une pacification progressive du pays.
3- L’Unification
Après la pacification, Ahmadou Ahidjo cherche à centraliser le pouvoir. En 1966, il lance un appel à la création d’un parti unique, l’Union Nationale Camerounaise (UNC), regroupant l’UC, le KNDP, le CUC, le NPNC et tous les partis politiques du pays. Toute opposition à cette initiative est réprimée. André-Marie Mbida, premier ministre historique, est emprisonné pour son opposition au parti unique. Il sort aveugle.
En 1972, un référendum est organisé pour transformer l’État fédéral en un État unitaire. Le "Oui" l’emporte à 99,9 % (3 326 280 voix contre 175). La République Unie du Cameroun est proclamée en 1972. Ce changement constitutionnel consacre l’autorité absolue d’Ahidjo et supprime les spécificités fédérales.
II. LA VIE ÉCONOMIQUE
Ahidjo met en place une économie planifiée, combinant libéralisme économique et interventionnisme d’État pour assurer un développement équilibré :
1- Les Plans Quinquennaux
Quatre grands plans quinquennaux sont élaborés pour impulser le développement :
1er Plan (1960-1965) : infrastructures, routes, écoles, services administratifs.
2e Plan (1966-1971) : développement rural, santé, enseignement technique.
3e Plan (1971-1976) : priorité à l’industrialisation et à l’autosuffisance.
4e Plan (1976-1980) : accent mis sur la décentralisation et l’aménagement du territoire.
2- Le Développement Auto-Centré
En 1975, l'État adopte une nouvelle stratégie de développement autocentré, visant à :
Équilibrer régions, villes et campagnes, secteurs traditionnels et modernes.
Lancer des projets de modernisation agricole : opération Sahel Vert (1971) contre la désertification, révolution verte, comices agro-pastoraux.
Créer des industries d'État (ex. : SODECOTON, SOCAPALM) pour soutenir l’agriculture et encourager l’industrialisation.
L’objectif est de faire des ressources humaines et naturelles du pays un levier de développement national et durable.
III. LA VIE SOCIALE
1- L’Éducation
L’école est au cœur des préoccupations d’Ahidjo. Il lutte contre l’analphabétisme, multiplie des écoles primaires, secondaires et techniques, favorise le développement de l’Université de Yaoundé, crée de centres universitaires à Douala, Buéa, Dschang, Ngaoundéré.
2- La Santé
La politique sanitaire repose sur le développement de la médecine préventive (vaccination, hygiène), l' extension des centres de santé et hôpitaux, l’affirmation du principe selon lequel « l’homme est le capital le plus précieux ».
3- Le Sport et la Culture
La CAN 1972 est organisée au Cameroun, symbole de fierté nationale. On assiste à la pomotion de la culture camerounaise : musiques, danses traditionnelles, artisanat. Le régime soutien les fêtes nationales et régionales, valorise le patrimoine culturel.
Conclusion
Le Cameroun de 1960 à 1982 est celui de la construction d’un État centralisé et autoritaire, dirigé d’une main de fer par Ahmadou Ahidjo. L’unification politique, la pacification du territoire et les efforts de développement économique ont permis une stabilisation apparente, mais souvent au prix de la répression et du silence imposé aux voix dissidentes.
Si les infrastructures se multiplient et si l’économie connaît un certain essor, la centralisation excessive du pouvoir et l’absence de libertés démocratiques limitent les perspectives d’un État véritablement participatif. Cette période jette néanmoins les bases du Cameroun moderne et marque un tournant historique dans la construction nationale.
Avez-vous bien lu ce cours ? Répondez aux questions suivantes :
1- Quelle formation politique française incarnait le rêve de réunification avant l’indépendance ?
A. L’Union Camerounaise (UC)
B. Le KNDP
C. L’Union des Populations du Cameroun (UPC)
D. Le KNC
2- Quelle date marque la naissance officielle de la République Fédérale du Cameroun ?
A. 1er janvier 1960
B. 11 février 1961
C. 1er octobre 1961
D. 2 juin 1972
3- Quel leader politique du Southern Cameroon était favorable au rattachement à la République du Cameroun ?
A. Ernest Ouandié
B. E.M.L. Endeley
C. John Ngu Foncha
D. Félix Moumié
4- Quelle conférence a permis d’élaborer la constitution fédérale ?
A. La Conférence de Yabassi
B. La Conférence de Foumban
C. La Conférence de Douala
D. La Conférence de Genève
5- Quelle était la position de l’UPC après l’indépendance ?
A. Elle a reconnu l’indépendance
B. Elle a rejoint l’UNC
C. Elle a estimé que le Cameroun n’était pas encore indépendant
D. Elle a été dissoute volontairement
6- Qui a été fusillé le 15 janvier 1971 par le régime d’Ahidjo ?
A. Castor Osende Afana
B. André-Marie Mbida
C. Ernest Ouandié
D. Théodore Mayi Matip
7- Quelle formation politique naît en 1966 et regroupe les anciens partis du pays ?
A. Parti Unifié du Cameroun
B. Union Camerounaise Démocratique
C. Union Nationale Camerounaise (UNC)
D. Front Populaire Camerounais
8- Quelle date correspond au référendum ayant mis fin à l’État fédéral ?
A. 1er janvier 1960
B. 1er octobre 1961
C. 20 mai 1972
D. 2 juin 1972
9- Quel était le modèle économique adopté dans les premiers plans de développement ?
A. Le socialisme révolutionnaire
B. Le libéralisme planifié
C. L’économie de marché pur
D. Le communisme
10- Comment appelle-t-on la stratégie économique lancée à partir de 1975 ?
A. Le capitalisme ouvert
B. Le développement extraverti
C. Le développement autocentré
D. Le modèle libéral autonome
11- Quelle opération environnementale est lancée contre la désertification ?
A. Opération Cameroun vert
B. Opération Forêt propre
C. Opération Brousse propre
D. Opération Sahel Vert
12- Quelle université est la première à être créée au Cameroun ?
A. Université de Douala
B. Université de Dschang
C. Université de Yaoundé
D. Université de Ngaoundéré
13- En quelle année le Cameroun organise-t-il la Coupe d’Afrique des Nations ?
A. 1970
B. 1971
C. 1972
D. 1975
14- Quelle affirmation correspond à la vision d’Ahidjo sur l’être humain ?
A. L’homme est un outil de production
B. L’homme est une ressource comme les autres
C. L’homme est le capital le plus précieux
D. L’homme est l’ennemi de la nature
Réponses aux questions :
1- C
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4- B
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9- B
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11- D
12- C
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14- C

